Dimanche 6 Mars 2016 : 4° dimanche de Carême : L’aveugle-né

L’aveugle-né

Voici que s’ouvre une perspective nouvelle. Notre fragilité n’est pas une chance pour nous mais elle le devient pour Dieu qui peut donner toute la mesure de sa grâce. Cette puissance de vie et d’amour ne peut nier ce que nous sommes mais se fraye un chemin au cœur même de nos infirmités.
L’engagement de notre liberté libère la puissance vivifiante de l’amour, de la grâce, de la liberté de Dieu.
Apprivoiser notre fragilité, nommer notre péché, libérer la liberté de Dieu qui nous aime : voici le chemin du carême qui nous conduit à l’Exultet déchirant la nuit
pascale : « Heureuse était la faute qui nous valut un tel rédempteur ! »

Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?”
La question appartient aux vieux réflexes simplificateurs. Les choses ne peuvent
arriver sans raison. Il faut donc un responsable qui portera tout le poids de l’épreuve. Nos sociétés de plus en plus judiciarisées en ont fait une stratégie visant quasiment à tirer le meilleur parti du malheur.
Toujours est-il que tenir un responsable permet d’établir comme un cordon sanitaire qui tient à distance l’infirmité, la précarité, la fragilité. Ce cordon sanitaire a de plus l’avantage de nous dispenser de toute compassion qui nous engagerait à porter le mal-être, la souffrance avec celui qui connait la détresse et l’épreuve.
Désigner un responsable nous met enfin hors de cause. Nous voici protégé par la certitude de notre justice et de notre bon droit. Les pharisiens sont ainsi figés dans l’arrogance et la superbe de la certitude absolue de leur justice. Il leur est
insupportable qu’un aveugle de naissance puisse leur suggérer une piste de
réflexion. C’est pour eux une incongruité : un homme dans la nuit du péché peut-il percevoir quelque-chose de juste ?
La réponse de Jésus est catégorique : ni lui, ni ses parents. Jésus se situe dans le sillage d’Ezéchiel : chaque génération doit prendre ses responsabilités, le passé ne pèse pas sur le choix qu’elle a à faire. Et même dans une seule vie, le passé
n’oblitère pas définitivement l’avenir.
Mais la réponse de Jésus est encore plus surprenante : en cet homme, dans sa
fragilité, dans sa cécité, dans sa nuit doivent se manifester les œuvres de Dieu.
Première certitude donc : l’attention de Dieu est tournée d’abord vers notre fragilité et cette fragilité va le pousser à agir. On ne peut imaginer que Dieu ait voulu que l’homme soit aveugle pour ensuite se servir de lui pour faire une démonstration de force. Non. Simplement Dieu se tourne vers nous. Il nous a créés, il nous aime,
il s’est réjoui de sa création. Dieu se tourne vers nous tout simplement parce qu’il est Dieu. Et il nous découvre bien fragiles.
Cette fragilité, Dieu ne la repousse pas ni ne l’écarte, ni ne la rejette. Il en est touché. Elle va le saisir, l’impliquer, l’engager. Son cœur de Dieu, totalement englouti et submergé par notre fragilité va faire jaillir sa puissance d’amour au plus profond de notre humanité.
Voici que s’ouvre une perspective nouvelle. Notre fragilité n’est pas une chance pour nous mais elle le devient pour Dieu qui peut donner toute la mesure de sa grâce. Cette puissance de vie et d’amour ne peut nier ce que nous sommes mais se fraye un chemin au cœur même de nos infirmités.
Jésus demande à l’aveugle d’aller à la piscine de Siloé. L’homme a accepté sa cécité. Il a même accepté d’en rajouter avec la boue sur les yeux. Il a su que Dieu s’attachait à lui par son handicap même. Et lui, l’aveugle, s’est attaché à la Parole de Jésus.
L’engagement de notre liberté libère la puissance vivifiante de l’amour, de la grâce, de la liberté de Dieu.
Apprivoiser notre fragilité, nommer notre péché, libérer la liberté de Dieu qui nous aime : voici le chemin du carême qui nous conduit à l’Exultet déchirant la nuit
pascale : « Heureuse était la faute qui nous valut un tel rédempteur ! »
Philppe RAST

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