Père Yves : Vendredi 25 Mars 2016 : 15h : Chemin de croix

CHEMIN DE CROIX
A ST VICTOR 2015/2016

MÉDITATIONS ET PRIÈRES
à partir des textes du Pape BENOÎT XVI et du Pape François

Note préalable
En 2013, nous avons médité le chemin de la croix à partir d’un texte avec lequel avait prié le Pape Benoit XVI. Nous y avions été invités à être attentifs à ce beau cadeau que Dieu nous a fait à travers la famille. Beaucoup ont aimé le texte et cette année nous reprenons le même texte auquel nous ajoutons un autre, prié par le Pape François. L’un comme l’autre nous rejoint dans ce que nous sommes et qui a plu à Dieu : notre humanité. Dieu aime notre humanité et nous invite à faire d’elle le lieu où elle nous rejoint pour nous communiquer le salut. C’est dans l’humanité de Jésus que nous pouvons sentir combien cela est vrai. La nouveauté de ce texte mis à jour consiste dans le fait qu’il nous permet de communier aux sentiments qui sont ceux de Jésus, à la fois Fils de Dieu et Fils de l’homme. Que puisse, par la sainte passion du Christ, les grâces de la rédemption nous soient accordées.

Ouverture : Au Nom du Père du Fils et du Saint Esprit.

Frères et sœurs, nous voici réunis ce soir autour de la croix de Jésus. Faire le chemin de croix est un acte de foi. Beaucoup d’hommes et des femmes y ont rencontré Jésus et renoué le lien vital avec lui. Beaucoup ont reli leur vie à la lumière de la croix du Christ, et ont découvert que la puissance de Dieu est toujours là à leur côté. Dans cette même Église où nous sommes, des générations ont vécu cette piété de foi. C’est à nous aujourd’hui ce soir que s’adresse la parole de la croix. Scandale pour les uns et folie pour les autres, elle est le lieu de notre salut. Dans la Via Crucis que nous allons commencer, il sera souvent fait référence aux don qui consiste à être gardés par l’amour de Dieu, en particulier par Jésus crucifié, ainsi qu’au devoir d’être, à notre tour, gardiens par amour de toute la création, de toutes les personnes, spécialement des plus pauvres, de nous-mêmes et de nos familles, pour faire resplendir l’étoile de l’espérance. Nous voulons participer à cette Via Crucis en profonde intimité avec Jésus. Attentifs à tout ce qui a été écrit dans les Évangiles, quelques sentiments et pensées qui ont pu habiter l’âme et le cœur de Jésus en ces heures d’épreuve seront recueillis avec discrétion.
En même temps nous nous laisserons interpeller par certaines situations de vie qui caractérisent – en bien ou en mal – notre époque. Nous exprimerons ainsi une résonance qui dira notre désir de faire quelque pas, en imitation de Notre Seigneur Jésus Christ dans sa passion. Le Pape François nous invite cette année à vivre et à nous ouvrir à la miséricorde de Dieu. Il écrit le 8 décembre 2015 ceci « Le mot "miséricorde" désigne, le cœur profond, les "entrailles" qui frémissent sous le coup de la douleur et de la peine. Quel père ou mère n’a ressenti cela en sachant son enfant malade, perdu ? La miséricorde apparaît donc comme l’attachement profond d’un être pour un autre et particulièrement de Dieu pour l’homme. Dans notre vie, Dieu souffre avec nous, il est bouleversé par nos malheurs, nos souffrances et notre condition d’homme pécheur. Dans un grand mouvement d’amour pour nous, il nous manifeste sa tendresse, nous aide concrètement dans nos vies, nous témoigne sa "miséricorde", nous pardonne nos manquements, nos faiblesses, nous envoie son Fils. Dans le Nouveau Testament, Jésus nous invite à faire de même envers nos frères : "Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux". Mt 5,48) C’est l’une des conditions de la vie éternelle. Puis il ajoute « N’oublions pas cette parole : Dieu ne se fatigue jamais de nous pardonner, jamais ! « Eh, mon père, quel est le problème ? ». Eh, le problème est que nous, nous nous fatiguons ! Nous ne voulons pas ! Nous nous fatiguons de demander pardon ! Lui ne se fatigue pas de pardonner, mais nous, parfois, nous nous fatiguons de demander pardon. Ne nous fatiguons jamais, ne nous fatiguons jamais ! Lui est le Père plein d’amour qui toujours pardonne, qui a ce cœur de miséricorde pour nous tous. Et nous, aussi apprenons à être miséricordieux avec tous."
(bref silence)
PRIÈRE INITIALE (prêtre)

Seigneur Jésus, ta passion est l’histoire de toute l’humanité : cette histoire où les bons sont humiliés, les doux ... agressés, les justes ... piétinés et les cœurs purs raillés avec dérision. Qui sera le vainqueur ? Qui dira l’ultime parole ? Seigneur Jésus, nous croyons que Tu es l’ultime parole : en Toi les bons ont déjà vaincu, en Toi les doux ont déjà triomphé, en Toi les justes sont couronnés et les cœurs purs brillent comme des étoiles dans la nuit. Seigneur Jésus, ce soir nous refaisons le chemin de ta croix, sachant que c’est aussi notre chemin. Pourtant une certitude nous illumine : le chemin ne se termine pas à la croix mais il va au-delà, il va au Royaume de la Vie et à l’explosion de la Joie que personne ne pourra jamais nous ravir !
Le lecteur : (diacre)
O Jésus, je m’arrête songeur au pied de ta croix : moi aussi je l’ai élevée avec mes péchés ! Ta bonté qui ne se défend pas et qui se laisse crucifier est un mystère qui me dépasse et qui me bouleverse profondément.
Seigneur, tu es venu dans le monde pour moi, pour me chercher, pour m’apporter la tendresse du Père : la tendresse qui me manque !
Tu es le Visage de la bonté et de la miséricorde : c’est pourquoi tu veux me sauver !
Il y a tant d’égoïsme en moi : viens avec ta charité sans limite ! Il y a de l’orgueil et de la méchanceté en moi : viens avec ta douceur et ton humilité !
Seigneur, le pécheur à sauver, c’est moi : le fils prodigue qui doit revenir, c’est moi ! Seigneur, accorde-moi le don des larmes pour que je retrouve la liberté et la vie, la paix avec Toi et la joie en Toi.

PREMIÈRE STATION : Jésus est condamné à mort

MÉDITATION(lecteur)
“Ceci est mon corps donné pour vous ; … Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous”(Lc 22, 19-20).
De l’Évangile selon Saint Marc
“Pilate reprenait : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? ». De nouveau ils crièrent : « Crucifie-le ! ». Pilate, voulant contenter la foule, relacha Barrabas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié” (Mc 15, 12-13.15)
Nous connaissons bien cette scène de condamnation : ce sont les nouvelles de chaque jour ! Pourtant une question nous brûle le cœur : pourquoi est-il possible de condamner Dieu ? Parce que Dieu, qui est Tout-puissant, se présente sous les habits de la faiblesse ? Parce que Dieu se laisse agresser par l’orgueil et par l’insolence et par l’arrogance humaine ? Parce que Dieu se tait ?
Le silence de Dieu est notre tourment, il est notre épreuve ! Mais il est aussi la purification de notre précipitation, il est la guérison de notre désir de vengeance.
Le silence de Dieu est la terre où meurt notre orgueil et où s’épanouit la vraie foi, la foi humble, la foi qui ne pose pas de questions à Dieu, mais qui s’en remet à lui avec la confiance d’un enfant.
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
Je viens de célébrer la Pâque avec mes disciples. Je l’avais beaucoup désirée(Cf. Lc 22, 15 Cf. Lc 22, 15) : la dernière Pâque, avant la passion, avant de retourner à toi ! Mais, à l’improviste, elle a été perturbée. Le diable a mis au cœur de l’un de mes disciples de me trahir(Cf. Jn 13, 9). Dans le jardin de Gethsémani il est venu à ma rencontre. Par un geste qui signifie l’amour il m’a salué en me disant « Salut, Rabbi ». Et il m’a donné un baiser (Cf. Mt 26, 49). Quelle amertume, à ce moment là !
Pendant le repas, je t’ai imploré, Père, pour que tu gardes mes disciples dans ton nom, pour qu’ils soient un comme nous-mêmes(Cf. Jn 17, 11)
NOTRE RÉSONANCE
Nous sommes, ô Jésus, fragiles dans la foi, plus encore que les premiers disciples. Nous risquons de te trahir, alors que ton amour devrait nous amener à grandir dans l’amour pour toi.
Nous avons besoin de prière, de vigilance, de sincérité et de vérité. C’est ainsi que la foi grandira ; et elle sera solide et joyeuse.
PRIÈRE
Seigneur, comme il est facile de condamner ! Comme il est facile de jeter des pierres : les pierres du jugement et de la calomnie, les pierres de l’indifférence et de l’abandon !
Seigneur, Tu as choisi de te tenir du côté des vaincus, du côté des humiliés et des condamnés.
Aide-nous à ne jamais devenir les bourreaux de nos frères sans défense ; aide-nous à prendre courageusement position pour défendre les faibles, aide-nous à refuser l’eau de Pilate parce qu’elle ne lave pas les mains mais parce qu’elle les souille de sang innocent.

DEUXIÈME STATION Jésus est chargé de la Croix

MÉDITATION (lecteur)
De l’Évangile selon Saint Marc
“Quand ils se furent bien moqué de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmenèrent pour le crucifier(Mc 15, 20).
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
Les soldats du gouverneur m’entourent. Pour eux, je ne suis plus une personne, mais une chose. Ils veulent se jouer de moi, se moquer de moi. Pour cela ils m’habillent comme un roi. Une couronne est prête, mais elle est d’épines. Ils me frappent à la tête avec une verge. Ils me crachent dessus. Ils me conduisent dehors (Cf. Mc 15, 16-20).
Les paroles dramatiques du prophète Isaïe sur le Serviteur du Seigneur me reviennent. Il est dit qu’il est sans apparence ni beauté ; il est méprisé ; il est l’homme des douleurs ; il est comme un agneau conduit à l’abattoir ; il est retranché de la terre des vivants ; il est frappé à mort. Ce Serviteur, c’est moi, pour révéler la grandeur de l’amour de Dieu pour l’homme( Cf. Is 53, 2-8)
Dans la passion du Christ, la haine s’est déchaînée, notre haine, la haine de l’humanité tout entière. Dans la passion du Christ, notre méchanceté s’est élevée contre la bonté, notre orgueil s’est rageusement enflammé contre l’humilité, notre corruption s’est insurgée contre la resplendissante transparence de Dieu !
Et ainsi ... nous sommes devenus la croix de Dieu ! Nous, stupidement rebelles, nous, par nos absurdes péchés, nous avons élevé la croix de notre inquiétude et de notre malheur : nous avons érigé notre punition.
Mais Dieu prend la croix sur ses épaules, notre croix, et il nous défie par la puissance de son amour.
Dieu prend la croix ! Mystère insondable de bonté ! Mystère d’humilité qui nous fait avoir honte d’être encore orgueilleux !

PRIÈRE
Seigneur Jésus, Tu es entré dans l’histoire humaine et tu l’as trouvée hostile à Toi, rebelle à Dieu, folle de cet orgueil qui fait croire à l’homme qu’il est de grande stature ... comme son ombre !
Seigneur Jésus, Tu ne nous as pas agressés mais tu t’es laissé agresser par nous, par moi, par chacun !
Soigne-moi, Jésus, par ta patience, guéris-moi par ton humilité, redonne-moi ma véritable stature de créature : ma stature de petit .... infiniment aimé par Toi !

TROISIÈME STATION Jésus tombe pour la première fois
MÉDITATION(lecteur)
Du livre du Prophète Isaïe
“C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures nous sommes guéris”(Is 53, 5).
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
Je trébuche alors que je fais les premiers pas vers le Calvaire. J’ai déjà perdu beaucoup de sang. Il m’est difficile de soutenir le poids du bois que je dois porter. Et ainsi, je tombe à terre.
Quelqu’un me relève. Autour de moi je vois beaucoup de monde. Il y en a certainement aussi qui me veulent du bien. D’autres sont des curieux. Je pense à Jean Baptiste qui, au début de ma vie publique a dit : “Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde”(Jn 1, 29). Maintenant, la vérité de ces paroles est révélée.
NOTRE RÉSONANCE
Ô Jésus, c’est le jour où nous ne devons pas ressembler au pharisien qui se loue lui-même, mais au publicain qui n’ose même pas lever la tête(Cf. Lc 18, 10-13). Nous te demandons donc avec confiance, Agneau de Dieu, le pardon de nos péchés en pensées, en paroles, par actions et par omissions.
En méditant sur le poids de ta croix, nous n’aurons pas honte de tracer sur notre corps le signe de la croix : “c’est une aide efficace : gratuite pour les pauvres, pour celui qui est faible, elle ne demande aucun effort. Il s’agit, en effet, d’une grâce de Dieu” .
Dans l’idée des hommes, Dieu ne peut pas tomber et pourtant il tombe. Pourquoi ? Cela ne peut pas être un signe de faiblesse, mais seulement un signe d’amour : un message d’amour pour nous.
En tombant sous le poids de la croix, Jésus nous rappelle que le péché est lourd, que le péché abaisse et détruit, que le péché punit et fait mal : c’est pourquoi le péché est mal !
Mais Dieu nous aime et il veut notre bien ; et l’amour le pousse à crier à ceux qui sont sourds, à nous qui ne voulons pas entendre : Fuyez le péché, parce qu’il vous fait mal. Il vous enlève la paix et la joie ; il vous éloigne de la vie et il assèche en vous la source de la liberté et de la dignité.
Fuyez ! Fuyez !

PRIÈRE
Seigneur, nous avons perdu le sens du péché ! Aujourd’hui est en train de se répandre, par une propagande sournoise, une folle apologie du mal, un absurde culte de Satan, une folle volonté de transgression, une fausse et inconsistante liberté qui exaltent le caprice, le vice et l’égoïsme, les présentant comme des conquêtes de la civilisation.
Seigneur Jésus, ouvre nos yeux : fais que nous voyions la boue et que nous la reconnaissions pour ce qu’elle est, afin qu’une larme de repentir restaure en nous la pureté et l’espace d’une vraie liberté. Ouvre nos yeux, Seigneur Jésus !

QUATRIÈME STATION Jésus rencontre sa Mère
MÉDITATION(lecteur)
De l’Évangile selon Saint Luc
“Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre ». Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements”(Lc 2, 34 – 35.51).
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
Dans la foule il y a ma Mère. J’ai le cœur qui bat. Je n’arrive pas à bien la voir. J’ai aussi du sang sur le visage.
Quand j’avais seulement quarante jours j’ai été porté au Temple pour l’offrande, conformément à la Loi de Moïse. Un prophète a parlé à mon père et à ma mère. Il s’appelait Syméon. Il m’a pris dans ses bras. Il a dit que je serais un “signe de contradiction” et qu’“une épée transpercerait l’âme” de ma mère. Ce sont des paroles qui, en cet instant, sont une brûlante réalité pour elle et pour moi. L’offrande faite ce jour-là trouve, aujourd’hui, son plein accomplissement(Cf. Lc 2, 22-24.28.33-35).
NOTRE RÉSONANCE
“Ô mon Fils de condition divine, tu es traîné par les mains de ces méchants, et tu le supportes. Tu es venu te mettre dans les chaînes, et tu te laisses volontairement conduire par eux, toi qui délivres des chaînes le genre humain enchaîné ! Comme je suis détruite ! Dis-moi, dis-moi une parole, Parole de Dieu le Père, ne passe pas en silence, devant ta servante devenue ta Mère” .
Ô Jésus, le drame que tu affrontes avec ta Mère, dans une ruelle de Jérusalem, nous fait penser à tant de drames familiaux dans le monde. Il y en a pour tous : mères, pères, enfants, grands-parents. Il est facile de juger, mais il est plus important de nous mettre à la place des autres et de les aider autant qu’il est possible. Nous essayerons de le faire.
Toute mère est visage de l’amour, refuge de tendresse, fidélité qui n’abandonne pas, parce qu’une vraie mère aime même quand elle n’est pas aimée. Marie est Mère ! En elle, la féminité ne connaît pas d’ombre, en elle, l’amour n’est pas corrompu par des relents d’égoïsme qui emprisonnent le cœur et qui le paralysent. Marie est Mère ! Son cœur est fidèlement attaché au cœur de son Fils, et il souffre et porte la croix, et elle éprouve dans sa propre chair toutes les blessures de la chair de son Fils.
Marie est Mère ! Et elle continue d’être Mère : pour nous, pour toujours !

PRIÈRE
Seigneur Jésus, nous avons tous besoin de cette Mère ! Nous avons besoin d’un amour qui soit vrai et fidèle. Nous avons besoin d’un amour qui ne vacille jamais, un amour qui soit un refuge assuré pour le temps de la peur, de la souffrance et de l’épreuve.
Seigneur Jésus, nous avons besoin de femmes, d’épouses, de mères, qui redonnent aux hommes le beau visage de l’humanité.
Seigneur Jésus, nous avons besoin de Marie : la femme, l’épouse, la mère, qui jamais ne déforme ni ne renie l’amour !
Seigneur Jésus, nous te prions pour toutes les femmes du monde !

CINQUIÈME STATION Simon de Cyrène aide Jésus à porter la Croix
MÉDITATION (lecteur)
De l’Évangile selon Saint Luc
“Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus” (Lc 23, 26.)
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
J’entends des cris autour de moi. Ils prennent de force un paysan qui passe par là, sans doute par hasard. Sans trop d’explications ils le contraignent à se charger de mon fardeau. Je me sens soulagé. Ils lui ordonnent de se mettre derrière moi. Nous irons ensemble jusqu’au lieu du supplice.
Plus d’une fois en prêchant le Règne de Dieu j’avais dit : “Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple” (Lc 14, 27). Mais, à présent, cet homme porte même la mienne. Peut-être ne sait-il même pas qui je suis, mais cependant il m’aide et me suit.
NOTRE RÉSONANCE A LA LOUANGE DE SIMON
“Heureux es-tu, Simon, qui as porté durant ta vie la croix derrière notre Roi. Ils sont fiers ceux qui portent les insignes des rois, mais les rois s’évanouiront avec leurs insignes. Heureuses les mains qui se sont levées et qui ont porté en procession la croix de Jésus qui nous a donné la vie” .
Peut-être aussi pour certains d’entre nous, la rencontre avec toi, ô Seigneur, s’est faite complètement à l’improviste. Mais elle a grandi ensuite.
Considérons que le fait que ne manquent pas parmi nous des Cyrénéens est une grande grâce. Ils portent la croix des autres. Ils le font avec persévérance. C’est l’amour qui les motive. Leur présence devient une source d’espérance. Ils mettent en pratique l’invitation de Saint Paul : « Portez les fardeaux les uns des autres » ( Ga 6,2). Ainsi, ils gardent les frères.
Simon de Cyrène, tu es un petit, un pauvre, un paysan inconnu dont les livres d’histoire ne parlent pas. Et pourtant tu fais l’histoire !
Tu as écrit un des plus beaux chapitres de l’histoire de l’humanité : tu portes la croix d’un Autre, tu soulèves le bois de souffrance et tu empêches qu’il n’écrase la victime. À chacun de nous, tu rends sa dignité, nous rappelant que nous ne sommes nous-mêmes que si nous ne pensons pas à nous-mêmes. Tu nous rappelles que le Christ nous attend dans nos rues, sur nos paliers, à l’hôpital, en prison ... Dans les banlieues de nos villes. Le Christ nous attend ...! Saurons-nous le reconnaître ? Lui viendrons-nous en aide ? Ou mourrons-nous dans notre égoïsme ?

PRIÈRE
Qui n’a pas besoin d’un Cyrénéen ?
Seigneur Jésus, tu as dit que “Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Ac 20,35).. Rends-nous aussi disponibles à accomplir le devoir du “Cyrénéen”. Que celui qui observe notre manière de vivre soit encouragé, en nous voyant cultiver ce qui est beau, juste, vrai, essentiel. Celui qui est fragile nous verra humbles parce que, sous de nombreux aspects, nous sommes fragiles nous aussi. Celui qui reçoit de nous des signes de gratuité, percevra que nous avons nous-mêmes mille raisons de dire “merci”. De même celui qui ne peut pas courir peut être rassuré, parce qu’il nous est cher. Il nous trouvera prêts à ralentir : nous ne voulons pas le laisser en arrière. Seigneur Jésus, l’amour est en train de s’éteindre et le monde devient froid, inhospitalier, invivable. Brise les chaînes qui nous empêchent d’aller à la rencontre des autres Aide-nous à nous retrouver nous-mêmes dans l’amour.Seigneur Jésus, le bien-être est en train de nous déshumaniser, les loisirs sont devenus une aliénation, une drogue : et le lancinant message publicitaire de cette société, c’est une invitation à mourir dans l’égoïsme. Seigneur Jésus, rallume en nous l’étincelle de l’humanité que Dieu a mis dans notre cœur au début de la création. Libère-nous de la décadence de l’égoïsme et nous retrouverons aussitôt la joie de vivre et l’envie de chanter.

SIXIÈME STATION :Véronique essuie le visage de Jésus
MÉDITATION(lecteur)
De l’Évangile selon Saint Luc
“Jésus, passant à travers villes et villages proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes qui avaient été guéries de maladies et d’esprits mauvais : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Kouza, intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres, qui les servaient en prenant sur leurs ressources”(Lc 8, 1-3).
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
Il y a beaucoup de femmes dans la foule. La gentillesse pousse l’une d’entre elles à s’approcher pour m’essuyer le visage. Ce geste fait resurgir dans mes pensées plusieurs rencontres, dont l’une remonte à une semaine. Par amitié, j’ai dîné à Béthanie, hôte de Marthe, de Marie et de Lazare. Marie m’a arrosé les pieds avec de l’huile parfumée de nard véritable. Je lui ai dit, à sa grande surprise, de la garder pour ma sépulture(Cf. Jn 12, 1-7).
Je me revois également assis au puits de Sykar. J’étais fatigué et j’avais soif. A ce moment une femme samaritaine arrive avec un broc. Je lui demande de l’eau. J’évoque une eau qui jaillit pour la vie éternelle. Il semble qu’elle attendait ce don pour ouvrir son cœur. Elle voulait tout me dire sur elle. Je l’ai vue, avec émerveillement, scruter sa conscience. Elle est retournée au village en parlant de moi et en disant : “Ne serait-il pas le Christ ? “ (Jn 4, 29).
NOTRE RÉSONANCE
Ô Jésus, ce soir, la présence féminine parmi nous est significative. Dans les Évangiles, les femmes ont une place importante. Elles t’ont assisté, toi et les Apôtres. Quelques-unes d’entre elles ont été présentes pendant ta passion. Et elles seront les premières à porter l’annonce de ta résurrection.
Le génie féminin nous pousse à vivre la foi avec affection envers toi . Tous les saints nous l’enseignent. Nous voulons marcher sur leur route.
PRIÈRE
Seigneur Jésus, il suffirait d’un pas et le monde pourrait changer !
Il suffirait d’un pas et la paix reviendrait en famille ; il suffirait d’un pas et le mendiant ne serait plus seul ; il suffirait d’un pas et le malade sentirait une main serrer sa main... pour guérir les deux.
Il suffirait d’un pas et les pauvres pourraient s’asseoir à table, chassant la tristesse de la table des égoïstes qui ne peuvent faire la fête tout seuls.
Seigneur Jésus, il suffirait d’un pas !
Aide-nous à le faire, parce que toutes les ressources de la joie sont en train de s’épuiser dans le monde. Aide-nous, Seigneur !
SEPTIÈME STATION
Jésus tombe pour la deuxième fois
MÉDITATION (lecteur)
Notre arrogance, notre violence, nos injustices pèsent sur le corps du Christ. Elles pèsent ... et le Christ tombe une nouvelle fois pour nous révéler le poids insupportable de notre péché.
Mais quel est donc aujourd’hui ce qui atteint tout particulièrement le saint corps du Christ ?
Assurément, elle fait partie de la douloureuse passion de Dieu l’agression contre la famille. Il semble qu’aujourd’hui se manifeste une sorte d’anti-Genèse, un anti-projet, un orgueil diabolique qui pense éliminer la famille.
L’homme voudrait réinventer l’humanité en bouleversant même la grammaire de la vie telle que Dieu l’a pensée et voulue.
Se substituer à Dieu sans être Dieu est la plus folle arrogance, c’est la plus dangereuse aventure.
La chute du Christ nous ouvre les yeux et nous fait revoir le beau visage, le vrai visage, le saint visage de la famille. Le visage de la famille dont tous nous avons besoin.
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
La peine n’est pas seulement physique. Il y a quelque chose de plus profond que je dois supporter. Hier soir j’ai prié longuement le Père, prostré à terre. Ma sueur était semblable à des gouttes de sang. Je suis entré en agonie. Je suis en train de faire l’expérience, suprême et difficile, de tout être humain proche de la mort. Merci, mon Père, de m’avoir envoyé à ce moment un ange du ciel pour me consoler !
NOTRE RÉSONANCE
Jésus, que de tristesse dans l’abîme de beaucoup d’âmes blessées par la solitude, l’abandon, l’indifférence, la maladie, la mort d’une personne chère !Incommensurable est également la souffrance de ceux qui connaissent des événements cruels, des paroles haineuses et fausses ; ou qui rencontrent des cœurs de pierre provoquant des larmes et conduisent au désespoir.
Le cœur de l’homme – le cœur de nous tous – attend bien autre chose : la garde de l’amour. Tu nous l’enseignes, ô Jésus, ainsi qu’à tous les hommes de bonne volonté : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés(Cf. Jn 13, 34.).
PRIÈRE
Seigneur Jésus, la famille est un rêve de Dieu confié à l’humanité ; la famille est une étincelle de Ciel partagée avec l’humanité ; la famille est le berceau où nous sommes nés et où nous renaissons continuellement dans l’amour.
Seigneur Jésus, entre dans nos maisons et entonne le chant de la vie. Rallume la lampe de l’amour et fais nous goûter la beauté d’être liés les uns aux autres dans une embrassade de vie : la vie nourrie du souffle même de Dieu, le souffle du Dieu-Amour.
Seigneur Jésus, sauve la famille, pour que la vie soit sauvée !
Seigneur Jésus, sauve ma famille, notre famille !
Ouvre-toi, mon cœur. Sois large comme le cœur de Dieu. Ouvre-toi pour porter l’espérance. Ouvre-toi pour prendre soin. Ouvre-toi pour écouter. Ouvre-toi pour mettre un onguent sur les blessures. Ouvre-toi pour donner la lumière à celui qui est dans les ténèbres. Garde-nous et console-nous aujourd’hui, demain et toujours.
HUITIÈME STATION
Jésus rencontre les femmes de Jérusalem

MÉDITATION (lecteur)
De l’Évangile selon saint Luc
“Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : ‘Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants’”( Lc 23,27-28).
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
Mon entrée à Jérusalem date de quelques jours. Une petite foule de disciples m’a fait la fête. Elle m’a même acclamé en disant : “Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur” (Lc 19,38.). Dans sa simplicité, ce moment a été solennel. Cependant, les pharisiens ont montré que cela ne leur a pas plu. La fête n’a pas empêché mes larmes provoquées par la vue de la ville(Cf. Lc 19,41). Maintenant, tandis que je monte péniblement vers le Golgotha, résonnent des voix de femmes qui se lamentent sur moi et se frappent la poitrine.
Les larmes des mères de Jérusalem inondent de pitié le chemin du Condamné, adoucissent la férocité d’une exécution capitale et nous rappellent que nous sommes tous fils : fils nés de l’étreinte d’une mère.
NOTRE RÉSONANCE
Peut-être aujourd’hui aussi, Jésus, en voyant nos villes, tu peux avoir des raisons de pleurer. Nous aussi, nous pouvons être aveugles à ton égard, sans compréhension du chemin de paix que tu nous as indiqué(ibdiem).
Mais à présent nous ressentons comme un appel de ta part, ce que tu as exprimé dans le Discours sur la Montagne : “Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu”. Et puis, ce que tu as dit à tes disciples : “Vous êtes le sel de la terre … Vous êtes la lumière du monde … De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux”( Mt 5, 8-9.13.14.16.).
Mais les larmes des mères de Jérusalem ne sont qu’une petite goutte du fleuve de larmes versé par les mères : mères de crucifiés, mères d’assassins, mères de drogués, mères de terroristes, mères de violeurs, mères de fous : ... mais toujours mères !
Cependant, les larmes ne suffisent pas. Les larmes doivent se transformer en amour qui éduque, en force qui guide, en sévérité qui corrige, en dialogue qui construit, en présence qui parle !
Les larmes doivent empêcher d’autres larmes !

PRIÈRE
Seigneur Jésus, tu connais les larmes des mères, tu vois dans chaque maison le lieu de la souffrance, tu entends le gémissement silencieux de nombreuses mères blessées par leurs enfants : blessées à mort… restant vivantes !
Seigneur Jésus, dissous les caillots de dureté qui empêchent l’amour de circuler dans les artères de nos familles. Fais que, une fois encore, nous nous sentions fils pour donner à nos mères - sur la terre et au ciel - la fierté de nous avoir engendrés et la joie de pouvoir bénir le jour de notre naissance.
Seigneur Jésus, essuie les larmes des mères afin que refleurisse le sourire sur le visage des enfants, sur le visage de tous.

NEUVIÈME STATION
Jésus tombe pour la troisième fois

MÉDITATION (lecteur)
De l’Évangile selon saint Jean
“Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant, je quitte le monde, et je pars vers le Père”(Jn 16,28.)..
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
Mon voyage terrestre est sur le point de s’achever. Quand je suis né, ma Mère m’a déposé dans une mangeoire (Cf. Lc 2,7.). J’ai passé presque toute ma vie à Nazareth. Je me suis immergé dans l’histoire du peuple élu.
Comme un envoyé itinérant du Père, j’ai annoncé la largeur de son amour, qui n’oublie personne ; la longueur de son amour, fidèle à travers toutes les générations ; la hauteur de son amour, espérance qui vainc même la mort(Cf. Ep. 3, 18-19 ; Col 1,27 ; 1 Tm 1,1 ; Eb 6,18-20) ; et la profondeur de son amour, qui m’a envoyé non pour les justes, mais pour les pécheurs(Cf. Mc 2,17.).
Beaucoup m’ont écouté et suivi, en devenant mes disciples ; d’autres ne m’ont pas compris. Certains, en outre, m’ont combattu et enfin m’ont condamné. Mais, en ce moment, je suis appelé, plus que jamais, à révéler l’amour de Dieu pour l’homme(Cf. Jn 13, 1).

Pascal observait avec finesse : Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là.
Mais où Jésus agonise-t-il pendant ce temps ? La division du monde en zones de bien-être et en zones de misère ... c’est l’agonie du Christ aujourd’hui. Le monde est en effet composé de deux pièces : dans l’une, on gaspille, dans l’autre, on meurt ; dans l’une, on meurt d’abondance, dans l’autre, on meurt d’indigence ; dans l’une.
Pourquoi ne pas ouvrir une porte ? Pourquoi ne pas former une seule table ? Pourquoi ne pas comprendre que les pauvres sont la thérapie des riches ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi sommes-nous si aveugles ?
Jésus, face à ton amour et à celui du Père, demandons-nous si nous ne risquons pas de nous laisser fasciner par le monde pour lequel ta passion et ta mort sont “folie et scandale”, tandis qu’elles sont “puissance et sagesse de Dieu”( Cf. 1 Cor 1,23-24) ? Ne sommes-nous pas des chrétiens tièdes, tandis que ton amour est un mystère de feu ?
Nous rendons-nous compte qu’“avant qu’il vînt lui-même nous l’apprendre, nous ne savions pas qui était Dieu” ? Quand Toi, Fils unique, tu es arrivé, “Dieu, qui nous avait modelé à son image, nous a permis de lever les yeux vers lui, et nous a promis le Royaume des cieux. Comment donc n’aimerions-nous pas celui qui nous a aimé le premier ?”
PRIÈRE
Seigneur Jésus, l’homme qui vit pour amasser, tu l’as appelé insensé !
Oui, est insensé celui qui pense posséder quelque chose, car un seul est le Propriétaire du monde.
Seigneur Jésus, le monde est à toi, uniquement à toi. Et tu l’as donné à tous les hommes afin que la terre soit une maison qui les nourrit et les protège tous.
Amasser, c’est donc voler si amasser inutilement empêche les autres de vivre.
Seigneur Jésus, fais cesser le scandale qui divise le monde en villes et bidonvilles. Seigneur enseigne-nous de nouveau la fraternité ! Seigneur Dieu, nous osons t’appeler : “Notre Père”. Nous penser nous-mêmes comme fils est un don merveilleux dont nous te sommes éternellement reconnaissants. Nous savons, ô Père, que nous ne sommes qu’un grain de poussière dans l’univers. Tu nous a donné une grande dignité, tu nous a appelés à la liberté. Libère-nous de toute forme d’esclavage. Ne nous laisse pas errer loin de toi. Protège, ô Père, chacun de nous. Protège chaque homme qui habite la terre.
DIXIÈME STATION
Les soldats se partagent les vêtements de Jésus
Du Livre des Psaumes
“Ils se partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement ”( Ps 21,19.).
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
Je suis en silence. Je me sens humilié par un geste apparemment banal. Il y a quelques heures, j’ai été déjà dépouillé de mes vêtements. Ma pensée va à ma Mère, ici présente. Mon humiliation est aussi la sienne. De cette manière, son âme a été aussi transpercée. Je lui dois la tunique qui m’a été arrachée et qui est un symbole de son amour pour moi(Cf. Mt 27,35).
MÉDITATION(lecteur)
Les soldats ôtent à Jésus sa tunique avec la brutalité des voleurs et tentent de lui voler aussi sa pudeur et sa dignité.
Mais Jésus est la pudeur, Jésus est la dignité de l’homme et de son corps.
Et le corps humilié du Christ devient le chef d’accusation de toutes les humiliations du corps humain, créé par Dieu comme visage de l’âme et langage pour exprimer l’amour.
Toutefois, aujourd’hui, le corps est souvent vendu et acheté sur les trottoirs des villes, sur les trottoirs de la télévision, dans les maisons devenues trottoirs.
Quand comprendrons-nous que nous tuons l’amour ? Quand comprendrons-nous que, sans pureté, le corps ne vit pas et qu’il ne peut engendrer la vie ?

PRIÈRE
Seigneur Jésus, autour de la pureté, un silence général a été habilement imposé : un silence impur ! On a même répandu la conviction - absolument mensongère ! - que la pureté est ennemie de l’amour.
C’est le contraire qui est vrai, Seigneur ! La pureté est la condition indispensable pour pouvoir aimer : pour aimer vraiment, pour aimer fidèlement.
Du reste, Seigneur, si quelqu’un n’est pas maître de lui-même, comment pourra-t-il se donner lui-même ?
Seul celui qui est pur, peut aimer ; Seul celui qui est pur, peut aimer sans souiller.
Seigneur Jésus, par la puissance de Ton sang versé par amour donne-nous un cœur pur afin que renaisse l’amour dans le monde, l’amour dont tous éprouvent une immense nostalgie.

ONZIÈME STATION Jésus est cloué à la Croix

MÉDITATION(lecteur)
SENTIMENTS ET PENSÉES DE JÉSUS
Ils sont en train de clouer mes mains et mes pieds. Mes bras sont étendus. Les clous pénètrent douloureusement dans ma chair. Je suis bloqué dans mon corps, mais libre dans mon cœur, tout comme je suis allé librement vers ma passion . Libre, parce qu’habité par l’amour, un amour qui voudrait inclure tout le monde.
J’observe ceux qui me crucifient. Je pense à ceux qui le leur ont ordonné : “Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font”( Lc 23,34). A côté de moi, il y a deux autres condamnés à la crucifixion. L’un d’eux me demande de me souvenir de lui quand je serai dans mon royaume. Oui, je lui dis : “Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ”( Lc 23,43.).
NOTRE RÉSONANCE
Nous te regardons, Jésus, cloué à la croix. Et des interrogations pressantes surgissent dans notre conscience : quand sera abolie la peine de mort, pratiquée encore aujourd’hui dans de nombreux États ? Quand sera effacée toute forme de torture et la suppression violente de personnes innocentes ? Ton Évangile est la plus solide défense de l’homme, de chaque homme. Ces mains qui ont béni tout le monde sont à présent clouées à la croix, ces pieds qui ont tant marché pour semer espérance et amour sont à présent fixés au gibet.
Pourquoi, Seigneur ? Par amour ! Pourquoi la passion ? Par amour ! Pourquoi la croix ? Par amour !
Pourquoi, Seigneur, n’es-tu pas descendu de la croix pour répondre à nos provocations ? Je ne suis pas descendu de la croix car ainsi j’aurais consacré la force reine du monde, alors que l’amour est l’unique force qui peut changer le monde.
Pourquoi, Seigneur, ce prix si lourd ? Pour vous dire que Dieu est Amour, Amour infini, Amour Tout-Puissant.
Me croirez-vous ?

PRIÈRE
Jésus crucifié, tout le monde peut nous tromper, nous abandonner, nous décevoir : Toi seul ne nous décevras jamais ! Tu as laissé nos mains te clouer cruellement à la croix pour nous dire que ton amour est vrai, sincère, fidèle, irrévocable.
Jésus crucifié, Nos yeux voient tes mains clouées, capables néanmoins de donner la vraie liberté ; ils voient tes pieds immobilisés par les clous et pourtant encore capables de marcher et de faire marcher.
Jésus crucifié, c’en est fini de l’illusion d’un bonheur sans Dieu. Nous revenons à toi, unique espérance et unique liberté, unique joie et unique vérité :
Jésus crucifié, aie pitié de nous, pécheurs !

DOUZIÈME STATIONJésus meurt sur la Croix
MÉDITATION(lecteur)
Les paroles de Jésus en croix
Jésus, criant d’une voix forte, a dit :“Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”( Mt 27,46 ; Mc 15,34). Puis, s’adressant à sa Mère : “Femme, voici ton fils !” ; et au disciple Jean : “Voici ta mère !”( Jn 19,26.27). Il a dit : “J’ai soif !”( Jn 19,28.) ; il a dit : “Tout est accompli”( Jn 19,30.) ; et enfin : “Père, entre tes mains, je remets mon esprit”( Lc 23,46).
NOTRE RÉSONANCE
Sur la croix, Jésus, tu as prié. C’est exactement ainsi que tu as vécu le sommet de ta vocation et de ta mission.
En ce moment, tu t’es adressé à ta mère et au disciple Jean. A travers eux, tu t’adressais aussi à nous. Nous avons été confiés à ta Mère. Tu nous as demandé de l’accueillir dans notre vie pour être protégés par elle comme tu l’as été, toi.
Nous sommes profondément impressionnés par le fait que, au long d’une agonie qui a duré des heures, tu aies crié d’une voix forte vers Dieu avec les paroles du psaume 21, qui expriment les souffrances, mais aussi les espérances du juste.
De manière insensée, l’homme s’est dit : Dieu est mort ! Mais si Dieu meurt, qui nous donnera encore la vie ? Si Dieu meurt, qu’est donc la vie ?
La vie est Amour ! Alors la croix n’est pas la mort de Dieu, mais le moment où se brise l’écorce fragile de l’humanité assumée par Dieu, et où jaillit le fleuve d’amour qui renouvelle l’humanité.
De la croix naît la vie nouvelle de Saul, de la croix naît la conversion d’Augustin, de la croix naît la pauvreté joyeuse de François d’Assise, de la croix naît la bonté rayonnante de Vincent de Paul ;
de la croix naît l’héroïsme de Maximilien Kolbe, de la croix naît la merveilleuse charité de Mère Teresa de Calcutta, de la croix naît le courage de Jean-Paul II, de la croix naît la révolution de l’amour : c’est pourquoi la croix n’est pas la mort de Dieu, mais la naissance de son Amour dans le monde.
Bénie soit la croix du Christ !

PRIÈRE
Seigneur Jésus, dans le silence de ce soir, on entend ta voix : J’ai soif ! J’ai soif de ton amour !
Dans le silence de cette nuit, on entend ta prière : Père, pardonne-leur ! Père pardonne-leur ! Dans le silence de l’histoire, on entend ton cri : Tout est accompli. Qu’est-ce qui est accompli ? Je vous ai tout donné, je vous ai tout dit, Je vous ai apporté la plus belle nouvelle : Dieu est amour ! Dieu vous aime !
Dans le silence du cœur, on ressent la caresse de ton ultime don : Voici ta mère : ma mère !
Merci Jésus, parce que tu as confié à Marie la mission de nous rappeler chaque jour que le sens de toute chose, c’est l’amour : l’Amour de Dieu planté dans le monde comme une croix ! Merci, Jésus ! Tu nous es nécessaire, ô Christ, pour connaître notre être et notre destin.
- Tu nous es nécessaire pour retrouver des raisons vraies de la fraternité entre les hommes, les fondements de la justice, les trésors de la charité, le bien suprême de la paix.
- Tu nous es nécessaire, ô grand Patient de nos douleurs, pour connaître le sens de la souffrance.
- Tu nous es nécessaire, ô Vainqueur de la mort, pour nous libérer du désespoir et de la négation.
- Tu nous es nécessaire, ô Christ, pour apprendre l’amour vrai et pour cheminer, dans la joie et dans la force de ta charité, tout au long de notre pénible voie, jusqu’à la rencontre finale avec Toi, aimé, attendu et béni dans les siècles”

TREIZIÈME STATION
Jésus est descendu de la Croix et confié à sa Mère

MÉDITATION(lecteur)
De l’Évangile selon saint Matthieu
“Le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus … dirent : ‘Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu !’. Il y avait là de nombreuses femmes…. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée”( Mt 27,54-56.).
Jésus est passé de ce monde au Père. Sa passion nous donne la grâce de découvrir, dans l’histoire, la passion de Dieu pour l’homme. Les saints y ont correspondu, en devenant disciples et apôtres. Nous aussi, nous y sommes appelés.
Le crime est accompli : Nous avons tué Jésus ! Et les plaies du Christ brûlent dans le cœur de Marie, tandis qu’une unique souffrance étreint la Mère et le Fils. La Mère des Douleurs ! Oui, la Mère des Douleurs souffre, suscite compassion et touche aussi celui qui a l’habitude de blesser. La Mère des Douleurs ! Il semble que nous ayons de la compassion pour Dieu, et en réalité - une fois encore - c’est Dieu qui a de la compassion pour nous.
La Mère des Douleurs ! La souffrance n’est plus désespérance et elle ne le sera jamais plus, parce que Dieu est venu souffrir avec nous. Et avec Dieu, peut-on désespérer ?

PRIÈRE
Ô Marie, en ton Fils, tu embrasses tout fils, et tu ressens le déchirement de toutes les mères du monde.
Ô Marie, tes larmes passent de siècle en siècle et marquent les visages et pleurent les pleurs de tous.
Ô Marie, Tu connais la souffrance... pourtant tu crois ! Tu crois que les nuages n’obscurcissent pas le soleil, tu crois que la nuit prépare l’aurore.
Ô Marie, Toi qui as chanté le Magnificat, entonne pour nous le chant victorieux de la souffrance comme un enfantement d’où naît la vie.
Ô Marie, prie pour nous ! Prie pour que nous soyons, nous aussi, envahis par la véritable espérance.
“Étends, o Père, à toute la famille humaine, le règne de justice et de paix que tu as préparé à travers ton Fils Unique, notre roi et notre sauveur. Ainsi, la vraie et très douce paix sera donnée aux hommes ; les pauvres trouveront justice ; les affligés seront consolés et toutes les tribus de la terre seront bénies en lui, notre Seigneur et notre Dieu, qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint Esprit, pour les siècles des siècles ” .
QUATORZIÈME STATION Jésus est mis au tombeau

MÉDITATION(lecteur)
La vie ressemble parfois à un long et triste Samedi Saint. Tout semble fini, Le méchant semble triompher, Le mal semble plus fort que le bien. Cependant la foi nous fait voir plus loin, elle nous fait entrevoir les lumières d’un jour nouveau au delà de ce jour. La foi nous garantit que le dernier mot revient à Dieu : uniquement à Dieu !
La foi est vraiment une petite lampe, cependant c’est l’unique lampe qui éclaire la nuit du monde : et son humble lumière se répand avec les premières lueurs du jour : le jour du Christ Ressuscité.
L’histoire ne finit donc pas au tombeau, mais resurgit au tombeau : ainsi l’a promis Jésus, c’est arrivé et cela arrivera encore !

PRIÈRE
Seigneur Jésus, le Vendredi Saint est le jour des ténèbres, le jour de la haine sans raison, le jour de l’exécution du Juste ! Mais le Vendredi Saint n’est pas le dernier mot : le dernier mot, c’est Pâques, le triomphe de la Vie, la victoire du Bien sur le mal.
Seigneur Jésus, le Samedi Saint est le jour du vide, le jour de la peur et du désarroi, le jour où tout semble fini ! Mais le Samedi Saint n’est pas le dernier jour : le dernier jour, c’est Pâques, la Lumière qui se rallume, l’Amour qui vainc toute haine.
Seigneur Jésus, Tandis que se consume notre Vendredi Saint et que se répète l’angoisse de nombreux Samedis Saints, donne-nous la foi tenace de Marie pour croire à la vérité de Pâques ; donne-nous son regard limpide pour discerner les lueurs qui annoncent le dernier jour de l’histoire : un ciel nouveau et une terre nouvelle déjà inaugurés en Toi,
Jésus Crucifié et Ressuscité. Amen !
Dans un moment de silence, nous recueillons les fruits de cette prière avec Jésus.
À la fin Père donne la Bénédiction
(P) Notre secours est dans le nom du Seigneur
(F)Qui a fait le ciel et la terre
Ensuite le célébrant enchaîne avec la prière du Psaume 129

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !

Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.

J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.

Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.
Plus qu’un veilleur ne guette l’aurore,
attends le Seigneur, Israël.

Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.

Avec la croix le célébrant bénit l’assemblée
Que Dieu vous bénisse au nom du Père du Fils et du Saint Esprit.

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