Père Yves : 8 mai 2016 : 7° dimanche de Pâques C

Les quelques jours avant sa passion, Jésus, sachant que son heure est proche, a livré des confidences à ses plus proches. Ceux-ci, il ne les appelait plus « disciples » mais « des amis ». Sous le regard de ses amis, Jésus a eu des grands moments de prières. Ses disciples ont été témoins non seulement des actions éclatantes de Jésus mais aussi de ces moments où Jésus communique avec son Père dans un cœur à cœur. Les disciples ont du un jour demander à Jésus : « maître apprenons à prier », c’est-à-dire : montre nous le secret de ta vie. Puis Jésus leur répond dans divers passages dont l’un est la prière de notre Père. Sur le mont Thabor, les disciples écoutaient Jésus leur dire « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation ; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible » (Mth 26,41s). Autant la prière a été la force de Jésus et lieu dans la grande proximité avec son Père et ses disciples, autant Jésus invite ses disciples à entrer dans ce dynamisme de vie qui a comme centre de gravité, l’ouverture confiante à Dieu.
Que pouvons être et faire sans la prière ? C’est Clément d’Alexandrie (150-215) qui rappelle l’importance de la prière chrétienne comme une nécessité vitale en disant que le chrétien ne prie pas seulement pour les jours particuliers comme font certains mais il prie continuellement pendant toute sa vie. Et il ajoute que la présence d’un homme de prière rend toujours heureux et rayonnants du visage de Dieu, ceux qui le fréquente. Autant l’eau est vital pour le poisson, autant la prière est plus que vital pour le chrétien.
Les textes de ce 7èm dimanche de pâque nous invitent comme l’avait fait Jésus à ses disciples à remettre la prière au cœur de notre vie. Au sujet de la prière, nous pouvons évoquer plusieurs expériences. Une d’entre elle qui me vient à l’esprit en ce dimanche est celle d’un abbé du monastère des las Huelgas à Burgos. Un jour le père du monastère reçoit un jeune moine qui avait du mal à vivre les règles et voulait partir du monastère car celle-ci lui semblait insoutenable. Au jeune moine le père lui demandait s’il prie. Et le jeune de lui répondre « maître je suis tout le temps à la messe et je ne manque jamais les offices donc je prie ». c’est alors que le père lui répond « oui fils, on peut être en ces lieux sans pour autant prier ». L’exemple de ce jeune moine nous rappelle celui des disciples Jésus. Ils étaient avec lui, mangeaient à sa table mais ne savaient pas prier. Et nous savons-nous prier ou prions nous vraiment ? L’oraison de cette messe nous fait prier en ces termes « entends nos prières Seigneur, nous croyons que le sauveur des hommes est auprès de toi dans la gloire ; fais nous croire aussi qu’il est avec nous jusqu’à la fin des temps comme il nous l’a promis ». La bible d’un bout à l’autre nous apprend qu’il faut prier avec insistance. Ce n’est pas que Dieu soit sourd d’oreille pour n’est rien entendre. Mais dans la prière c’est nous qui sommes d’abord transformer. Ce jeune moine a découvert qu’il vivait dans la forme sans descendre dans l’essence. Nous aussi, nous pouvons nous laisser interpeler dans notre vie de prière. Demandons la grâce de plonger notre vie au cœur de la prière. Demandons le au nom de Jésus car il le disait « ce que vous demandez à mon Père en mon nom il vous l’accordera ».
La parole de Dieu que nous venons d’écouter nous y encourage. Regardons le diacre Étienne que Luc nous a présenté. Juif devenu chrétien, Étienne est mort, victime de sa largeur d’esprit, du courage de sa foi, de la passion de son amour au service de l’Évangile. Il est tué pour avoir proclamé hautement sa foi en Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité, debout à la droite du Père. Son martyre, ouvrit à l’Eglise les portes de l’évangélisation du monde. Dans la prière d’Étienne on y découvre une forte ressemblance avec celle de Jésus. Prier c’est donc ressembler à Jésus. Le Christ fut présent dans la prière d’Étienne. Cette présence permet à Etienne de pouvoir pardonner à ses bourreaux. Etienne personnalise au maximum ce que c’est que témoigner du Christ : par son travail de diacre, par sa parole courageusement risquée au tribunal et finalement par le sang versé.
Nous découvrons dans la vie d’Etienne que la prière est une ouverture confiante à Celui qui vient. Il vient nous inviter à travers les mots éloquents de l’apocalypse « Viens ! Celui qui entend, qu’il dise viens ! Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive de l’eau de la vie gratuitement ».
Oui venons reposer nos cœurs en Dieu. Il ne peut nous rejeter car son cœur ne vit que pour nous offrir ce qu’il a de beau et de solide. Venons lui confier nos joies et peines, confions lui ce que le péché fabrique comme tristesse dans nos vies et nos sociétés. Faisons le pour ceux et celles qui ne savent pas prier Dieu. Savez-vous que l’autre vocation du Chrétien c’est de prier pour ceux qui ne peuvent pas prier ? Ne venons pas à Dieu seulement avec les deux petits problèmes personnels à résoudre. Notre vie est plus large que les deux choses à régler. Un jour j’ai rencontré un malade qui fait pitié à la vue d’œil. Après un bref échange de parole, le malade me dit « père j’ai la joie sur le cœur après tout. Mais vie est plus riche que cette maladie qui n’est qu’un accident ». la parole de ce malade m’a ouvert le cœur à comprendre que l’on peut d’avantage ressembler au Christ même dans l’épreuve. Apprenons à ouvrir chaque jour nos cœurs à la dimension de celui de Dieu dans lequel il aime toute l’humanité. L’Esprit de Dieu qui porte son œuvre et la soutient, pourra également soutenir nos prières et les élever vers Dieu si nous nous laissons attirés par le Christ.
« Que tous soient un comme toi, Père tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Qu’ils deviennent parfaitement un afin que le monde sache que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ». C’est Jésus lui-même qui prie ici. Nous notons que c’est pour la première fois que Jésus dit « je veux » à son Père, mais c’est pour ses disciples et donc pour nous tous « je veux que là où je suis qu’ils soient eux aussi avec moi ». Sainte Joséphine Bakhita, une jeune fille soudanaise de la province du Darfour, née en 1869 et canonisée le 1 octobre 2000 par Jean Paul II, était devenue chrétienne car la fille de son patron ne voulait pas laisser Joséphine en Afrique. Elle disait à son père « papa je veux que là où je suis que Bakhita soit avec moi et moi avec elle ». Jésus a porté tous ses disciples dans la prière de son cœur adressée à son père. Depuis ce jour nous avons été tous intégré dans l’intimité de la vie de Dieu. Et nous quelles sont les personnes que nous portons comme offrande de notre prière à Dieu ? Dans cette prière de Jésus nous découvrons que la prière est une grâce à recevoir. Ainsi ce n’est pas tant grâce à nos mérites que nous pouvons être avec Jésus, mais bien grâce à son amour fou et indéfectible pour chacun de nous. Jésus prie pour nous qui avons accueilli sa parole et en croyons et il insiste auprès de son Père pour que notre unité soit parfaite, à l’image de la communion qu’il vit avec le Père dans le Saint Esprit. Le dissentiment semble bien être la maladie chronique des sociétés voire dans la vie des chrétiens. Que de déchirures dues tout simplement au manque de charité et de communion ! Que des rigidités parfois voulant prendre la place de Dieu alors que tous sommes redevables d’une dette d’amour. L’unité dans les membres de son corps est pour le Christ le vœu le plus cher de son offrande. C’est en comprenant et méditant ces vœux que Saint François d’Assise nous a laissé une de ses belles prières « Seigneur fais de moi apôtre de l’unité. l’a où il y a la division que je mette l’entente, là où il y a la haine que je sème l’amour.. ». C’est en épousant cette prière que nous pouvons à ce monde offrir la joie de l’évangile. Cette joie est tout d’abord le rayonnement silencieux d’une vie fraternelle en Christ. Cherchons à devenir une ébauche modeste mais réelle de cette vie à travers la qualité de nos relations quotidiennes, au-delà de nos divergences. Que puisse nous en accorde comme grâce. Yves Allangomi

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