Père Philippe Ascension 13 et 14 mai 2015

L’évènement de l’Ascension est pour les apôtres très contrasté. Ils passent d’une grande joie, celle de la résurrection à une certaine perplexité : Jésus est enlevé au ciel. Il faut que les anges eux-mêmes ramènent leurs regards sur l’horizon du monde, les anges qui auprès du tombeau vide avaient dû au contraire relever leurs yeux vers le rendez-vous du Christ sur les chemins de Galilée.
Dans ce passage d’une joie exubérante à la perplexité, les apôtres vivent un nouveau deuil, celui de leur espérance de l’avènement immédiat du Royaume. Mais ils reçoivent une promesse, celle du don de la force d’en haut, celle de la venue de l’Esprit Sint sur eux. Avec cette promesse s’ouvre pour eux un temps nouveau, celui du témoignage, de la veille et de l’attente.
Nous repensons à leur parcours :
« Seigneur est-ce maintenant que tu vas rétablir le Royaume en Israël ?
Auprès de Jésus ils ont vécu la présence du Père qui se fait tout proche, qui accueille, apaise, relève.
Jésus révèle sa tendresse, son cœur toujours ouvert, prêt à reconnaître la foi dans sa flamme fragile, la foi qui fait des hommes des justes, des fils d’Abraham et fera d’eux des fils de Dieu.
Jésus a pris le parti de Dieu. « Tes péchés sont pardonnés » dit-il au paralysé porté par quatre de ses amis qui lui font traverser le toit. Devant l’aveugle n é Jésus dit aux apôtres : « Cette nuit est pour la gloire de Dieu, la gloire de Dieu se donne pour déchirer cette nuit. »
L’expérience des apôtres est bien que l’humanité de Jésus leur donne la tendresse, la miséricorde d’un Die qui se fait tout proche. L’humanité de Jésus réalise cette proximité. Dieu ne peut se contenter d’être présent en esprit. Il se fait présent par notre chair.
Cette expérience est-elle juste ? Est-elle scandaleuse ? Dieu est-il vrai avec lui-même quand il se laisse impliquer par les gestes et les paroles de Jésus ? C’est le débat du procès de Jésus qui va jusqu’à sa mort sur la croix, la victoire apparente des ténèbres, la désertion des apôtres, la mort de leur foi.
La résurrection de Jésus est une joie immense, la joie d’une victoire aux multiples facettes :
Victoire de la parole de Jésus : Oui elle a proclamé la vérité de Dieu, sa tendresse et sa miséricorde.
Victoire de l’amour de Jésus sur la peur, l’abandon, la trahison des apôtres : Les premiers mots du ressuscité sont des mots de paix, de réconciliation, de pardon.
Victoire de la fidélité de Dieu : Il se donne en Jésus son Fils, dans son humanité, Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu au milieu de nous. Ce don est définitif. Dieu le confirme dans la résurrection de Jésus. La volonté de Dieu est de se tenir au milieu de nous et de nous tenir auprès de lui.

Dans la joie de cette victoire les apôtres voudraient que Jésus ressuscité prenne les choses en main :
« Est-ce maintenant que tu vas rétablir le Royaume en Israël ? »
La réponse de Jésus leur donne une promesse, celle de l’Esprit Saint, de la force d’en haut et leur rappelle la réalité de leur humanité et de sa propre humanité. Il ne leur appartient pas de connaitre les temps et les moments que seul le Père a fixés. Dans ce rappel Jésus leur communique tout le respect de Dieu pour leur humanité :
D’un côté Jésus dans l’Ascension entre avec la plénitude de son humanité dans le mystère de Dieu :
dans la communion trinitaire un de notre humanité est Dieu
D’un autre côté Dieu ne veut pas faire l’économie de la médiation humaine puisqu’en Jésus il a pris notre chair. Il ne veut donc pas rétablir son Royaume en disqualifiant notre humanité, sa liberté, son engagement, sa capacité d’aimer et de servir.
L’amour ne peut méconnaître ni non plus manipuler la vérité des cœurs, leur désir, leur attente, leur volonté. L’amour peut seulement offrir l’immensité de son attente, de son espérance, de sa joie, de son émerveillement devant la confiance et la foi. L’amour donne toute la puissance de l’Esprit Saint.
Dans cette fête de l’Ascension le Seigneur remet ainsi entre nos mains deux choses :
1 - la réalisation du royaume avec son ouverture à tous les hommes
2 - la promesse de l’Esprit Saint
Ainsi s’ouvre la vie de notre Eglise, émerveillée de l’Evangile et toujours à la recherche de la parole et du geste qui seront évangéliques pour dire la bonté de Dieu, la victoire de la miséricorde et de l’amour.

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