Père Yves : 25 mars : Vendredi Saint 2016 : Célébration de la Passion

Vendredi Saint 2016 à Saint Victor
Frères et sœurs,
Nous célébrons dans cette liturgie la mise à mort de Jésus sur la croix. Ce qui a paru une folie pour les grecs un blasphème pour les juifs, est pour nous chrétien l’arbre de salut. La croix est au cœur de notre foi, car en elle nous entendons les mots mêmes de Dieu. Dans le corps de Jésus étiré sur le bois de la croix aux mains étendues, la passion de Dieu pour l’homme, l’amour de Dieu pour ses créatures va jusqu’au bout, sans haine, ni rancune, mais tout en un don de vie car Dieu, a tellement aimé ce monde qu’il lui a livré son fils (cf. Jn 3,16) puis le Fils aima les siens jusqu’au bout il leur livre sa propre vie en nourriture. Jésus nous dit son amour pour le Père avec qui en toute égalité de Fils, il n’a rien revendiqué, a accepté de s’humilier s’abaisser jusqu’à la mort et une mort sur la croix. C’est donc autour de la croix que nous pouvons donc mieux comprendre et accueillir le mystère du don de la vie que Dieu nous fait en son Fils Jésus.
Le sort qui a été réservé à Jésus durant ses derniers jours sur la terre, personne ne peut se le souhaiter pour soi même, et moins encore à son pire ennemie. Á côté de Jésus sur la croix le bon larron reprochait à son ami lui disant « ne crains tu pas Dieu ? ce qui nous arrive à nous est juste car nous le méritons vu que ce que nous avons fait. Mais lui, il n’a rien fait du mal ». Oui rien fait du mal et pourtant il meurt comme malfaiteur. Quelques siècles avant Jésus, le prophète Isaïe prophétisait en annonçant le sort du serviteur de Dieu souffrant que notre lecture chrétienne de l’AT y voyait Jésus de Nazareth : « la multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme (..) puis ajoute qu’elle découvrira ce dont elle n’avait jamais entendu parlé » ( Is 52,53s). Tous les évangiles nous relatent, mais chacun en mettant sa note particulière, la passion de Jésus de Nazareth. Oui, la passion a été pour Jésus une grosse épreuve. Il en avait vu les couleurs dans sa retraite 40jours et nuits au désert, et il savait que sa mission ne sera pas de la gloriole. Puis il en fait comme confidence à ses disciples « si on traite ainsi le bois vert qu’adviendra t-il à l’arbre sec ». Toute fois, au cœur de cette épreuve, Jésus a montré sa plus grande confiance en son Père et a cru que ses disciples vivront de la même fidélité à Dieu pour le salut des hommes. Voila la bonne nouvelle pour nous aujourd’hui. Dans sa passion Jésus assume tout de notre humanité excepté le péché pour l’offrir au père une fois pour toute ( cf He 9). Voir que Dieu assume en lui toute ma misère, c’est bien cela le cœur de Dieu que nous ´dévoile la passion de Jésus. Du coup, nous ne sommes plus. Il est là avec nous dans nos épreuves et il nous permet d’être avec les autres pour leur manifester l’attention qui est la sienne.
La passion de NSJ qui a comme symbole la croix nous précède, nous accompagne et nous attend au terme de notre vie.
Elle nous précède car c’est en elle que Dieu nous regard. « Avant que tu ne sois formé dès le sein de ta mère je te connaissais ». Paul expliquait que mourir un juste c’est déjà difficile, c’est alors que nous étions pécheurs que Dieu a livré son Fils pour nous, pendu sur le bois de la croix, afin qu’en lui nous soyons sauvés. Nous nous plaçons donc sous ce regard salvifique de Dieu, puis nous levons vers lui nos yeux comme jadis les enfants d’Israël regardaient le serpent d’airain ( Ex. 14) pour être sauvé.
La croix nous accompagne. Le chrétien place son existence sous le sceau de la croix par laquelle nous nous signons. Il construit ainsi notre vie suivant la route que nous trace le Christ. Cette route est celle de la vérité qu’on ne peut falsifier. Notre vie, nous savons qu’elle est faite de peu de chose : « tu es poussière et tu retourneras à la poussière ». Mais c’est bien dans cette fragilité que Dieu dépose sa confiance et d’ailleurs sa propre vie en nous invitant à marcher non pas seul mais avec Lui « Celui qui veut venir à ma suite qu’il se charge de sa croix et me suive ». Ce soir nous pouvons nous laisser aider par Jésus, demandons son esprit afin qu’il nous aide à regarder, voir quelles sont nos vraies croix et où se trouvent-elles. Tant la croix a été pour Jésus une vraie mise à l’épreuve, tant les nôtres n’en seront pas moins. Les récits du chemin de la croix nous disent que Jésus est tombé 3 fois sur le chemin. Il était épuisé. Simon Cyrène se trouve à partager le poids de la croix avec Jésus. C’est épouvantable tout cela. Du coup nous revoyons nos propres croix, revoir telle ou telle période de notre vie où nous avons été sans force ou épuisé par telle ou telle situation, puis nous contemplons comment Dieu est venu nous tendre les mains. Nous voyons que parfois au cœur de l’épreuve, s’ouvre pour nous un attachement vital à Dieu. Sur la croix Dieu attaque le mal à sa racine par l’arme de l’amour. A chaque fois que nous laissons notre vie se nourrir par tout ce qui est contraire à l’amour de Dieu et du prochain, nous continuons de clouer le Christ sur la croix.
La croix, lieu de la mise en épreuve, de la souffrance institutionnalisée, de la haine contre l’autre, du refus de reconnaitre ce qu’il y a de bon et de bien dans la vie, de la falsification de la vérité « ne voyant pas pour quel mal condamné Jésus, Pilate se lave les mains en signes et refuse ainsi comme autorité de faire valoir la vérité »
Cette souffrance nous la constatons encore aujourd’hui autour de nous, dans notre société dans nos relations humaines où de plus en plus il est difficile d’offrir le pardon et d’en vivre, dans notre maison commune qu’est le monde. Oui regardons Jésus, il pardonne et prie pour ses bourreaux. C’est aujourd’hui l’occasion de ramener ce que Dieu a créé comme dans notre prière. La croix n’est donc pas un événement du passé. C’est au contraire, l’accueil que Dieu continue de nous faire en nous ouvrant les portes de l’espérance et nous invitant à laisser nos vies devenir plus humaines. Nous découvrons que de la croix de Jésus, coule une source d’eau d’amour capable d’éteindre les flammes qui brûlent nos cœurs sous l effet du péché. Alors nous pouvons réentendre les paroles de Jésus sur la croix : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”( Mt 27,46 ; Mc 15,34) : “Femme, voici ton fils !” ; et au disciple Jean : “Voici ta mère !”( Jn 19,26.27). : “J’ai soif !”( Jn 19,28.) : “Tout est accompli”( Jn 19,30.) ; et enfin : “Père, entre tes mains, je remets mon esprit”( Lc 23,46).

P. Yves Allangomi

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