Dimanche 6 octobre

Sur le chantier de l’Évangile, êtes-vous inutiles ?
Question cruciale !
Il y va de votre joie de vivre et de servir.

Gouter sans aucune arrière-pensée la joie de Dieu et la joie des anges de Dieu pour fêter la conversion d’un pécheur.
Choisir Dieu d’abord et avant tout dans l’aujourd’hui et le provisoire de notre vie. Ne rien sacraliser, ne se faire aucune idole qui pourrait nous voiler la lumière de Dieu, entrer libre de toute attache, à son service.
Et pour vivre ce service, accorder nos sens aux sens de son cœur de Dieu, avec lui entendre, écouter, voir, s’arrêter, se pencher.
La vie, la vraie vie, n’est pas de tout repos. Elle nous arrache à nous-mêmes.
Les apôtres qui viennent de recevoir la parabole des deux fils, le fils prodigue et son frère ainé, la parabole du gérant aussi habile que trompeur et enfin la parabole du riche et de Lazare, les apôtres n’en peuvent plus. Ils sont au bord de l’explosion spirituelle. D’autant que pour les achever, Jésus vient d’ouvrir la perspective du pardon inconditionnel que toujours ils doivent offrir comme grâce en signe du don de Dieu qu’ils ont reçu. Les apôtres, pourrait-on dire, ont le vertige de l’altitude spirituelle et dans l’air raréfié des cimes leur respiration devient haletante : « Seigneur, augmente en nous la foi ! »
Jésus, bien simplement, bien amicalement, les invite à mieux caler leurs regards sur les perspectives de Dieu.
La joie de Dieu, l’absolu de Dieu, la charité de Dieu, face à notre monde, voici l’approche qui doit être celle des disciples, approche si incisive que les montagnes de la superbe humaine sont moissonnées comme une brassée de coquelicots, et que les arbres tortueux de la sagesse et des calculs mondains sont totalement déracinés pour être jetés dans la mer de l’indifférence et de l’insignifiant.
Les apôtres sont donc invités à bien se rendre compte de la qualité des outils qui sont remis en leurs mains pour le beau travail d’évangélisation qui leur est confié. Sinon, ils vont être pris de panique dans le sentiment de ne pas être à la hauteur de la tâche, et ils auront raison.
Qu’ils regardent donc leur situation dans ses justes proportions et évitent de tomber dans le piège de la mesurer à leur propre échelle selon les indications de leur jugement.
Ce n’est pas eux qui ont choisi leur mission, c’est le Seigneur qui les a choisis eux, pour son Évangile.
Ce n’est pas eux qui jugent des moyens les plus appropriés pour la mener à bien. La pauvreté des moyens est la stratégie privilégiée de l’Évangile, tout simplement parce qu’elle est vraiment la seule à libérer réellement le trésor de la foi.
Ce n’est pas eux qui vont déterminer leur salaire ou faire valoir leur peine sur le chantier de l’Évangile. La confiance que leur témoigne leur Seigneur est leur trésor, et sa présence, la source inépuisable de leur énergie, une énergie qui ne peut croitre qu’en se dépensant. Quand ils sont vrais avec eux-mêmes, ils s’en rendent bien compte et ne peuvent qu’entrer dans l’action de grâce.
C’est bien le Seigneur qui agit. C’est bien sa tendresse qui, dans leur fragilité, les donne au monde en témoins du salut. C’est bien sa Parole qui les tient suspendus au-dessus des abîmes.

Oui, c’est vrai, ils sont vraiment inutiles. Ils entrent dans la liberté et la joie de Dieu. D’autres auraient fait et feront aussi bien qu’eux. Dans cette liberté, ils peuvent mesurer vraiment le prix de la vraie vie. Dieu s’est attaché à eux.
Ils sont vraiment inutiles mais le Seigneur les a revêtus de sa gloire.
Alors une humilité explosive libère en eux la louange. Les prodiges de Dieu et de sa miséricorde n’ont pas fini de les surprendre pour les combler.

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