Dimanche 6 septembre 2015 23° dimanche B

Mais Jésus met en présence la fragilité humaine et la miséricorde divine dans un acte de création renouvelé qui a une puissance définitive de salut. Là est la bonne nouvelle..
C’est bien la grâce divine qui a croisé la route de cet homme, dans l’humanité de Jésus.

« Effata » « Ouvre-toi ! »
Voici un appel déterminant qui jalonne le parcours des catéchumènes vers le baptême. Avec eux, grâce à eux, nous voici devant cette détermination spécifique de notre vie baptismale : l’ouverture sous l’action de la Parole de Dieu, à son appel.
L’évangile de cette ouverture du sourd-muet nous plonge aussi dans le paradoxe du secret messianique qui est une caractéristique de l’évangile de St Marc.
Le sourd muet retrouve l’usage de la parole. Jésus ordonne à ses accompagnateurs de n’en rien dire à personne. Ils n’en font rien et Jésus doit recommencer. Plus il leur donnait cet ordre, plus ils le proclamaient. Comment comprendre cette demande insistante de Jésus ?
Jésus ne guérit pas le sourd-muet pour que ça se sache dans un évènement médiatique retentissant. Jésus guérit le sourd-muet pour lui-même et pour lui seul. Certes son geste répond à la supplication des amis. Comment le sourd-muet aurait-il pu présenter sa
demande ? Il aura pu susurrer à l’oreille de ses amis, qui eux, peuvent interpeler Jésus avec insistance. Jésus répond ainsi aux amis qui ont fait corps avec le sourd-muet.
Jésus agit pour ce sourd-muet et lui seul parce que Jésus est ainsi fait. La détresse du sourd-muet interpelle sa compassion et émeut ses entrailles de miséricorde. Dans sa pitié il s’attache à cet homme et fait sien son ardent désir d’une vie libérée de l’étoupe d’un silence ouatée et de la glu de sons inarticulés. Son cœur, le cœur de Jésus, est le cœur du Fils de Dieu. Aussi sa pitié et sa miséricorde sont pitié et miséricorde de Dieu, son amour est amour de Dieu, amour du créateur pour sa création, amour qui ne peut se résoudre à voir sa créature engloutie dans la solitude du silence.
Jésus guérit donc ce sourd-muet pour lui. Il le fait dans la puissance de l’amour divin qui jaillit de son cœur, de sa pitié, de sa miséricorde. Peut-être au passage son humanité s’émerveille-t-elle aussi de la puissance divine de son affection humaine.
L’ordre de silence que Jésus donne immédiatement après, nous établit dans la certitude évidente que Jésus ne fait pas cette guérison pour annoncer une nouveauté. La miséricorde de Dieu, sa tendresse, son amour créateur sont depuis toujours et pour toujours à l’œuvre : la chose n’est pas nouvelle, elle est aussi ancienne que le monde.
Mais Jésus met en présence la fragilité humaine et la miséricorde divine dans un acte de création renouvelé qui a une puissance définitive de salut. Là est la bonne nouvelle.
Une création est toujours nouvelle et survient non pas simplement comme un évènement qu’on pourrait mettre en série avec d‘autres mais comme un avènement, un surgissement absolu. Pour chacun de nous, pour le sourd-muet la rencontre de la miséricorde divine surgit comme un commencement absolu. Voici la bonne nouvelle pour lui le sourd-muet. Il peut chanter la gloire de Dieu et devient à son tour par tout son être, bonne nouvelle.
En demandant le silence sur cette guérison Jésus veut sauvegarder la gratuité de la
rencontre Cet avènement de la grâce ne peut être réduit à aucun autre type d’évènement. Il n’entre dans aucune stratégie de communication, d’influence ou de pouvoir. C’est bien la grâce divine qui a croisé la route de cet homme, dans l’humanité de Jésus. Les ténèbres seront déchirées, le doute dissipé dans la passion et la résurrection de Jésus.
Oui la miséricorde divine saisit notre humanité.
Oui elle nous saisit aujourd’hui dans l’humanité de Jésus. « Effata ! Ouvre-toi ! »
Ph. RAST

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