Père Yves : 24 juillet 2016 : 17° dimanche ordinaire C

Dieu devient celui avec qui l’on peut dialoguer.
Dans la vie du peuple de Dieu, le dialogue a pris divers noms, formes et expressions. Ainsi par exemple, le récit de la création que nous lisons dans le livre de la genèse, nous révèle un Dieu qui est en permanent Dialogue. Cette expérience du Dieu communicateur, dont la connaissance est dans son élan à faire partager sa vie est fondamentale en la foi d’Israël. L’histoire du salut et d’ailleurs notre propre vie est la traçabilité de cette communion du Dieu révélé. Au passage, il vous arrive d’entendre certaines personnes mettre le Christianisme dans le grand sac des religions du livre. C’est fondamentalement faux. Le livre est une petite part de la traçabilité de ce qui s’est produit dans l’amitié de Dieu avec l’homme. Mais le plus important c’est comment chaque homme entrant dans la grande famille de cette amitié se laisse aimer par Dieu.
Dans notre foi, nous découvrons admirablement que l’homme est capable d’aimer Dieu car Dieu le premier l’a aimé. Le cycle d’Abraham, qui commence depuis son appel, nous montre qu’aimer Dieu ou se laisser aimer par Lui, n’est jamais de l’ordre d’une donnée statique ou figée. Au contraire, la foi en Dieu permet à celui qui croit de se laisser façonner par les imprévus de Celui vient. A la différence des autres créatures, dans l’humain a été formidablement déposée cette capacité d’ouverture. Origène par exemple dans le commentaire du livre de la genèse estime que la création de l’humain tient à une action d’une grande solennité divine mais aussi d’une action d’un Dieu qui se dit déjà communion et appelle à la communion. Ce que nous venons de dire, est l’expérience à laquelle nous configure notre baptême ainsi que tous les sacrements que nous recevons dans l’église.
La vie d’Abraham trace en grande ligne toute vie d’enfant de Dieu que nous sommes. Elle dessine en grand trait la mission de l’église dont nous sommes membres de part le baptême. Abraham n’attend pas Dieu dans le figé, dans l’habituel. Jésus non plus, bien que Fils n’attend pas l’humain dans sa majesté divine. Vous pouvez être étonné qu’il n’y a rien de rituel ou de religieux dans l’accueil que faisait Abraham aux trois voyageurs. Abraham s’est mis, à l’heure chaude de la journée pour guetter le passage. Savoir attendre en patience. Guetter le passage de Dieu. Abraham accueille Dieu et devient son ami. Voila l’autre nom de la foi : accueillir Dieu afin de devenir son ami. L’amitié entre Dieu et Abraham donne lieu à une communication réciproque, à un tissu de confiance. Dieu peut confier à son ami ce qu’il constate. Cette amitié n’a jamais été révoquée. Tous les chrétiens entrent dans la même amitié avec Dieu, chacun la vit en fonction du charisme qui lui est propre, tel que Paul nous en parle dans sa lettre au Colossien « Dans le baptême nous avons été mis au tombeau avec Lui et nous sommes ressuscités avec Lui. Dieu nous a donnés sa vie dans le Christ ». C’est quelque chose qui nous transforme et nous fait ressembler davantage à Dieu, entendu que dans son Fils Jésus, le Chrétien est victorieux du péché. Son nom c’est la « la grâce ». Paul s’entendra dire dans sa prière « ma grâce te suffit ». Voilà la première conséquence que nous pouvons tirer prenant la vie d’Abraham comme la parabole de toute vie chrétienne. Au deuxième point, Vous avez sans doute vécu des amitiés. Je pense aux amitiés vraies et non diplomatiques. Abraham vit de cette grâce que Dieu lui a faite. Il ouvre sa générosité à l’accueil et à l’écoute. C’est là que Dieu le rejoint. Mais c’est aussi de là qu’il s’élève vers Dieu. Il n’y va pas seul. Il porte avec lui en offrande les joies et les peines de l’humanité dont-il partage l’histoire. Dieu envoie ses émissaires constaté la dégénérescence des villes de Sodome et de Gomorrhe. Une ville ne pêche pas ce sont les hommes et les femmes qui y vivent qui pêchent. Les émissaires se dirigèrent vers ces villes, c’est alors que le Seigneur vient s’entretenir avec Abraham. Abraham est non seulement celui qui accueille mais aussi Il est l’ami de Dieu. L’amitié avec Dieu n’a jamais été close. Un jour Jésus dira à ses disciples « désormais je ne vous appelle plus disciples mais vous êtes mes amis ». Jésus peut se confier à ses amis. Il amène avec Lui Pierre Jacques Jean sur la montagne où il sera transfiguré ; il confie aux apôtres la mission de pérenniser la sollicitude de Dieu pour les hommes à travers la prédication et les sacrements et le témoignage de la vie. Nous aussi, nous devenons des enfants de Dieu, car en nous l’Esprit Saint nous fait crier « Abba », des amis de Jésus car nous partageons avec lui en héritage la vie en plénitude, mais surtout il nous habilite à pouvoir le représenter, témoigner de ce que nous avons vécus auprès de lui. Abraham fait le pont de l’amitié entre Dieu et les hommes en intercédant. Abraham intercède pour sauver la Ville pécheresse en raison des justes censés y résider. Deuxième conséquence pour ce point de méditation : « aller vers Dieu en portant dans nos bagages comme offrande, l’humanité que nous vivons ». Abraham ne prie pas seulement une fois, mais plusieurs fois sachant peut être qu’il n’ y aura qu’un seul juste. Prier en témoin de la miséricorde.
Demander avec insistance. C’est le troisième et dernier point de cette méditation. Vivre c’est choisir. Et vivre en enfant de Dieu c’est choisir la meilleure part, nous l’avons écouté le dimanche dernier. Jésus trouve que l’on ne peut vivre et choisir pour Dieu et permettre à Dieu de devenir notre priorité que dans une relation dont le tissu s’appelle la prière. Jésus n’enseigne pas la prière à faire, mais il en vit. Les disciples sont témoins de ces longs moments de prière de Jésus au point de lui en faire la demande « apprends-nous à prier » soyons attentifs à cette demande. En effet les disciples en quasi totalité soient sont des juifs ou vivent dans la culture juive où les rites des prières jalonnent le quotidien de la vie. Ces prières sont belles et viennent de ce que la sagesse leur a appris. Cependant, les disciples se rendent compte que la prière pour Jésus est tout autre. Qu’est ce que la prière pour nous aujourd’hui ? une formule à réciter, un rite à faire ? Ou un moment de rencontre, de dialogue avec Dieu. Jésus insiste sur la place de la prière. L’une des prières que rapporte Luc ici est celle que nous disons souvent. Le Pater dans laquelle nous demandons à Dieu d’intervenir en notre faveur pour écarter de notre route un danger redoutable, celui de la perte de confiance en Dieu. Mais aussi Luc rappelle qu’il faut frapper, la porte sera ouverte, demander on nous donnera, chercher et on trouvera. A travers ses verbes, nous voyons que c’est toute la vie qui devient un va et vient entre Dieu et l’homme. Et demander de ne pas entrer en tentation c’est demander à ne pas douter de la présence de Dieu au milieu de nous. Autrement dit, nous disons que le Seigneur nous garde de douter de Lui. C’est la confiance.
Finalement, nous nous apercevons que rien n’est figé pour Dieu et que toujours nous pouvons revenir vers lui, il nous dit qu’il est là. Il est là comme l’ami, qu’il peut nous faire confiance et nous confier sa joie d’ouvrir la porte de salut au monde, et que cette porte peut être le témoignage de notre vie qui se déploie dans la confiance avec lui. Nous écoutons ces paroles avec le train de la vie de nos sociétés pour lesquelles les sujets de prière ne manquent certainement pas, toute fois qui a besoin de nous pour les exprimer en acte de confiance.

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