Urbain V, pape, XIV°

En 1362, Guillaume de Grimoard, abbé de Saint-Victor devient pape en Avignon sous le nom d’Urbain V.

En 1362, Guillaume de Grimoard, abbé de Saint-Victor devient pape en Avignon sous le nom d’Urbain V.

Il va aussitôt faire dans sa chère abbaye d’importants travaux que présente ainsi M. Fernand Benoît dans son ouvrage « l’Abbaye de Saint-Victor » (petite monographie, deuxième édition, 1966, pages 45-48).
« Urbain V entreprend l’agrandissement de l’église dès le mois de janvier 1363... Le programme d’agrandissement comportait la réfection du transept et la construction d’une abside plus importante, élevée sur l’emplacement de l’ancien cimetière... C’est surtout à ces restaurations que l’abbaye de Saint-Victor, comme toutes les églises fortifiées de Provence, doit son aspect guerrier. L’abbaye contribuait à la défense du port de Marseille et son système clé fortification fut élevé en harmonie avec celui de la cité.
« Un mur clôturait la rive méridionale du port, depuis la chapelle Notre-dame du Bon-Port ou Saint-Nicolas, prieuré de l’abbaye à l’entrée du port, jusqu’à la tour du plan Fourmiguier où il-rejoignait les murailles de la ville. Ainsi, Saint-Victor constituait, comme le rappelait le roi René au pape en 1468 « la clef du port et de la ville de Marseille »... L’enceinte, détruite en 14I2 par Pierre de Luna, fut remise à neuf à la fin du XVé siècle et détruite en 1660 par Louis XIV, qui faisait bâtir la citadelle Saint-Nicolas.
« On peut cependant se rendre compte de son aspect par les gravures du Vieux Port de Marseille au XVIIé siècle.... la moitié sud de l’enceinte était constituée par une courtine à mâchicoulis, renforcée de tours carrées ; la moitié nord comprenait une courtine dépourvue de tours et de mâchicoulis, simplement crénelée. La partie orientale, autrefois munie de contreforts réunis par des mâchicoulis-arcades et flanqués d’échauguettes à plusieurs étages, offrait quelque ressemblance avec la façade occidentale du Palais des Papes, construite de 1334 à 1360. »

« A côté de la tour d’Ysarn, qui fut restaurée et relevée, protégeant le côté oriental de l’abbaye, le plus vulnérable, avait été élevée une tour de défense au-dessus du croisillon nord : c’était le donjon dont la partie supérieure figurée sur d’anciennes estampes, a disparu. Elle fut dotée par Urbain V de vingt-trois cloches.
L’agrandissement de l’abside avait nécessité la destruction de la muraille de défense contre laquelle était adossé le transept de l’église, et dont on voit les vestiges rue de l’Abbaye. Elle joua donc elle-même le rôle d’une véritable forteresse, aux murs épais de 3,25 m ; elle était flanquée de quatre contreforts formant tourelles crénelées, et sa terrasse, protégée par un mur de défense, constituait une « salle d’armes » supérieure...
«  Le transept est voûté de trois croisées d’ogive, avec formerets, retombant sur des colonnettes à chapiteaux moulurés... Le croisillon nord est percé d’un oculus ; celui du sud d’un arc plein cintre.
«  Le chœur, précédé d’une travée barlongue sur croisée d’ogive, est ménagé dans un chevet carré, transformé en plan heptagonal par l’artifice de deux trompes jetées dans les angles ; il est recouvert d’une croisée d’ogive.
« En outre, afin d’éviter un retrait trop accentué entre les deux tours de la façade nord, une chapelle fut ménagée contre le mur de la dernière travée de ce collatéral, qui supporta un chemin de ronde faisant communiquer le premier étage des tours d’Ysarn et d’Urbain V. »

Le pape voulut lui-même inaugurer les nouvelles constructions. Il arriva à Marseille à la mi-octobre 1365. Il examina les travaux qu’il avait fait exécuter à Saint-Victor. Les fortifications et les tours crénelées qui encerclaient le monastère lui parurent bien fières à côté de l’église et une put s’empêcher de dire : « Ils ont fait la maison du serviteur plus belle que celle du Maître. » Le 15 octobre, il consacra le nouveau maître-autel.
Le bienheureux pape Urbain V, mort en Avignon le 19 décembre 1370 fut, suivant son désir, inhumé à Saint-Victor dès 1372. Son renom de sainteté y attira de nombreux pèlerins venant même de lointaines régions ; certains ont laissé comme trace de leur passage de maladroits graffiti dans les cryptes, en particulier sur les murs de la Confession.
Un tombeau somptueux de style flamboyant fut édifié dans le chœur de l’abside ; il sera démon au XVIIIé siècle. C’est alors que le corps. du bienheureux fut placé dans un autre endroit de l’abbaye et depuis les démolitions qui ont suivi la Révolution, nul ne sait où il se trouve.

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