Père Philippe : 24 décembre 2015 : Nuit de Noël

Nous célébrons Noël, l’Emmanuel, Dieu avec nous.
Nous célébrons notre Dieu qui se révèle à nous. Dans la personne de Jésus, dans son humanité, Dieu donne la plénitude de sa parole, il nous ouvre à la profondeur de son mystère et dans le même mouvement à la vérité de notre vocation.
Pierre a pu dire à Jésus : « à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle » parce qu’en Lui, Jésus, avec les apôtres, il a pu reconnaître la manière de Dieu, l’accomplissement des promesses. Dieu est proche, bien plus que dans le buisson ardent, il connait notre peine, il accueille le cri de notre espérance, il s’émerveille de notre confiance, il ne peut oublier aucun des plus petits d’entre nous. Pour lui, personne n’est trop loin, sa présence enracine dans la vie. Il ne juge pas, il libère, il défait les liens du péché et de la mort. L’attachement que Dieu nous manifeste en lui, nous fait naitre à la vraie vie. Même les moins préparés sont touchés par le mystère. Ainsi au pied de la croix, un des centurions, voyant Jésus rendre son dernier soupir, s’écrie : « Vraiment celui-ci est un homme juste, un homme selon Dieu. » Dans l’humanité de jésus livré pour nous nous découvrons quel prix nous avons au cœur de Die : ce prix est sa propre vie, la vie du Fils de Dieu
L’humanité de Jésus rayonne du mystère de Dieu tourné vers nous : Dieu se révèle Père. Le cœur de Dieu bat dans un dialogue de communion entre le Père et Jésus et dans ce dialogue Jésus nous confie au Père comme il sait qu’il nous a reçus de Lui pour qu’aucun d’entre nous ne se perde.
Le Père regarde Jésus comme l’ainé d’une multitude de frères à son image et à sa ressemblance, respirant du même souffle de vie, d’amour et de communion, l’Esprit Saint
à l’œuvre dans la vie de Jésus pour le relever d’entre les morts,
à l’œuvre dans nos vies pour nous plonger dans la même puissance de charité qui a pu détruire le péché et la mort.

En cette fête de Noël nous célébrons le mystère de l’incarnation qui n’est pas un accident dans le parcours du Seigneur mais qui est profondément sa vie, son unique vie pour nous. Nous contemplons donc la charité de Dieu et son humilité.
Sa charité : il nous a appelés à l’existence dans un amour tout à fait gratuit sans autre cause ou raison que cet amour et il nous a voulu à son image. Le Seigneur a ainsi voulu être vrai avec lui-même et avec nous. Dans son amour il ne pouvait rien garder qu’il ne donnât.
Son humilité  : pour que cet amour trouve en nos cœurs d’homme un accueil et une réponse à la mesure de son audace, lui Dieu, s’est fait semblable à nous en prenant notre humanité. Dans cette humilité il nous rend juste. Au cœur des défis et des pièges qui peuvent faire chanceler nos libertés jusque dans l’absurde de la haine et de la violence, il ouvre un chemin.
Sa charité et son humilité font miséricorde.
Dieu se tient au milieu de nous. Il a tout de même le style d’un étranger. Dieu est si différent, il est autre, il est le tout autre. Dans sa miséricorde il prend les traits l’accent et les gestes du samaritain. Il prend sur ses épaules notre humanité blessée.
Dans sa miséricorde Dieu n’est pas rebuté par notre fragilité extrême, nos infirmités, nos blessures et notre laideur, particulièrement la laideur de nos cœurs et de nos âmes.
Il sait que si la vie comme l’amour s’épuisent en nous, seul un don nouveau peut sauver sa création. C’est le pardon. Il nous confie ce pardon comme grâce nouvelle pour les cieux nouveaux et une terre nouvelle.
A l’image de Jésus, ainé d’une multitude de frères nous voici appelés à vivre notre vocation de samaritain miséricordieux comme le Père. Nous recevons cette vocation dans la joie d’une naissance.
L’enfant que nous accueillons dans nos bras est bien l’héritier d’une promesse, d’une alliance, d’une attente, du désir de ses parents et de leur espérance. Mais voici qu’ils le reçoivent comme un don du créateur qui s’implique dans leur amour. Voici que surgit dans leur vie, par leur vie, une vie, une liberté toute autre, toute nouvelle. Ils n’ont pas de prise sur elle mais sont saisis par son attente. En eux surgit alors comme une source inépuisable de présence et de don.
Dieu vient au milieu de nous dans l’enfant de la crèche, pour s’émerveiller de la création, pour s’émerveiller des cœurs, pour sourire au monde, pour le désarmer par sa fragilité, pour le réveiller, réveiller sa vérité, sa générosité, sa miséricorde.
Philippe RAST

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