Dimanche 9 Mars 2014 1° dimanche de Carême

Les tentations au désert.
Jésus est attaqué sur sa puissance divine qui donc viendrait nier la vérité de son humanité. Mais nier la vérité de cette humanité semblable à la nôtre en toutes choses excepté le péché, oblitèrerait définitivement toute révélation véritable de Dieu en Jésus.

« Vous êtes la lumière du monde. Vous êtes le sel de la terre. »
Depuis la fin de l’octave de la chandeleur, Jésus, par l’Évangile, nous conduit de sommets en sommets pour nous faire entrer dans la plénitude de notre vocation de fils et de filles de Dieu :
« Tu ne jugeras pas. »
« Tu aimeras ton ennemi »
« Dans la confiance et dans la paix, tu chercheras d’abord le Royaume de Dieu »
Nous entrons maintenant dans le carême. Nous marchons vers Pâques. La Pâque de Jésus annonce notre propre passage à sa suite vers le Royaume où nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est, où donc, par grâce il portera à son achèvement notre vocation filiale.
Au seuil de ce carême, Jésus est conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Ce qui est annoncé ici est bien voilé à nos yeux. L’Esprit pousse Jésus à cet affrontement avec le démon, le diable qui divise tout et donc d’abord notre propre perception de la réalité.
Aux premiers jours de la création c’est d’ailleurs ainsi que procède le diable. Il refait l’exégèse des paroles du créateur, comme si elles n’étaient pas limpides. Le serpent explique à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » Le serpent distille et instille la jalousie dans le cœur de l’homme, la jalousie avec Dieu, sur la question de la vocation de l’homme, être comme des dieux, proche de « ressembler à Dieu ». (Au passage, notons la nuance sémantique : « être comme des dieux » est au pluriel, pas loin donc de l’idolâtrie. « Ressembler à Dieu » est au singulier, le singulier de l’unique de l’amour.)
C’est donc bien notre vocation qui est en jeu, mais du même moment c’est la connaissance que Dieu révèle et donne de lui-même. Si elle était laissée à l’homme, la connaissance de Dieu serait rapidement idolâtrique, et l’homme demanderait à Dieu qu’il ressemble Lui à son fantasme tout humain de toute puissance. C’est ce qui se joue au désert.
Jésus est attaqué sur sa puissance divine qui donc viendrait nier la vérité de son humanité. Mais nier la vérité de cette humanité semblable à la nôtre en toutes choses excepté le péché, oblitèrerait définitivement toute révélation véritable de Dieu en Jésus.
Jésus refuse la puissance toute orientée superficiellement à son service.
Le cœur de l’homme, le cœur de Jésus se nourrissent de la parole de Dieu, la Parole du Père qui peut être partagée dans l’accueil et l’offrande du peu que nous avons, du peu de ce que nous sommes. Comme au jour de la multiplication des pains, la fragilité de nos gestes libère la plénitude du don de Dieu. Accomplir la volonté du Père ne peut nous épuiser, mais fait jaillir en nous la vie éternelle. C’est bien ce qui se révèlera au bord du puits de Jacob. Jésus vient d’accomplir cette volonté en donnant à a Samaritaine l’Évangile. Et le premier moment de cette évangélisation a été une demande : « Donne-moi à boire ! »
Jamais Jésus n’a pu dominer sur l’homme. Jamais il n’a voulu s’exclure de notre condition humaine pour nous révéler et nous donner part au don de Dieu. Le Royaume s’inaugure dans l’humilité, simplement par la vérité du cœur de Jésus, par la puissance libératrice de sa miséricorde et de sa parole de réconciliation.
La puissance de Jésus est puissance d’amour, refus de tout pouvoir sur l’homme et en même temps de tout pouvoir sur Dieu. La question reviendra au procès de Jésus. Son Royaume n’est pas de ce monde, autrement les armées célestes seraient intervenues.
Non, Jésus est roi dans le dénuement de la Croix.C’est là que Jésus est élevé. C’est là que Jésus adore en vérité le Père et qu’il le fait de tout son être, de tout son souffle, de tout son esprit : « Père, en tes mains, je remets mon esprit » C’est là que Jésus glorifie le Père, c’est là que Jésus est glorifié de sa gloire de Fils de Dieu. C’est là que nous est révélée notre vocation de fils.

Ph. RAST

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