Père Yves Sermon du Baptême du Seigneur 2015

Jésus aussi s’approche de Jean pour demander le baptême !
Après avoir célébré et nous laissés touchés par la joie du Dieu qui vient faire sa demeure par nous : c’est-à-dire toute la période de la fête de noël, aujourd’hui la liturgie nous invite à méditer sur le baptême du Seigneur Jésus. Le petit enfant né dans la crèche a grandit et comme tout juif, il fait sa démarche religieuse au milieu de son peuple. C’est la deuxième étape de sa mission car la première c’est dans la condescendance du verbe divin. Jean en parlait en ces termes « le verbe s’est fait chair, il a habité par nous et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tenait de son au Père ». C’est au baptême donné par Jean le baptiste que Jésus, semblable aux hommes, se comportant comme un homme ( Ph 2,7), vient se soumettre. Jésus se soumet certes , mais c’est pour apporter à ce geste, à cette pratique cultuelle de son peuple sa pleine signification. Hier les juifs juste, quelques années avant l’arrivé du Christ, la communauté juive proposait le bain de purification comme un rite qui vient remplacer le rite de circoncision qui se perdait de plus en plus dans la pratique. Le rite met en relief la démarche du sujet dans une communauté qui désire se rapproche d’avantage de Dieu d’une part et de l’autre les éléments empruntés de la nature : l’eau qui explique dans sa symbolique à la fois la vie car l’eau est indispensable à la vie mais aussi la mort car à travers l’eau on peut se noyer (cf. la sortie d’Égypte et le déluge). C’est donc cette double signification qui demeure en arrière plan du baptême qu’offre Jean. Jean y ajoute l’urgence de la conversion car les royaumes des cieux sont proches. Jean en recevant Jésus pour le baptême sait qu’il reçoit celui qui est l’auteur de la vie. Il le dira très clairement « Moi je vous ai baptisés avec de l’eau, mais Lui vous baptisera avec l’esprit Saint ». Les trois évangiles synoptiques racontent cet événement du baptême de Jésus, chacun selon son inspiration et en fonction de la communauté à laquelle est destiné son écrit. Mathieu par exemple met en relief l’humilité de Jésus allant accomplir ce qui est juste ( Mt 3,13-17), Marc plus sobre toujours dans ses vues, rappelle plus la prophète de Jean annonçant celui vient baptiser dans l’Esprit Saint( cf. Mc 1,7-1).Luc quant à lui, insiste sur la descente de l’Esprit Saint sur Jésus « sus une apparence corporelle, comme une colombe ( cf. Lc 3,15…22). Puis tous les trois, nous font entendre la prédilection de Dieu pour son Fils et l’invitation faite aux hommes d’écouter celui-ci. Les termes de prédilections attribués au père et appliqués à Jésus, nous rappelle les alliances de Dieu avec son peuple : tel l fils bien aimé Isaac dans la genèse (22,2), tel le serviteur dans le livre d’Isaïe en qui le Seigneur met toute son amour ( Is 42,21), tel encore le roi-messie engendré du Père( Ps 2,79). Nous découvrons donc Jésus posé un geste qui pour le peuple est religieux. C’est une expression identitaire passer au bain rituel mais aussi un acte religieux de repentir. Jésus pose ce geste sans doute en solidarité avec le peuple avec lequel son père a conclu l’alliance. Il se solidarise avec les pénitents, désireux d’être purifiés de leurs péchés par le baptême de repentance. Ce geste nous annonce ce que sera le ministère de serviteur au service des pauvres avec un amour préférentiel. Cet abaissement volontaire de Jésus débouche sur la manifestation sur la manifestation de Dieu (théophanie). Alors que Jésus accepte que son sorts soit traité comme celui de l’un parmi les hommes, il nous est manifesté par la voix du père comme le Fils de Dieu et Dieu lui-même.
Le baptême de Jésus nous rappelle le choix de Jésus d’être semblable à son peuple en toute chose, excepté le péché ; il est aussi le lieu de la manifestation de Jésus comme Dieu sans cesser d’être homme, c’est à partir de cette identification qu’il pourra commencer son ministère public, en fin son baptême la voix du père se fit entendre, une relation au Père et à la Parole de Dieu. Baptême de Jésus mais c’est aussi notre propre baptême.
Qu’en est-il de notre propre baptême ? a –t-il été l’occasion pour nous rendre solidaire de toute la communauté humaine à qui Dieu se révèle pour la sauver ? Vous voyez que le salut de Dieu est quelque chose qui nous touche profondément dans notre existence. Il n’est pas ad-historique et extra anthropologique, de même que l’on ne devient pas enfant de Dieu en se désolidarisant du corps de l’alliance, de même le chrétien ne peut se situer par rapport de l’Église à l’impersonnel ou se comporter à son égard comme celui qui monte sur l’arbre et à l’aide d’une scie coupe celui-ci à sa racine. L’Église notre mère, même si elle est laide des fois, il faut l’aimer de dedans. Jésus à travers son baptême s’est abaissé afin que la voix de son Père résonne dans le cœur des hommes. On peut dire que Jésus devient missionnaire de son Père à travers son baptême. Est-ce que notre baptême fait de nous missionnaire de Dieu ? ou bien est il pris comme un passeport pour le voyage vers le paradis quand notre heure sonnera ?. « C’est toi mon fils bien aimé, en toi j’ai mis mon amour ». Dieu nous montre Jésus comme le réceptacle de son amour. Il en doit être la même configuration pour tout chrétien sans exception. Les réflexions de Jean dans la deuxième lecture, nous apprennent l’existence d’une communauté chrétienne au sein de laquelle des graves divisions ont pris droit de cité. A la suite du Christ, certains membres spiritualisent plus leur foi alors que d’autre restent à la limite de l’homme que Jésus a été. Jean rappelle que ce qui est essentiel n’est pas dans méthodes pour vivre sa foi mais dans la relation avec Jésus. Cette relation prend un nom. Elle s’appelle la foi. Notre baptême nous permet-il de nous ouvrir à cette foi, d’en grandir ? la foi est un don de Dieu, mais est aussi au cœur de toute existence chrétienne un trésor précieux.. Le témoignage des martyres nous enseigne qu’au nom de la foi des hommes vont très loin. Veiller sur sa foi est un combat au cœur de notre vie qui souvent est en proie aux déchirements, tiraillés entre doute et certitudes, tradition et nouveauté, raisonnement et fidélité. Le vainqueur est celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu et écoute sa parole. Notre baptême nous permit-il d’épouser cette posture ? telles sont les grâces que nous allons demander au cours de cette eucharistie. Que puisse la Parole du Père nous fasse aimer son Fils bien aimé Jésus en son église et nous donne d’assumer la mission qui est la nôtre dans notre société. Amen !
Yves Allangomi

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