Dimanche 8 Mars 2015

Purification, blessure et résurrection

Disciples, apôtres et amis n’ont peut-être pas tout compris du mystère en train de se révéler dans la vie de Jésus. Mais ils se sont laissés blesser par sa parole, blesser par la charité de Dieu, sa liberté et son amour.

Au milieu du Temple, Jésus noue des cordes pour se faire un fouet et renverser ainsi les tables des changeurs et les étals des marchands de colombes. La scène est violente. Jésus explose de colère. Le ton a monté. Jésus joint le geste à la parole. Et tout cela dans le Temple. Est-ce une attitude religieuse qui puisse nous ouvrir le chemin vers Dieu ou aplanir le chemin de Dieu vers nous ?
Nous remarquons justement que cette colère explose au milieu du Temple contre des gens qui ont toutes les raisons institutionnelles de se trouver installés dans l’enceinte sacrée.
A l’égard des gens de tous les horizons qui vont et viennent sur les chemins de la vie et y affrontent de bien grandes épreuves, le langage et l’attitude de Jésus sont tout à l’opposé.
Il les voit en foules errantes, désemparées, dispersées comme des brebis sans berger. Il ne mesure pas son attention. Il leur partage la parole qui fait vivre, puis quand le temps a trop largement passé, il rompt le pain signe avant-coureur du pain de vie, son corps livré.
Quand des aveugles, des paralysés, des sourds, des boiteux ou encore des lépreux viennent se jeter à ses pieds pour crier leur détresse, il ne voit pas d’abord en eux l’impureté ou le péché. Il voit leur désir de vivre et leur intuition certaine que Dieu comprend ce désir et vient à leur rencontre pour les justifier. Jésus alors se fait le serviteur de cette rencontre qui est évènement de salut.
Jésus se sait aussi en amitié avec tous ceux qui intercèdent pour leur entourage. Le cœur de Jésus s’émerveille : dans tout son peuple il n’a pas rencontré une foi aussi certaine que celle du centurion romain qui intercède pour son serviteur. La foi de la cananéenne qui sait bien dire que les petits chiens grappillent les miettes sous la table, lui fait mesurer toute la portée, l’étendue de la miséricorde divine. Jésus exulte et rend grâce au Père. Les plus petits, les cœurs simples ont part aux secrets du Royaume.
Les sages, les savants, les doctes ont manqué le rendez-vous. Les scribes, les pharisiens, les docteurs de la loi sont dévorés de passion pour l’Ecriture qu’ils ne cessent de scruter. Ecoutant les prophètes ils étaient probablement les mieux disposés pour pouvoir entendre les paroles de l’Alliance nouvelle, les promesses du Royaume qui vient. Ils étaient les mieux placés pour discerner le souffle de Dieu venu revivifier les ossements desséchés et ranimer l’espérance morte. En alerte ils auraient reconnu la grâce de Dieu qui veut aujourd’hui libérer, consoler son peuple et enfin écrire au plus profond des cœurs la Parole de la vie. Pourtant leurs yeux voient et ne voient pas, leurs oreilles entendent et n’entendent pas.
Jésus use de paraboles pour tenter de briser la carapace. Mis rien n’y fait. Les habitudes et les certitudes sont les plus fortes. Elles ont donné leur mesure à toutes choses. Le Dieu vivant, le Dieu transcendant, le Dieu créateur et porteur de toute vie, le Dieu riche en miséricorde, ne peut plus trouver sa place. La colère de Jésus signe-t-elle alors humainement le dépit de Dieu à l’égard de ces plus proches, dont il ne peut plus se faire entendre ?
A la suite d’Elie, prophète du Dieu vivant Jésus témoigne de la violence faite à Dieu.
Mais Jésus, comme Dieu, ne va pas rompre la relation. L’évènement violent de la
purification du Temple annonce l’orientation nouvelle du chemin que va prendre Jésus.
Les hommes voient et ne voient pas, entendent et n’entendent pas. Mais Dieu ne va pas se taire. Le langage de Dieu demeure. Ce sera le langage de la croix et celui de la résurrection.
Jésus ressuscité ne vient pas réparer une erreur judiciaire. Non il vient vers ses disciples, ses apôtres et ses amis pour dégager l’ultime étape du chemin qu’il a ouvert. Disciples, apôtres et amis n’ont peut-être pas tout compris du mystère en train de se révéler dans la vie de Jésus. Mais ils se sont laissés blesser par sa parole, blesser par la charité de Dieu, sa liberté et son amour. Serions-nous vivants sans nos blessures ? Philippe RAST

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