Père Yves 18 octobre 2015

Prédication, Dimanche 18 octobre 2015, 29 ème Dim du TO
JOURNEE MONDIALE MISSIONNAIRE ( JMM), à saint Victor
Textes : Isaïe 53,10-11 ; Hébreux 4,14-16 ; Marc 10,35-45

Nous sommes rassemblés par et pour la parole de Dieu. Elle nous a été annoncée. Moi-même qui vous parle, j’ai reçu cette parole sur la terre des mes ancêtres, portée par vos frères et sœurs qui ont eu l’audace de dire « me voici seigneur envoie moi ». Un jour ici à saint Victor lors d’une séance de catéchèse avec les enfants, nous avons ensemble cherché à savoir pourquoi Jésus est venu chez nous. Les enfants ont vite compris que si Dieu est venu chez nous c’est que tout simplement par amour. Puis un autre enfant ajoute, si Jésus continue de venir chez nous c’est que nous avons accepté de le recevoir et le porter. Avec ces paroles des enfants nous pouvons méditer le sens de la mission pour nous aujourd’hui. Notre vie est toute tournée vers la mission de Dieu. La mission de Dieu c’est sa sortie vers les hommes pour les inviter à partager sa vie divine. Dieu est le premier missionnaire. Un éthiopien dans le livre des actes apôtre lors d’un voyage lisait une page du prophète Isaïe, puis Philippe s’approche de lui pour lui demander s’il comprenait le sens de ce qu’il lisait. L’éthiopien répondait « comment comprendre si personne ne me guide ». Un missionnaire est un envoyé pour être guide. On peut se demander pourquoi encore la mission aujourd’hui ? Vaut-elle la peine d’être vécue et annoncée.
« Comment comprendre si personne ne me guide » ? Le guide est celui qui indique, accompagne, lève le voile, permet de faire l’expérience. Il ne remplace pas l’expérience mais permet de la faire. Dans la bouche de Jésus nous écoutons « Je suis le chemin et la vérité et la vie, nul ne vient au Père sans passer par moi ». Cette parole, nous montre qu’on ne peut aller vers Dieu sans passer par la porte, que Dieu ouvre dans notre humanité. La logique d’une porte c’est de permettre la circulation, le va et vient. Il en va de même de la logique la vie missionnaire. : permettre à Dieu et aux hommes de circuler. Le Christ est donc notre « guide », il est la lumière qui éclaire nos vies et nous montre le visage de Dieu. Connaître et recevoir la lumière du Christ, c’est entrer dans la vie de Dieu. Recevoir une force qui ne peut pas nous laisser tranquille. Paul, après avoir rencontré le Christ sur la route de Damas, dira, « annoncer l’évangile n’est pas un privilège, malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile ». Je pense à un Mr qui a découvert Jésus lors d’une simple rencontre qui a provoqué en lui les étincèles puis a fini par demander le baptême sans appartenir à une famille Chrétien. Chacun et chacune de vous vit cette mission du Christ confiée à ses disciples. Certes ce n’est pas nous qui convertissons mais Jésus dans l’Esprit Saint. Mais nous ne sommes pas rien. Nous sommes les paraboles de la conversion. Regardons un peu dans cet évangile de Marc une note un peu déconcertante dans l’attitude des disciples. Alors que Jésus leur annonce les faces sombres de sa mission, eux organisent un débat sur les hautes places « siéger à droite et à gauche » puis Jésus leur dira tout simplement « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi le premier sera l’esclave de tous ». Par fois nous ressemblons un peu à ces disciples. Nous sommes un peu des Zébédée quand on est prêt à tout pour demander une promotion, pour avoir un privilège de siéger aux places d’honneur, pour être le premier devancer les autres, pour certains il s’agira de demander une faveur pour obtenir une place prestigieuse et s’assurer ainsi un avenir tranquille et paisible, les grandes règles de préséances. Jésus annonce la bonne nouvelle du service. Sa nouvelle vient nous dévoiler la manière d’exercer l’autorité et renverse les logiques complexes des puissances et des pouvoirs humains. Si le pouvoir humain veut se servir, celui du disciple à la suite du Christ est bien différent, il se vit dans le dépouillement. Car lui Jésus s’est mis très bas pour élever notre humanité vers la divinité ( cf. He.4,14-16). Paul VI écrivait pour les enjeux de la mission à l’époque contemporaine en ces termes « notre société a plus besoin des témoins que des maîtres ». Tout baptisé est missionnaire du Christ car témoin de la rencontre avec Jésus. Porter la mission ce n’est pas une tâche facultative aux disciples. c’est la vie est de ce fait convoquée à la suite du Christ pour ce pèlerinage de témoignage. Il n’y a pas de CDD, avec le Christ. C’est le Pape François qui le disait aux personnes âgées rappelant leur mission. C’est dans la mesure où la parole de Dieu féconde nos cœurs que nous libérons nous énergies pour porter au loin l’annonce de la Bonne nouvelle.
Pourquoi la mission ? La mission vaut-elle la peine de nous préoccuper ? J’avais rencontré un Mr pas chrétien et nous avons discuté sur la place des religions révélées dans la société, disait que « Dieu doit faire son travail et lui le sien sans l’un que ne prenne la responsabilité de l’autre ». Parole d’un non chrétien certes mais une parole qui rejoigne beaucoup des prières que nous murmurons des fois. Pourquoi donc la mission si c’est le travail de Dieu.Posons nous plûtot la question pourquoi Jésus est-il venu dans notre monde ? Ce sont encore les enfants de la KT qui après la fête de Noël de l’an dernier disait « oui nous nous sommes amusés et lui est là avec nous ». Jésus est venu être là avec nous et nous introduire dans la famille et l’amitié de Dieu. Ce sont des choses que nous savons, mais qu’il ne faut jamais perdre de vue. Ce qu’il ne faut pas oublier non plus, c’est que Jésus ne veut pas faire tout le travail tout seul. Comme le dit saint Augustin, Dieu nous a créés sans nous, mais il ne veut pas nous sauver sans nous. Jésus veut accomplir l’œuvre de notre salut avec notre coopération. Chacun de nous, dès l’instant où nous avons été baptisés, a été appelé par Dieu pour être co-missionnaires avec Jésus. Dieu veut que nous participions à sa mission de salut. Il nous offre l’occasion de nous unir à lui pour construire le Royaume éternel. Tout ce que nous avons à faire, c’est de dire, avec Isaïe : « Moi, je serai ton messager : envoie-moi ». Cette mise en disponibilité est une constance dans la vie des appelés de Dieu dans la bible mais aussi dans la vie des saints et saintes. Jésus ne nous demande que de lui prêter le bateau de notre vie pour avoir un meilleur podium et s’adresse à la foule nombreuse. Jésus veut encore parler aux foules désespérées, d’aujourd’hui, depuis nos bateaux, par les paroles, les actes et les exemples de notre vie.
C’est une des raisons pour lesquelles nous disons dans le Credo que l’Eglise est "apostolique". Le mot "apôtre" veut dire "envoyé“. Les Douze ont été envoyés dans le monde pour être missionnaires avec Jésus. Ils étaient les premiers mais pas les seuls. L’Eglise tout entière, y compris chacun de nous, est apostolique.
Suivre la logique de Dieu et accepter d’être associé à la mission du Christ, c’est un vrai défi, mais ça vaut toujours la peine. Ce n’est pas parce que Jésus se sentait incapable de conduire tout seul la mission. Après tout, en tant que Dieu, il est tout-puissant. La raison est plutôt qu’il savait que c’est nécessaire pour nous. Nous avons besoin d’une mission, d’un but dans notre vie qui dépasse les contingences de la vie terrestre et qui nous enracine dans l’éternité. Nous ne pourrons nous épanouir que si nous acceptons son invitation à être des associés actifs à sa mission au service du Royaume. Voila la grâce que nous pouvons au cœur de notre vie demander à Dieu dans cette eucharistie.
Yves ALLANGOMI

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