Père Yves Sermon de Noël 2014

Noël 2014, Basilique mineure St Victor, Marseille

Dieu se rapproche des hommes afin que les hommes brisent les barrières qui les séparent les uns des autres et trouvent le chemin de construire ensemble la vie dans la vision de Dieu. Oui nous célébrons la fête noël. Dans le monde entier, en ce jour ci, des nombreuses familles, villages et villes sont en effervescence de fête. C’est la joie d’avoir Dieu dans sa maison, c’est aussi la joie de l’accueillir et de le partager avec les autres, en d’autres termes c’est la joie d’être enfant de Dieu à travers son fils unique Jésus de Nazareth. Oui c’est bien cette joie que tant d’hommes et des femmes, qui vivent aujourd’hui presque quotidiennement en marges de la réalité chrétienne et ecclésiale, reviennent chaque année goûter dans nos célébrations de noël. Puissions-nous dire avec la mère du petit Jésus « que le Seigneur fait pour nous des merveilles saint est son nom »( Lc 1,1). La liturgie de cette fête nous invite à regarder et accueillir la lumière de Dieu dans les réalités humaines de notre vie. Ce n’est pas seulement une invitation faite aux chrétiens et moins encore à ceux qui viennent souvent à l’église. Elle s’adresse à tout homme et tout l’homme, car en nous Dieu a mis/déposé sa présence. La lumière Dieu et sa joie sont les messages de toute cette liturgie. Le peuple Israël l’attendait, le prophète Balam le voyait de loin mais pas clairement, Isaïe l’annonçait dans la figure de la fille Sion qui concevra un fils à qui la puissance du Rois David sera son héritage. Le même Isaïe esquisse le profile de celui qui vient et nous décline les caractéristiques de son nom : prince de la paix et de Justice, son nom c’est « Dieu avec nous : Emmanuel ; il n’écrasera pas le faible, il affermira les genoux faibles. Sa présence parmi son peuple donnera à celui-ci une re-naissance. Ce peuple de détresse et de somme de bête sera désormais la couronne brillante, un diadème royale entre les doigts de Dieu, on l’appellera ‘ ma préférence’, l’épousée ». Marie est Joseph entrent dans ce beau projet de Dieu. D’abord Marie qui est une fille juive et attendait comme tout bon juif, la venue du Messie (cf. magnificat). Mais aussi Joseph qui comme tout homme nourrissait son projet de fonder un foyer et à qui Marie a été accordée en mariage. C’est encore Marie qui dira à l’ange « je ne connais pas d’homme comment cela va-t-il se faire ? Puis ajoutera en toute confiance que cela m advienne selon la volonté de Dieu. C’est encore Joseph qui devant la grandeur du projet divin constate sa petitesse et veut renoncer à son projet de couple sans doute par crainte de Dieu ; le même Joseph s’exilera en Égypte vue la menace du Roi Hérode. Que soit Marie ou Joseph, tous deux ont fait l’expérience de l’irruption de Dieu dans leur vie, de son invitation à donner de leur part d’humanité afin que naisse grandisse le verbe divin. C’est cela le centre de notre mystère chrétien en vivant chaque année cette fête. Nous nous réjouissons de la lumière de Dieu venue dans notre humanité. Très vite nous allons nous poser cette question : s’il y a une demande , une lettre à écrire au petit Jésus pour lui souhaiter la bienvenue et puis en bas de page lui demander quelque chose, que vas-tu le lui demander ? Sur quels aspect de ta vie voudras tu que sa lumière se porte et se pose ? Si Marie et Joseph venaient à frappé à notre porte, la porte de nos cœurs ? de nos familles, de nos initiatives professionnelles et sociétales, à la porte de nos villes et pays aujourd’hui, qu’allons leur dire ? Saurions-nous les reconnaître ? y aura-t-il de la place dans notre vie pour cet inconnu qui vient ? N’allons pas très vite aux crèches artistiquement montées dans nos églises mais voyons ce Dieu qui se fait homme. Le Maître de la création dans le ventre de marie ne trouve où naître confortablement pour commencer ses pas humains dans la danse humaine.
Dès la joie de Noël Marie et Joseph sont associés à ce processus d’abaissement de Dieu dans l’histoire. Le fait que Dieu se fasse petit enfant, afin que nous puissions l’aimer, afin que nous osions l’aimer, et que, comme un petit enfant, il se mette avec confiance entre nos mains, est très émouvante abaissement divin. Il dit presque : je sais que ma splendeur t’effraie, que devant ma grandeur tu cherches à t’affirmer toi-même. Eh bien, je viens donc à toi comme un petit enfant, pour que tu puisses m’accueillir et m’aimer. Le manque de la place dont parle l’évangile est un message fort dans les évangiles synoptiques. Saint Jean l’approfondie et l’a ramenée à l’essentiel quand il écrivit « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu » (Jn 1,11). De ce manque de place se pose une grande question pour notre vie chrétienne. C’est celle de savoir comment chez nous se passent les choses concernant par exemples les déplacées, les réfugiés et les immigrés : avons-nous vraiment de la place pour Dieu, quand il cherche à entrer chez nous ? avons-nous du temps et de l’espace pour lui ? ou bien sommes-nous pas porter à le refouler ? Plus nous pouvons nous déplacer rapidement, plus les moyens qui nous font gagner du temps deviennent efficaces, moins nous avons du temps à disposition. Et Dieu ? La question le concernant ne semble jamais urgente. Notre temps est déjà totalement rempli. Mais les choses vont encore plus en profondeur. Dieu a-t-il vraiment une place dans notre pensée ? Les méthodes de notre pensée sont organisées de manière qu’au fond, il ne doit pas exister. Même s’il semble frapper à la porte de notre pensée, il doit être éloigné par quelque raisonnement. La pensée, pour être considérée comme sérieuse, doit être construite de façon à rendre superflue l’"hypothèse Dieu". Il n’y a pas de place pour lui. Même dans notre sentiment et dans notre vouloir, il n’y a pas de place pour lui. Nous nous voulons nous-mêmes. Nous voulons les choses tangibles, le bonheur expérimentable, la réussite de nos projets personnels et de nos intentions. Nous sommes totalement « remplis » de nous-mêmes, si bien qu’il ne reste aucun espace pour Dieu. Et c’est pourquoi, il n’y a pas d’espace non plus pour les autres, pour les enfants, pour les pauvres, pour les étrangers.

En partant de la simple parole sur le manque de place dans la salle commune, nous pouvons nous rendre compte combien nous est nécessaire l’exhortation de Saint Paul à Tite .Paul parle de la renaissance, c’est-à-dire d’une conversion à travers laquelle le sujet laisse Dieu prendre possession de sa vie et la conduire. Puis aussi il parle de la façon dont nous voyons le monde et nous-mêmes. La conversion dont nous avons besoin doit atteindre vraiment les profondeurs de notre rapport avec la réalité. Prions le Seigneur afin que nous devenions vigilants envers sa présence, afin que nous entendions comment il frappe de manière discrète mais insistante à la porte de notre être et de notre vouloir. Prions-le afin qu’il se crée au fond de nous-mêmes un espace pour lui et afin qu’ainsi nous puissions aussi le reconnaître en ceux par qui il s’adresse à nous : dans les enfants, dans les personnes qui souffrent et dans celles qui sont abandonnées, dans les personnes marginalisées et dans les pauvres de ce monde.

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