Père Yves : 27 mars 2016 : Pâques, messe de 9h

« Avec le Christ, vous êtes ressuscités »
Lorsque nous reprenons plus calmement les mystères de notre foi chrétienne, nous y trouvons comment :(1)La parole(2) Le témoignage et (3) l’espérance en arrivent à être des éléments structurants. Ce sont ces éléments qui donnent sens à la pâque que nous célébrons ensemble en ce dimanche. Jadis pour les juifs, Pâque « פּסח (pesaḥ » est une célébration qui rappelle la sortie d’Egypte et la naissance d’Israël comme peuple de Dieu. Il s’agit d’une fête profondément identitaire, et de ce fait, elle participe à la structuration des cellules vitales du peuple concerné. Á chaque fois que le peuple célèbre la pâque, il s’efforce de génération en en génération,de vivre la fête de l’intérieure. C’est-à-dire l’aujourd’hui pour chacun de ses membres de ce que Dieu a réalisé pour ce peuple. L’élément parole c’est, La Parole de Dieu, c’est-à-dire Dieu lui-même dans ce qu’Il dit et fait. En ce sens, ce que Dieu avait dit et fait hier, Il continue de dire et de le faire aujourd’hui pour nous. Si hier il avait parlé et que sa parole a accompagné la vie de son peuple, aujourd’hui encore il le fait pour nous tous.
Hier c’était le sang animal qui a été pris par le prêtre Aaron pour marquer l’alliance. En ces jours qui sont derniers, c’est dans la chair du Fils de Dieu, Jésus de Nazareth que se réalise l’alliance « tu n’as voulu ni sacrifice ni holocauste, alors me voici, je viens, je viens faire ta volonté ». Jésus trouve et il l’exprime, une grande adéquation entre la Parole du Père et sa traduction dans sa volonté de Fils. Dans sa vie, tout a été Parole de Dieu, en gestes et en Parole. Jésus est le faire et le dire de Dieu. La libération que son père a opérée pour les Israël, préfigure les nombreuses libérations que Jésus apporte comme il le dit justement dans luc 4,18 « L’Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés ». Cette parole de Jésus trouvera toute sa signification dans sa pâque, qui selon les termes de Jean s’appelle « à l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père ». Chaque pas du passage de Jésus vers son Père est une victoire progressive sur tout ce qui s’oppose à la vie et l’opprime. Jésus libère les potentialités des hommes et des femmes pour pouvoir se situer autrement vis-à-vis de Dieu : Il est Père et miséricordieux. Et vis-à-vis d’eux-mêmes les hommes, hier les uns ennemis aux autres, ils deviennent tous frères ; il en fait un seul Peuple par son sang versé.
Notre foi nous apprend, qu’avec Dieu la dernière parole n’est pas au mal mais à la vie, la vie avec Dieu. Tout le monde avait cru que s’en est fini avec le perturbateur de l’ordre public et religieux, le Nazarenéen, même ses disciples les uns après les autres sont partis, ils se sont mis en sécurité par peur de représailles. De bonheur alors qu’il faisait encore sombre quelques femmes se rendirent au tombeau poussées par l’affection qu’elles ont pour Jésus. Dans le cœur des apôtres comme dans celui des femmes, il faisait bien sombre. Pendant trois ans, ils avaient suivi Jésus et avaient mis en lui toute leur foi, toute leur confiance et tout leur amour. Ils pensaient qu’avec lui, une ère nouvelle était née, une ère de liberté, de justice et de bonheur. Mais voilà que depuis deux jours tout est fini. Jésus est mort sur la croix le vendredi soir et c’est la fin d’une belle aventure.
Il fait souvent bien sombre aussi dans notre cœur. Dans notre vie, il y a parfois des échecs, des épreuves, des souffrances. Pour certains, c’est le chômage, pour d’autres l’accident, la longue maladie, le découragement. Quand tout va mal, on se dit que ça ne sert à rien de continuer et on a envie de tout abandonner.
Et voici que de façon ’inattendu les femmes tout d’abord puis les disciples entendent un autre son de cloche. Ils passent de l’information à la foi. Ce passage n’a jamais été facile. Pour les femmes, ce fut le tombeau vide. Pierre et Jean à leur tour constateront que vraiment le tombeau est vide. Quelque chose de nouveau est entrain de se faire. Cette chose porte comme sa preuve, le tombeau vide. Ce tombeau vide pourrait signifier deux choses ou bien quelqu’un aurait dérobé le corps, ou bien tout simplement Jésus n’est pas au tombeau. La perspective de la résurrection apparait dans la tête des disciples en ce moment là la piste la moins possible à être envisagée. Mais c’est justement vers cette direction que conduit la foi. Jean entre, voit et croit, c’est-à-dire il reçoit ce que sa foi lui donne de vivre et de comprendre en ce moment. Il n’y a pas de trace d’un désordre dans la sépulture. Puis ce sont les onze apôtres qui voient Jésus leur apparaître, puis les disciples d’Emmaüs, Marie-Madeleine et d’autres encore…Alors c’est la fête, c’est l’espérance qui renaît ; c’est la joie qui éclate. Non, la mort de Jésus n’est pas une fin mais un passage. La grande aventure va reprendre de plus belle et rien ne pourra l’arrêter.
Pour nous, aujourd’hui, c’est une bonne nouvelle. Cet événement de Pâques nous dit que nous ne devons jamais nous avouer vaincus. Les échecs, les contrariétés, les difficultés ne doivent pas nous bloquer. Ils sont pour nous l’occasion de repartir d’une autre manière. Oui, un nouveau départ est toujours possible. Les apôtres ont connu cela. C’est ce que nous appelons une vie de témoignage. Paul aux Colossiens décrit la vie du chrétien comme une recherche permanente des biens du ciel par ce qu’il est dans le Christ ressuscité. Cette vie tire sa force dans l’acte de croire. Croire en Jésus ressuscité, c’est croire en des rebondissements possibles, c’est croire en ce nouveau départ de Pâques. Cela veut dire que nous sommes invités à regarder notre vie, nos échecs, nos souffrances à la lumière d’événement de Pâques. Le Christ ressuscité veut nous entraîner tous dans sa victoire. Désormais, rien ne peut nous séparer de son amour. Pour lui, il n’y a jamais de situation désespérée. Vivre en ressuscité, c’est faire confiance en Dieu ; c’est être assuré que le monde ne va pas vers la mort mais qu’il est appelé à la vie. C’est être persuadé qu’à tout instant, je peux, devant Dieu, me relever ; Nous sommes tous aimés de Dieu, tels que nous sommes, malgré nos torpeurs, nos désabusements, malgré nos péchés et nos reniements. Vivre en ressuscité c’est aller dire aux autres qu’ils peuvent aussi se relever et marcher vers la lumière. Ils sont tous enfants de Dieu au même titre que chacun de nous. Les uns et les autres sont dignes de Dieu. Lui-même les veut près de lui pour toujours. Et ce message mérite d’être annoncé. Aussi, il nous invite à nous sentir responsable du don que nous a été fait dans le baptême. Cette pâque nous interpelle et hier autour de ce baptistère nous avons été témoins dans le baptême de Anne Lise, Anne Marie, Moise, Lionel et Diego. Toutes ces personnes qui ont été baptisées en ce jour s’engagent sur la même route que nous ; sur cette route, ce n’est pas toujours facile ; comme nous, ils connaîtront le doute, le découragement. Les multiples activités font qu’on ne prend pas toujours le temps de s’arrêter, de prendre du temps pour retrouver le Seigneur. Ils ont besoin de notre témoignage ; ils ont besoin de sentir que Jésus ressuscité c’est quelqu’un d’important pour nous, qu’il est vraiment la lumière de notre vie. Si nous voulons que nos communautés chrétiennes soient vivantes, il faut qu’elles soient vraiment missionnaires. Un chrétien qui n’aurait pas le souci de témoigner de sa foi ne serait plus un disciple de Jésus Christ. La foi ne se développe que si elle est transmise à d’autres. Voila notre espérance chrétienne. Il est vraiment ressuscité c’est notre pâque. C’est Jésus lui-même vainqueur de la mort qui réalisera nos victoires pour que nous nous approchions dans un cœur purifié de son Père.
Père Yves Allangomi

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