Les bénédictins en Provence

Conférence de Madame Chantal de Saint-Priest d’Urgel
Dimanche 20 octobre 2013 dans l’abbaye

En 1964, Paul VI proclamait Saint Benoît « Patron de l’Europe ». Au-delà de toute connotation politique, le Saint Père voulait rendre hommage à celui qui par sa vie exemplaire, par sa règle est, encore de nos jours, à la base de toutes les vies et de toutes les organisations monastiques.
En cette année où Marseille est capitale de la culture, il semble juste de faire une place toute particulière à Saint Benoît et à l’Ordre qu’il va instaurer : celui des Bénédictins.
Après avoir retracé la vie de Saint Benoît et les préceptes de sa Règle, il paraît logique d’aborder la présence de ces moines en Provence, au moment de leur arrivée, c’est à dire au Moyen Âge… et d’évoquer les sites essentiels de cette installation témoignant, encore aujourd’hui, de leur présence.

Des Bénédictins et de leur implantation en Provence
Au Moyen Âge

I) Saint Benoît, Saint Benoît et leur seule Règle.

La répétition n’est pas un lapsus ou une erreur de ma part, mais la prise en compte d’une réalité que notre Provence, si proche du Languedoc, ne peut omettre : ils furent deux à structurer l’Ordre des Bénédictins, deux à porter le même prénom : Benoît de Nurcie et Benoît d’Aniane.

BENOIT DE NURCIE

Nous avons, il faut bien le reconnaître, peu de renseignements sur la vie et la personnalité de Benoît de Nurcie, fondateur de l’Ordre.
Il est né dans une famille de notables de Nurcie, ville située au cœur de l’Apennin, vers 480… Ses parents l’envoient à Rome parfaire son éducation et ses connaissances, notamment sur l’Antiquité et sur la Religion Catholique.
Rome est une ville brillante et pourrait-on dire mondaine, au sens moderne du terme, et Benoît en perçoit rapidement les dangers, lui dont l’axiome est déjà pour sa propre vie : « Ne rien préférer à l’amour du Christ. » Il quitte donc Rome dès 500, avec l’intention de mener une vie ascétique. Toutefois, ses premiers miracles lui confèrent une popularité qui ne va pas dans le sens de ses aspirations érémitiques. Il s’enfuie alors à Subiaco où il vit coupé du monde durant plusieurs années… jusqu’à ce que un groupe de moines l’invite à venir à Vicovaro pour être leur Abbé. Il accepta et mal lui en prit. Désireux d’imposer ses exigences personnelles à l’ensemble de la communauté, tant sur le plan moral que spirituel, il provoque la révolte des moines qui tentent de l’empoisonner.
Il revient à Subiaco où il fonde douze petits monastères ayant chacun à sa tête un supérieur, lui se réservant d’être le Père spirituel de tous.
Son intransigeance et son aura personnelle lui valent à nouveau des jalousies qui le décident à se retirer avec un petit nombre de disciples sur le Mont Cassin, entre Rome et Naples, vers 529. Il y fonda un véritable monastère, pour l’usage duquel il écrit sa célèbre Règle, après 534.
Il est intéressant de noter que dans le même temps, sa sœur, Sainte Scholastique, y dirige un monastère de femmes.
Il meurt en 547… Selon la prophétie qu’il avait lui-même édictée, son monastère est détruit par les Lombards. Les moines qui y résidaient alors partent se réfugier à Rome, emportant dans leurs bagages la Règle du Maître qui sera divulguée et très largement appliquée par l’entremise de Saint Grégoire, au début du VIIe Siècle.

BENOIT D’ANIANE

Comme je le suggérais au début de mon propos, ils furent deux à stabiliser l’Ordre des Bénédictins et à lui donner les bases de son rayonnement. Benoît de Nurcie conçut les règles et tenta de les faire appliquer… et c’est Benoît d’Aniane qui réussit à les imposer au VIIIe siècle.
Il était le fils d’un haut fonctionnaire carolingien, le Comte de Maguelone, et il naquit vers 750. Il eut une jeunesse conforme à l’état de sa naissance et était proche ami de Louis le Pieux, lui-même fils de Charlemagne.
En 774, il décide de se retirer du monde et entre comme moine à l’Abbaye de Saint Seine, près de Dijon. Mais il revient bientôt en Languedoc, et fonde un nouveau monastère à Aniane, terre de sa famille. Il y impose avec rigueur le règlement bénédictin, s’efforçant de trouver un compromis entre l’emprise du temporel carolingien qui voulait préserver son pouvoir en se réservant le droit d’élire des Abbés qui lui feraient forcément allégeance… et le spirituel qui n’a, selon lui, aucun rapport avec les préoccupations politiques du temporel. Saint Guilhen-le-Désert est le plus beau fleuron de ses ambitions monastiques.
Pour résumer, on peut schématiquement dire que Benoît de Nurcie a donné ses règles à l’Ordre bénédictin, lui-même définitivement mis en place par Benoît d’Aniane.

La règle de Saint-Benoit

Le moment est maintenant venu de mieux appréhender le contenu des règles de Saint Benoît.
Au premier abord, on constate que la Règle n’obéit à aucun plan logique ; qu’elle est structurée en chapitres inspirés des « Institutions de Cassien », modèle admiré par Saint Benoît de Nurcie et fondateur du lieu où nous nous trouvons.
C’est Cassien qui donna tout son sens au monachisme en le faisant reposer sur la rupture avec le monde, le refus relationnel donc le silence, et la recherche de la perfection par la prière et la mortification. Le Christ étant le point le plus achevé de cette perfection.
Telle que nous la connaissons, la Règle est composée de 73 petits chapitres :

  • - Les trois premiers s’attachent à décrire la structure de la vie monastique sous l’autorité d’un Abbé, élu par les moines est-il précisé.
  • - Les chapitres 4 à 7 reviennent sur les principales vertus qu’il est demandé à un moine de cultiver : l’obéissance, le silence et l’humilité.
  • - Les chapitres 8 à 20 (Nombre important) règlementent la façon de réciter l’office divin. Il n’y est pas question de la célébration de la messe.
  • - Les chapitres 21 à 30 abordent la discipline de la vie monastique.
  • - Les chapitres 31 à 57, eux aussi essentiels, traitent de la vie au quotidien, insistant sur la dépossession totale des moines, l’alternance entre travail et prière (le très connu : « ora et labora » qui résume la totalité de l’esprit bénédictin). La prière prenant également la forme de lecture sainte et de célébration des offices divins…
  • - Les chapitres 58 à 65 expliquent la réception et la formation des novices ; l’ordre interne de la communauté : répartition des tâches entre l’Abbé et le Prévôt qui dépendait de lui ; le cellérier qui gérait la vie matérielle au quotidien ; l’infirmier qui s’occupait des malades ; l’hôtelier qui prenait en charge les voyageurs et le portier qui veillait à l’entrée ou à la stricte observance des limites des lieux réguliers.
  • - Les chapitres 66 et 67 étaient justement consacrés à la clôture et aux relations avec le monde extérieur.
  • - Les chapitres 68 à 72 reviennent sur les principes de spiritualité déjà exposés dans les premiers chapitres.
  • - Enfin, le dernier chapitre justifie l’ensemble en renvoyant le moine à l’Ecriture Sainte et aux écrits de la Tradition monastique.

Et Saint Benoît de conclure son règlement en affirmant :
« Et nous voulons que cette Règle soit lue souvent en communauté afin qu’aucun frère ne s’excuse sous prétexte d’ignorance ».
Point d’échappatoire !
Dans l’esprit de Saint Benoît, sa règle composait les préceptes de ceux qui devaient chercher à imiter le Christ par la pauvreté, la charité et l’obéissance.
Cette Règle est très précieuse car il faut bien admettre que jusqu’à Benoît aucune règle uniforme n’avait été observée dans les monastères.
Saint Benoît avait réglé l’emploi de chaque heure de la journée, s’efforçant d’établir un rapport harmonieux entre la prière, le travail manuel, la lecture… sans oublier l’indispensable repos. Les Bénédictins s’assemblaient sept fois pendant le jour à l’église pour chanter et prier, et ils avaient de surcroît un office de nuit. Saint Benoît souhaitait tenter de fidéliser les religieux à leur monastère, à vie (une porte pour entrer, une porte pour sortir, une fois mort, et être enterré).
Benoît de Nurcie mit l’accent sur la grandeur humaine à travers la Foi ; Benoît d’Aniane s’attacha à libérer l’être humain qui entrait dans l’Ordre de tout ce qu’il y avait en lui de faible et de servile…
Il leur fallut trois siècles pour structurer le plus grand des Ordres !

II) Les Abbayes de Provence.

Il est difficile d’évoquer les Abbayes bénédictines de Provence, sous l’égide de Saint Victor, sans commencer par dire quelques phrases sur sa grande rivale, ne serait-ce qu’en prestige : Cluny.
Cluny a été une des plus puissantes institutions religieuses du Moyen Âge et a contribué à répandre à travers toute l’Europe l’influence française tant pour la langue, les usages et l’architecture. D’autant que l’Eglise en a reçu plusieurs papes français.
Cluny vit le jour grâce à Guillaume le Pieu, Duc d’Aquitaine, qui fit donation de ses terres pour fonder un monastère qu’il confia à l’administration de Bernon, en septembre 909.
Bernon, fidèle aux instructions de Saint Benoît, installa douze moines dans le monastère ; très rapidement, l’attrait des activités spirituelles et culturelles pour eux impliqua de recruter des moines convers pour accomplir les tâches manuelles du quotidien.
A la fin du Xe siècle, Cluny contrôle une soixantaine d’abbayes, surtout en Bourgogne et en Auvergne… mais les noms les plus prestigieux restent localisés dans le sud ouest et le Languedoc Roussillon. Citons Moissac, La Daurade, Gaillac, Sorèze, Montolieu, Aniane, Gellone( Saint Guilhen le Désert), Lagrasse, Saint Gilles, Psalmodie( Saint Roman), Saint Thibéry, Saint Michel de Cuxa etc…
Le succès de la Règle bénédictine s’explique par son adéquation à la société rurale du VIIe siècle, le monastère constituant un centre d’attraction et de fixation pour les populations qu’il sécurisait. La sollicitude des Princes Carolingiens y ajouta sa part ; comme l’arrivée des reliques de Saint Benoît, en 672, à Fleury-sur-Loire, en provenance du mont Cassin où elles avaient été dérobées.
Le déclin est dû aux rivalités des grandes Abbayes centrales, telles que La Chaise-Dieu, Ligugé, Saint Victor, avec celle de Cluny ; à un mode de vie dispendieux qui prouve un relâchement des mœurs ; l’arrivée d’ordres nouveaux, tels les Cisterciens désireux d’un retour à la règle de base de Saint Benoît et qui s’insurgent contre les somptueux décors clunysiens en réclamant, pour leur part, un dépouillement qui ne détourne pas le cœur et l’esprit de la prière. Parmi ces ordres nouveaux, il convient de mentionner l’impact des Ordres Mendiants qui attirent d’autres formes de spiritualité.

La Provence abonde en Abbayes, Prieurés, Eglises d’obédience bénédictines. Une énumération et une analyse exhaustive étant du domaine de l’impossible dans le cadre d’une conférence, je me limiterai à quelques noms et lieux qui nous concernent de près : Ganagobie dépendant de Cluny ; Lérins, Montmajour, Saint André de Villeneuve-lès-Avignon, rattachés à Saint Victor par qui je terminerai mon propos.

A) Ganagobie

Le prieuré est fondé au milieu du Xe siècle par l’évêque de Sisteron, Jean III, sur un domaine qu’il tenait de sa famille. Son affiliation à Cluny peut être datée entre 960 et 965. Il connut une grande prospérité qui atteindra son apogée au XIIe et au début du XIIIe siècle. En fait, dès la fin du Xe et durant le XIe, les évêques de Sisteron d’une part, et les Reillanne d’autre part, avaient fait bénéficier ce monastère de donations conséquentes ; ils furent relayés aux XIIe et XIIIe par la générosité des Comtes de Forcalquier( des Urgell !)
Les difficultés financières et le relâchement spirituel ne se font sentir qu’à partir du XIVe, pour s’accélérer au XVe, époque à laquelle la communauté ne compte plus que quatre ou cinq religieux.
Saccagé pendant les guerres de Religion, vendu comme bien national en 1791, le monastère ne reviendra aux Bénédictins qu’en 1891, lorsque son propriétaire, Monsieur Malijay, en fait don à l’Abbaye Sainte Marie Madeleine, à Marseille, qui en entreprend la restauration.
Ce prieuré est actif et bien vivant encore de nos jours ; surtout depuis 1992, date de l’installation de la communauté de Hautecombe.

B) Lérins

En 410, l’archipel Lérinien est frappé d’un important séisme. L’île désertée est envahie de serpents et de scorpions que Saint Honorat aurait anéantis afin de pouvoir y implanter un monastère. Sous ses ordres, la mer aurait alors lavé à grande eau l’île pour que puisse s’y ancrer la vie monastique. Plantant un bâton dans le sol, il aurait fait jaillir une source intarissable sans laquelle aucune vie n’aurait été possible.
Le monastère est fondé vers 410 par l’ermite Honorat. On y vient de toute l’Europe, soit comme disciple, soit comme pèlerin afin d’y recevoir des indulgences que l’on disait identiques à celles d’un voyage en Terre Sainte. On y faisait, pieds nus, le tour de l’île, en s’arrêtant à chacune des sept chapelles périphériques. Les moines, à cette époque possèdent toute l’île et font commerce de lavande, de miel, de liqueur (la lérina).
En 427, selon les dires de Cassien, l’abbaye est devenue un immense monastère qui comportait quatre-vingts pièces et plus de cent portes ! Il fut surnommé « pépinière d’évêques » du fait qu’il en ait formé un grand nombre aux Ve et VIe siècle, dont Saint Patrick et Saint Césaire. La règle du monastère écrite par Saint Honorat lors de la fondation, est remplacée par la règle de Saint Benoît, dès la fin du VIIe siècle. Une substitution difficile qui sera cause de l’assassinat de Saint Aygulf , en 660, qui voulut s’en faire l’artisan. La règle adoptée, le monastère bénéficia de donations conséquentes et essaima en Provence, allant jusqu’à fonder une centaine de couvents.
Dès le IXe siècle, il doit faire face à des raids de brigands méditerranéens qui iront capturer les moines et les séquestrer pour les vendre. A partir de 1400, l’île sera gardée par des soldats qui investiront les parties fortifiées du monastère.
La mise en commende, en 1464, fut le signal d’une lente décadence. Le monastère sécularisé en 1788 n’abritait plus que quatre religieux. Depuis 1869, ce sont des Cisterciens qui possèdent l’île et y élèvent de la vigne.

C) L’Abbaye Saint André

Elle s’élève sur le Mont Andaon, à l’intérieur du fort.
Une ermite, Casarie, se serait retirée dans une grotte du Mont Andaon où elle serait morte en décembre 586. Sa sépulture devint l’objet d’une vénération à l’origine de la nécropole, sur la colline, et du regroupement de religieux suivant la règle de Saint Benoît.
La nouvelle abbaye bénédictine régulièrement constituée et approuvée par Garnier, évêque d’Avignon, en982, et par le pape Grégoire V en 999, y demeurera jusqu’à la Révolution.
La puissance de l’abbaye s’accrut rapidement… En 1222, un traité entre Avignon et Raymond VII de Toulouse, fait passer l’abbaye et ses dépendances sous le consulat d’Avignon. En 1226, Louis VIII, en conflit avec la ville qui s’était rangée du côté de l’hérésie albigeoise, est l’hôte de Bertrand de Clausone, à l’Abbaye Saint André. Les deux hommes concluent, en septembre 1226, un acte de paréage qui institua le Roi de France et l’Abbé de Saint André co-seigneurs de Villeneuve. Il en sera ainsi jusqu’à la Révolution.
Au XIVe siècle, l’abbaye est à son apogée et compte quatre-vingts moines. La décadence s’annonce à la fin du XIVe siècle. L’abbaye avait eu sous sa dépendance jusqu’à 212 prieurés.
Aujourd’hui les bâtiments sont propriété privée.
Saint André eut un rayonnement inférieur à Saint Victor, mais largement supérieur à Montmajour.

D) Montmajour

L’îlot de Montmajour est la propriété de Teucinde, en 949. C’est un lieu désertique et isolé, déjà sanctifié par la présence d’une petite communauté d’ermites. A sa mort, en 977, elle lègue la montagne et ses dépendances à une communauté de moines qui suivent la règle de Saint Benoît, et dirigée par un certain Mauringus.
Dès 964, le Roi de Bourgogne – Provence, Conrad, leur avait confié le relèvement de Carluc et de Lérins. Placés sous sa juridiction directe, ils ont le droit et le privilège d’élire eux-mêmes leur Abbé.
Le pape Léon VIII leur accorde, à son tour, le privilège d’exemption qui les fait dépendre directement du Saint Siège et non de l’évêque.
Tous ces privilèges s’accompagnent durant le XIe siècle d’une lutte pour l’indépendance abbatiale, contre le pouvoir central incarné par l’évêque et contre la mainmise spirituelle et réformiste de Saint Victor de Marseille encouragée par Grégoire VII ; puis contre l’ingérence de l’archevêque d’Arles.
Parmi tous les privilèges reçus, un qui ne manque pas de pittoresque : ils recevaient de droit le premier esturgeon pêché dans le Rhône.
Au XIe siècle, l’abbaye était à la tête de plusieurs prieurés, d’une trentaine d’églises paroissiales et de multiples bâtiments monastiques.
En 1019, Pons de Marignane, en tant qu’Archevêque, dédicaça une crypte, la dotant d’une indulgence pour toute personne qui y viendrait en pèlerinage le jour de l’Invention de la Sainte Croix et verserait des subsides à l’œuvre de Notre Dame : c’est l’origine du « Pardon » de la Sainte Croix (le 3 Mai).
En 1430, l’Abbatiat fut placé en commende. L’Abbé n’était plus tenu d’y résider, mais percevait les revenus attachés à sa charge… il s’ensuivit une rapide régression, et Montmajour cessa de jeter de l’ombre sur Saint Victor, ultime étape de notre périple bénédictin en Provence.

E) Saint Victor

On ne peut séparer l’histoire de l’installation des Bénédictins à Saint Victor, de l’histoire du saint du même nom.
Victor fut un officier romain qui subit le martyre à la fin du IIIe siècle, probablement broyé sous une meule, le 21 juillet 303 ou 304.Le calme revenant après la paix de Constantin, le corps du Martyr fut déposé au fond d’une carrière sur laquelle est bâtie l’Eglise actuelle.
Impossible également de dissocier l’histoire de la fondation de l’abbaye de l’histoire de Saint Cassien qui en fut le fondateur, au début du Ve siècle. Dans le même temps, Honorat fondait Lérins… Nous avons, au travers de ces deux structures, les deux plus anciennes bases du monachisme en France.
Jean Cassien, a vécu plus de vingt ans en Egypte et en Palestine, fit partie du clergé de Constantinople ; c’est vers 415 qu’il vint s’établir à Marseille, près du tombeau de Saint Victor, où il mourut vers 433-434.
Saint Victor était, pour lui, un modèle auquel se référer ou se comparer.
C’est au VIIe siècle que ce monastère adopta la Règle de Saint Benoît. Il semblerait qu’il ait connu une brillante fortune, habité par plusieurs milliers de moines jusqu’à sa destruction par les Sarrasins, en 900.
Les Bénédictins de Saint Victor retiraient leur richesse de l’exploitation des salines qu’ils possédaient en Camargue et à Hyères. Ils étaient aussi reconnus pour le labour des terres et le défrichage. Activités qui ne leur faisaient négliger ni leur rôle de transmission de la Tradition, ni leur volonté de diffuser le chant grégorien !
Très rapidement, Saint Victor rivalisa avec Cluny, mais cette capitale monastique avait une réputation d’extrême dureté, voire de cruauté, à la différence de la maison-mère de Cluny.
Outre une discipline rigoureuse, cette réputation de rudesse provient du pape Clément IV qui, en 1266, donna l’ordre aux Bénédictins de Saint Victor de prendre des mesures pour l’extermination des nombreux hérétiques résidant dans la vallée du Rousset, une des dépendances de l’Ordre.
Le déclin de Saint Victor est lié aux mêmes raisons que celui des autres abbayes de l’Ordre : arrivée de nouveaux Ordres ; dégradation des mœurs ; commendes… A la fin du XVIIIe, l’Abbaye est déchue et la révolution viendra à bout du cloître et des bâtiments conventuels qui avaient constitué une véritable forteresse.
Nous avons toutefois conservé la tradition d’un pèlerinage aux cryptes de Saint Victor, le 2 février, jour de la chandeleur.
Je ne saurais quitter ces lieux sans le petit clin d’oeil ésotérique et vous rappeler que Hugues de Payns, fondateur de l’Ordre des Templiers, fut aussi moine à Saint Victor ! Cessons de parler et allons creuser, à la recherche d’un certain trésor !!

Nous voici au terme d’un voyage qui, je l’espère, ne vous aura pas trop fait souffrir, mais qui s’imposait pour retracer l’histoire spirituelle de Marseille, au cours de cette année et afin de nous rappeler que la cité phocéenne fut l’un des bastions du monachisme, ce dont témoigne aussi l’installation des Carmes… c’est là un autre sujet… et Claire Reggio est bien plus habilitée que moi à vous en parler.
Merci de m’avoir fait l’honneur de votre invitation et de votre attention.

Bibliographie

-  Davril Anselme, l’ordre des Bénédictins.
-  Dumas Antoine, La Règle de Saint Benoît, Cerf, Foi vivante, Saint-Amand, 1989, 153p.
-  Fixot Michel, Ganagobie, Haute Provence, mille ans d’un monastère en Provence, Alpes de Lumières, Gap, 1996.
-  Lea Henry-Charles, L’histoire de l’Inquisition au Moyen Âge, Robert Laffont, Paris 2004, 1458p.
-  Les Moines Noirs (XIIIe-XIVe), Cahiers de Fangeaux, 19, Privat, 1984, 422p.
-  Moulinier, Jean-Claude, Autour de la tombe de Saint Victor de Marseille, ed Tacussel, Cahors, 2000, 198p.
-  Pacaut Marcel, Les Ordres monastiques et religieux au Moyen Âge, Nathan Université, Tours, 1993, 256p.
-  Pignot, Jean-Henri, L’histoire de l’Ordre de Cluny, depuis la fondation de l’Abbaye jusqu’à la mort de Pierre le Vénérable (909-1157), 3 T, Paris 1868.

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