Père Yves 30 et 31 Mai 2015 La Sainte Trinité

Sainte Trinité à Saint Victor 2015
Notre assemblée rappelle celle du désert lorsque Dieu convoqua son peuple pour lui donner Sa Parole. On peut également évoquer le sermon de Jésus sur la montagne où il nourrissait une foule immense par des paroles sur la vie.
L’oraison de ce dimanche, nous indique ce vers quoi notre foi nous conduit aujourd’hui. En effet, à son peuple, Dieu a envoyé sa Parole de vérité et son Esprit de Sainteté pour lui révéler son admirable mystère. C’est aussi le petit geste du signe de croix que nous nous sommes posés sur le corps au début de cette messe. Il voudrait dire que toute notre vie se déploie sous le signe de la croix. Notre vie ainsi marquée est plongée au cœur de la foi, dans le sein de Dieu où circule la communion/relation entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. Ce n’est pas un cercle ésotérique mais une relation ouverte et fécondant l’existence des créatures. Faisons appel aux métaphores qui faciliteraient la compréhension de cette relation.
Prenons par exemple les fiancés. Ils sont amoureux l’un de l’autre. Cet amour, chacun d’eux le porte dans sa vie, une vie ouverte, en tension totale vers l’autre. Les deux alors se donnent un baiser. Ce baiser est une réalité à part entière. Il leur permet d’accéder à l’amour qu’ils se portent mutuellement. Il en va de même pour nous dans notre foi. Si la foi ne comportait pas la connaissance intérieure qui donne accès à l’intimité de Dieu, c’en serait fait de la trinité. On pourrait imaginer une relation de type binaire entre l’homme et Dieu, telle celle de Abraham à travers l’alliance.
Mais notre entrée, à égalité dans la relation de familiarité avec Dieu, telle que Jésus de Nazareth l’a risquée avec son Père, resterait inconcevable. Or c’est cet accès surprenant et apparemment excessif pour nos possibilités humaines que réalise l’Esprit Saint.
La deuxième image est prise du monde animal. Le papillon est une bête très fragile. Si vous prenez le papillon, la bette est portée par deux ailes. On dirait deux triangles qui font bouger un bateau. On peut dire que les deux ailes représentent les deux mains de Dieu : le fils et l’esprit Saint avec lesquels Dieu est Dieu. Mais c’est l’ensemble qui est Dieu. Entre les deux ailes se vit une véritable relation de procession et de subordination.
Troisième image prenez deux cierges allumés. Faites croiser deux cierges allumés et vous verrez qu’ils ne donnent qu’une seule flamme et non deux flammes. Ainsi donc le Père et le Fils dans la manifestation de leur être nous donnent l’Esprit Saint qui continue en nous l’œuvre de la rédemption initiée par Dieu, rendue historique par Jésus de Nazareth et portée aux hommes de toutes les générations sous l’action du Saint Esprit.
C’est quoi toute cette affaire d’un Dieu en trois personnes ? Pour beaucoup de chrétiens, la Trinité, dénommée mystère est perçue comme une complication dogmatique sans effet et impact sur notre vie. Nous avons tendance à croire et à penser que cette combinaison de différentes Personnes, est une machine de théologiens sans grande importance. Nous devons, sortir de cet a priori, ne pas nous laisser arrêter par la complication logique que représente le mystère de la Trinité, mais au contraire essayer d’entrer dans ce qui en est pour nous l’élément vital.
Un élément vital ? c’est facile de le dire mais difficile à accepter. N’existent-elles pas dans nos vies des attitudes qui prennent Dieu au sens contraire de ce qu’il est ? Que nous apporte de façon spécifique la foi en Dieu trinitaire au point que la prendre comme absolument vrai ? Voyons ce à quoi nous conduit cette foi.
1. Elle est au début et au terme de toute existence : La confession de foi en un Dieu unique, est la spécificité absolue de notre foi chrétienne par rapport à toute autre religion. A travers le temps et l’espace, les hommes ont cru et ont pratiqué un certain nombre de croyances. Ils se sont faits des représentations de Dieu , mais aucune de ces religions n’a osé aller jusqu’à reconnaître un Dieu personnel, un Dieu qui se définit dans sa relation. On est très capable , de se représenter des dieux lointains, sans rapport avec l’humanité. On est capable de se représenter un dieu créateur comme une sorte de démiurge, mais ce démiurge originel n’a pas forcément de relation personnelle avec l’humanité.
2. La révélation chrétienne, à partir de la tradition juive telle qu’elle nous était évoquée tout à l’heure par la lecture du Deutéronome, introduit une nouveauté, celle d’un Dieu qui n’est pas étranger à l’humanité, mais qui a conclu une alliance avec les hommes. Le Dieu d’Israël, c’est le Dieu qui s’est choisi un peuple, qui a fait élection de ce peuple, et qui est resté fidèle à ce peuple malgré les infidélités des hommes. Ce Dieu qui s’est révélé à Abraham, à Moïse, et au peuple d’Israël à travers les prophètes, n’est pas un Dieu indifférent à ce qui survient dans l’histoire humaine. C’est un Dieu qui va se révéler à la fois Roi, Sauveur, Pasteur, Epoux, Père. C’est un Dieu qui entretient avec son peuple une relation privilégiée, au point que, il va jusqu’à prendre chair en notre espèce humaine dans la Personne de son Fils, Jésus de Nazareth, et à établir sa Demeure dans notre humanité par la médiation de son Esprit répandu sur ceux qui croient en Lui.
3. Cette relation interpersonnelle, fait que Dieu ne se passe pas de l’humanité, que Dieu ne se lasse pas de l’humanité, que Dieu se donne non seulement par l’acte de la création, mais encore par sa Parole qu’il transmet à travers ses prophètes, par sa présence effective en Jésus de Nazareth, par l’Esprit-Saint répandu à la Pentecôte. C’est ce Dieu qui a voulu se susciter un interlocuteur non seulement dans le premier homme en la personne d’Adam, mais à travers l’alliance, mais encore à travers tous ceux qui croiront en son Fils et qui deviendront effectivement par la puissance de l’Esprit répandu en leurs cœurs, héritiers dans le Christ comme nous le disait Paul.
Nous comprenons que notre baptême nous fait entrer dans cette relation exceptionnelle qui unit les trois Personnes de la Trinité. il nous plonge dans la vie trinitaire au point que dorénavant nous ne pouvons plus être nous-mêmes sans nous révéler en même temps enfants de Dieu et sans vénérer Dieu comme notre Père. On a souvent tendance à dire, que finalement Dieu, c’est le même Dieu pour tout le monde, il n’y a que les chemins qui changent. Nous découvrons en ce jour que notre Dieu n’est pas n’importe quel dieu : " Avez-vous déjà entendu parler d’un autre dieu ? ", nous demande le Deutéronome. Avez-vous entendu parler d’un Dieu qui vient habiter le cœur des hommes par la puissance de son Esprit.
Le Dieu auquel nous croyons n’est pas n’importe quel Dieu. C’est le Dieu d’amour qui se révèle et se manifeste dans sa relation entre le Père et le Fils, relation tellement intense qu’elle constitue elle-même une Personne, et c’est à cette communion que nous sommes associés par le baptême, quand l’Esprit-Saint fait de nous des enfants de Dieu. La Trinité n’est pas seulement une histoire qui se passe dans le ciel, sans que nous y soyons intéressés. Elle s’inscrit dans notre existence humaine et la transforme. Par le baptême, nous devenons des êtres de relation, des êtres qui ne peuvent pas atteindre la plénitude de leurs possibilités s’ils n’entrent pas en communion d’amour avec le Père, le Fils et l’Esprit-Saint et si cette communion d’amour ne se diffuse pas et ne se concrétise pas dans notre manière d’être avec les autres.
En célébrant la Sainte Trinité, en bénissant Dieu pour cet échange d’amour dont nous sommes issus et bénéficiaires, nous rendons gloire d’avoir la chance d’être choisis pour participer à cette alliance et pour devenir à la fois témoins et prophètes de la communion que Dieu veut réaliser entre tous les hommes rassemblés dans le Christ. ( Nom du Père du Fisl et du Saint Esprit)
Yves Allangomi

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