L’homelie de Mgr Jean-Marc AVELINE le matin du 2 février 2014

Mgr Jean-Marc Aveline a donné sa première homélie en tant qu’évêque auxiliaire, à la Chandeleur à Saint-Victor, en situant cette fête de la Présentation de Jésus au Temple comme fête de la rencontre :

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Voici cette homélie

Chers amis,
Aujourd’hui, avec toute l’Eglise, nous fêtons la Présentation de Jésus au Temple. Selon le rite fixé par la loi de Moïse, Marie et Joseph, en parents pieux et respectueux, viennent présenter au Seigneur leur enfant, avec une offrande, comme le prescrit la loi.
En Orient, on appelle cette fête : « fête de la Rencontre », car il s’agit bien, sous la plume de l’évangéliste Luc, de signifier la rencontre entre le Seigneur qui vient et le peuple des croyants qui l’attendent, peuple représenté ici par les deux Anciens, Syméon et Anne. Rencontre d’un Dieu en quête de l’homme avec un peuple en quête de Dieu. Rencontre du don de Dieu et de l’espérance de l’humanité.

Et l’Église ne s’y est pas trompée : en nous proposant de prier, au soir de chacune de nos journées, à l’office des Complies, avec les paroles du vieillard Syméon, elle nous invite à trouver dans cette fête de la Chandeleur comme le fil rouge de toute notre vie, les paroles qui nous habillent le cœur pour nous préparer à rencontrer le Seigneur : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta Parole, car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples, Lumière pour éclairer les nations et gloire d’Israël ton peuple ! » Et quand on y réfléchit bien, frères et sœurs, qu’est-ce qu’une vie, sinon le temps que Dieu nous donne pour nous préparer à sa rencontre ? Et cela au travers des multiples rencontres qui jalonnent nos existences.

Au moment où notre diocèse est entré, depuis le huit décembre dernier, dans une année mariale qui a pour thème « Marie, grâce de la rencontre », je vous propose de méditer ce matin sur ce mystère de la Rencontre qui est au cœur de notre foi. Car le Dieu auquel nous croyons, nous les chrétiens, n’est pas un Dieu lointain et encore moins hautain : c’est un Dieu dont le geste premier et caractéristique est de venir à notre rencontre jusqu’à prendre chair de notre chair. « Puisque les hommes ont tous une nature de chair et de sang, Jésus a voulu partager cette condition humaine », écrit l’auteur de l’épître aux Hébreux dans le passage qui nous a été lu tout à l’heure.

Et si nous sommes ici ce matin, c’est parce qu’un jour, nous avons accueilli ce Dieu qui venait à notre rencontre. Chacun pourrait dire la patience, la délicatesse et parfois l’humour de Dieu lorsqu’il vient demander l’hospitalité de notre cœur. Les chemins des hommes vers Dieu sont certes multiples : on le sait bien à Marseille où il y a tant de cultures et de religions ! Mais le plus beau, le plus étonnant, c’est l’infinie variété des chemins de Dieu vers les hommes, chaque fois différents, chaque fois adaptés et appropriés à chacun. Dieu ne se contente pas de faire arriver par bateau le livre des Évangiles sur le Vieux-Port : il vient frapper délicatement, comme un ami, à la porte du cœur de chacun pour le tirer de son sommeil, de ses habitudes, de ses découragements, de ses tranquillités confortables mais sans espérance. Et c’est Dieu qui toujours fait le premier pas.

C’est cela que nous dit cette fête de la Chandeleur. C’est lorsque nous prenons conscience que Dieu lui-même vient à notre rencontre que nous comprenons mieux comment nos chemins, même les plus tortueux, nous conduisaient secrètement vers lui, parce que, comme Syméon et Anne, nous avions soif de lui et que, même dans l’épaisseur la plus opaque de nos existences, il nous attirait vers sa Lumière en nous disant : « Lève-toi ! N’aie pas peur ! Suis-moi ! »
Syméon et Anne, postés devant le Temple, résument à eux seuls la longue durée des jours et la longue lignée des générations de ceux qui cherchent Dieu, de ceux qui « le désirent » comme disait tout à l’heure le livre de Malachie. Aller à la rencontre de Dieu, cela ne se fait pas en un instant, même s’il peut y avoir des coups de foudre ! C’est un long chemin, le chemin de toute une vie, avec des hauts et des bas, des lignes droites et des méandres, mais tout est important dans nos vies, les succès et les échecs, afin de laisser l’Esprit nous « accoutumer » à Dieu, nous transformer en fils de Dieu, c’est-à-dire nous conformer au Christ, et cela en nous affinant, en nous purifiant, comme disait encore le livre de Malachie, en nous simplifiant. La vie spirituelle est peut-être, pour l’essentiel, un long travail de simplification. C’est aussi cela nous préparer à la rencontre.

Un évêque du IVe siècle, Grégoire de Nysse, expliquait cela en prenant l’image du sculpteur qui, pour donner au bloc de bois ou de pierre qu’il travaille, la forme qu’il veut lui imprimer, ne procède pas par ajouts, mais par soustraction. Ainsi en va-t-il dans la vie spirituelle : l’essentiel est de se laisser simplifier par Dieu, de lui laisser enlever toutes ces choses qui nous paraissent importantes et auxquelles nous tenons, pour qu’il nous configure, en nous simplifiant, à l’image de son Fils, le seul qui nous fait tenir. Lorsque Céline, récemment entrée au Carmel, écrivit à sa sœur Thérèse de l’Enfant Jésus pour lui dire combien elle était découragée en voyant tout ce qu’il lui restait encore à acquérir pour être une bonne carmélite, Thérèse lui répondit sur un petit billet : « Ne dites pas “à acquérir”, dites “à perdre” ». Suivre le Christ, c’est se laisser simplifier par lui.

Et nous confessons que Dieu a pris lui-même ce long chemin de la patience, de l’enfouissement, qu’il s’est lui-même accoutumé à nous, comme disait saint Irénée, pour que nous nous accoutumions à lui ! C’est ainsi que fait l’Esprit qui prépare le salut à la face de tous les peuples, comme le chante le vieillard Syméon, non seulement Israël mais aussi les nations païennes. Et aujourd’hui encore, nous le savons bien à Marseille, l’Esprit prépare le cœur des hommes par mille et un chemins (par la religion, par la culture, par l’art,..) à accueillir le salut dont les chrétiens sont les témoins.

C’est ainsi que fait le Fils, ce petit enfant porté par ses parents, ce Dieu qui prend le temps « de grandir et de se fortifier », de « progresser en taille et en sagesse » comme dit saint Luc, à l’école de la vie, selon les coutumes d’un peuple bien précis, voulant devenir en tout « semblable à ses frères » comme dit l’épître aux Hébreux. On ne méditera jamais assez sur ce mystère de l’Incarnation qui est au cœur de la foi chrétienne : Dieu, pour nous sauver, ne nous a pas donné un catalogue de préceptes à respecter : il est venu faire avec nous l’expérience de la vie, dans la radicale simplicité d’une existence humaine tellement ordinaire que pendant trente ans elle est passée inaperçue ! Le Fils de Dieu s’est préparé dans la discrétion à rencontrer son peuple afin que ce peuple se mette en marche, prenne sa Croix et le suive, à la rencontre de Dieu. Car comme le disait Syméon à Marie en lui parlant du glaive qui transpercerait son âme, le chemin des disciples, comme celui de leur Maître, est aussi un chemin de Croix.

Aujourd’hui, frères et sœurs, c’est à nous qu’il revient de donner à chacune de nos vies l’élan, la densité et la joie d’une préparation à la rencontre. Et cela au travers des rencontres toutes simples qui jalonnent nos journées. Depuis que Dieu et venu visiter son peuple, toutes nos relations humaines peuvent devenir des visitations. Ce matin, prions pour tous les habitants de notre diocèse, en particulier pour ceux qui espèrent quelque chose de précis, un travail, une guérison, une reconnaissance, un geste d’amour, de fraternité ou de solidarité, et aussi pour ceux qui n’ont plus d’espérance parce qu’elle a trop souvent été déçue ou bafouée. Chrétiens, nous sommes chargés de veiller, comme Syméon et Anne, sur l’espérance de toute l’humanité.
Avec Notre-Dame de Confession, veillons dans la prière et demandons à Dieu, en cette Chandeleur de l’année mariale, la grâce de la rencontre, afin que toutes nos rencontres deviennent chemins vers Lumière.
Amen !

+ Jean-Marc Aveline
Évêque auxiliaire

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