Père Yves : 10 juillet 2016 : 15° dimanche ordinire C

15ème dimanche du Temps Ordinaire
Dt 30, 10-14 ; Ps 68 ; Col1, 15-20 ; Lc 10, 25-37

« La parole de Dieu est toute près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur ». Ainsi parlait Moïse au Peuple Israël qui a tendance à chercher Dieu ailleurs. Saint Augustin, en arrive à la même certitude de foi plusieurs siècles plu tard et affirme que Dieu est celui qui est le plus intime à l’homme que ce dernier ne puisse l’être pour lui-même.
La liturgie de ce dimanche nous invite à redécouvrir Dieu dans ce qu’il y a de moins évident à croire ou à espérer. Elle nous dit que Dieu refuse d’être dans le spectaculaire, le miraculeux. Que Dieu ne se donne que dans le quotidien, dans le visage du prochain, de celui que je n’ai pas choisi de voir ou d’inviter dans ma vie mais qui par les truchements des parcours de la vie se trouve à être là. La parole de Dieu n’est pas une information, elle n’est pas un code de vie. Vous savez, de ces codes, Israël en connait des nombreuses formes, mais toutes sont insuffisantes à lui manifester Dieu. Du miraculeux également constitue une grande partie de l’itinéraire de l’histoire d’Israël, mais tous disent très peu du comment se laisser aimer par Dieu et l’aimer en retour. Nous comprenons bien, la portée de la question lancée à Jésus par ce maître. Lui, il a étudié la loi, il en enseigne. De tout ce qui est à pratiquer pour s’estimer être proche de la vie éternelle, il en sait depuis sa tendre éducation. Mais quelque chose lui manque. Luc prend le soin de noter que la quête du docteur de la loi est portée par une volonté de mettre Jésus à l’épreuve. Ce n’est pas anodin cette note de Luc. En fait, il y a des personnes qui cherchent mais en étalant tout d’abord leur bagage de connaissance. Ce sont ceux que la Vierge Marie désigne dans son cantique « des orgueilleux et des puissants ». Jésus rappelle au docteur la plus grande loi consignée dans le livre de deutéronome « tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, de toute ton intelligence et ton prochain comme toi-même ». Qu’en est-il pour moi qui écoute aujourd’hui cette Parole de Dieu ? Moise comme Jésus, nous ramènent Dieu et nous le montrent au cœur de notre Vie. « Il est dans ta bouche dans ton cœur » dit l’un et l’autre dans le même sens, qu’il faut l’aimer en tout ce qu’on est et aimer son prochain comme soi même. Si la Parole de Dieu est dans mon cœur ; qui sont aujourd’hui les habitants de mon cœur ? Qui sont les résidents de ma bouche ? La Parole de Dieu c’est Jésus. Il était au commencement, il était Dieu et par lui tout a été fait. Autrement dit, nous tenons notre vie de cette parole qui vient de Dieu et qui vers Dieu retourne emportant avec lui ce que notre humanité offre à Dieu comme dons reçus de Lui. Cette parole qui est à l’œuvre dans le cœur des croyants est une parole vivante, une loi qui donne vie et non la mort. Elle ne peut se distraire dans les multiples prescriptions, que déjà le peuple à tant du mal à suivre. Nous nous trouvons à nous interroger sur la portée de nos paroles humaines, sont-elles édifiantes ou destructrices de la semence du royaume ensemencés dans notre vie ? Aussi, nos lois sociales ou nos principes personnels, sont-ils au service de Dieu, de la vie. Si Dieu est créateur de la vie par la puissance de sa parole, il veut que les hommes eux aussi créés à son image soient les sacrements de cette parole. C’est pour cela que Jésus s’oppose à toutes formes de paroles qui asservie et rabais l’humanité. Au contraire, Jésus ouvre le cœur, le dilate à devenir le cœur de Dieu. C’est cette façon d’être qui permet de rencontrer Dieu et de l’aimer dans le prochain que Jésus donne en modèle chez le samaritain. Cet homme a su d une manière réaliste et pragmatique adopter face à autrui une attitude juste et miséricordieuse : il a fait preuve d’humanité. Tout homme qui est capable de se pencher et écouter la présence de l’autre qui est dans le besoin, prend nécessairement le chemin qui mène à Dieu. Ici c’est le Samaritain, un hérétique, un faux-frère et ennemi juré des juifs, qui, lui, s’arrête auprès de l’homme tombé aux mains des brigands. Jésus sera traité de Samaritain et de possédé quand il reprochera aux pharisiens de ne pas écouter la Parole de Dieu. « La Parole de Dieu, elle n’est pas loin de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur » nous dit le Deutéronome. Et le prophète Michée répond à celui qui entre au temple en demandant quel sacrifice il doit offrir : « rien d’autre que de pratiquer la justice, d’aimer la miséricorde et de marcher humblement avec ton Dieu ». Il m’est arrivé depuis 4 ans dans la préparation des jeunes couples au mariage qui demandent « que faire pour se marier en église » et je leur réponds : comment faire pour aimer Dieu et se laisser aimé par lui. Savez vous que vous pouvez l’aimer Lui Dieu que vous ne voyez pas ? Savez vous que Dieu compte sur votre amour humain pour dire son amour divin ? Et savez vous que vous pouvez demander à Dieu de vous faire découvrir son amour afin d’aimer comme lui ? Les couples découvrent avec émerveillement que Dieu veut devenir leur ami, qu’il n’est pas une idée mais une vie qui se partage car reçue comme don. Ainsi mes frères et sœurs, ne nous contentons pas seulement du Dieu qui se dévoile à nous à travers les structures de son Église, mais aussi osons partir le recevoir sous le visage de l’inconnu. Assurons –nous qu’Il est là et n’attend que cette ouverture pour nous rendre prochain des autres et faire des autres nos prochains. N’a-t-il pas dit ? ce que vous avez fait à l’un de ces petits c’est à moi que vous l’aviez fait ? ne pouvons-nous pas découvrir, dans ce Samaritain généreux, Jésus lui-même qui a pris le risque de venir à la rencontre de l’humanité blessée, de la prendre sur ses épaules comme une croix, de la soigner et de payer les frais de sa guérison ? L’homme tombé dans les mains de brigands se laisse gérer par son assistant. Il ne fait pas de sa souffrance une école de mise à l’épreuve pour celui qui l’assiste. Nous y découvrons une attitude de confiance. Ha oui la confiance. C’est la denrée rare de notre société. Elle est combattue voire dans les domaines les plus privés de la vie afin qu’elle s’exile. Parfois, nous découvrons dans notre vie qu’avec Dieu la confiance se discute encore alors que nous cherchons auprès de Dieu la vie éternelle sans trop lui faire confiance ou la lui faire à moitié. Aujourd’hui Jésus nous répond qu’aucune recette ne fonctionne sauf celle de l’amour de Dieu et du prochain, dans un acte de confiance si nous voulons la vie éternelle.
La parole de Dieu de ce dimanche, nous renvoie à cette loi inscrite dans le cœur des hommes. Dieu ne nous assène pas des réponses toutes faites. Il fait appel à notre responsabilité. C’est à chacun de trouver la bonne réponse « que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Dans sa façon de répondre, Jésus nous montre déjà un chemin. C’est vrai, nous sommes facilement tentés de faire la leçon, de donner des réponses toutes faites et d’imposer notre point de vue. Jésus nous montre que le vrai dialogue doit respecter l’autre et l’aider à trouver ses propres réponses. Quant à savoir « qui est mon prochain ? ». Jésus répond que le prochain vient à nous dans les imprévus de la vie, dans parfois les descentes de notre vie car cet homme descendait une route d’une distance d’environ 30 km et à travers une zone désertique. Le prochain c’est aussi l’homme agressé, qui lui en plus de son malheur physique et moral s’ajoute une exclusion car plein de sang, sur son corps ruisselle du mauvais sang. C’est important pour nous : le prochain ce n’est pas l’autre ; c’est tout homme qui s’approche des autres avec bienveillance, même s’ils sont étrangers ou hérétiques. Nous n’avons pas à faire un tri entre les hommes, ceux qu’il faut aimer et les autres. Nous devons tous nous retrouver frères et frères et sœurs. Nous sommes ici au cœur de la vie de Jésus comme parabole du Père. L’amour du prochain c’est la réconciliation avec ceux que Dieu aime. Il nous aime tous, même ceux que nous excluons. Que Jésus nous donne de l’aimer comme il nous a aimés, lui qui ne cesse de prendre soin de nous, qu’il nous aide à lui ressembler. Amen !
Yves Allangomi

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