Dimanche 4 octobre 2015 : 27° dimanche B

Choisissons la tendresse. Jésus place un enfant au milieu de ses disciples.
Choisissons d’être vrai avec notre fragilité. Elle est la chance de la grâce. Choisissons cette grâce qui nous crée. Accueillons notre dépendance radicale . Choisissons la fidélité. Choisissons l’humilité. N’ayons pas peur de la bonté. Choisissons la vie.

Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ?

Déjà la question est une arme pour mettre à l’épreuve Jésus. Déjà la question est une question épineuse qui déchire, divise, permet de polémiquer et de jeter l’anathème.
La question est ancienne. Déjà Moïse a du céder. Il a cédé ou plutôt, pour une
première alliance, Dieu lui a permis de céder. Jésus rappelle la raison et les enjeux.
La raison est la dureté de cœur. L’enjeu est la vie dans la création et dans l’alliance.
De fait, la dureté blesse et déchire. Au contraire la douceur ne peut rien briser.
La tendresse enveloppe, accueille, reçoit, porte, supporte, apaise, relève.
La dureté est-elle une fatalité ? Pouvons-nous nous en libérer, en guérir, nous en
sortir ? La subissons-nous seulement de la part des autres que nous sommes tentés de brutaliser en retour ? Ou ne surgit-elle pas du plus intime de notre cœur ? N’est-ce pas d’abord envers nous-mêmes que nous sommes durs ? Et la première violence que nous nous faisons n’est-elle pas de nous méconnaître ? D’oublier qui nous sommes ? Pour réparer cette violence et cet oubli Jésus appelle à faire mémoire des premières heures de la création quand Dieu nous fit à son image et qu’il nous fit homme et femme.
Rappelons-nous. Dieu présente à l’homme tous les êtres qu’il vient de créer, pour que l’homme leur donne un nom et les fasse venir à l’existence en les accueillant dans son monde. Dieu partage ainsi avec l’homme l’acte créateur qui donne
à chacun sa vocation de rayonner la vie. On devine l’homme attentif et émerveillé mais aussi et toujours dans l’attente, finalement un peu las d’une œuvre inachevée
qui peine à trouver son accomplissement et sa plénitude.
L’homme peut nommer les êtres mais nul ne peut le nommer lui, l’appeler. Par sa parole, en nommant les vivants que Dieu lui présente, il les fait entrer dans le monde mais lui-même qui ne peut être nommé, reste ainsi à l’extérieur.
Alors quelle joie de voir sa femme. Voici qu’un cœur va lui créer une place, comme lui, par sa parole, a créé de la place pour les vivants. Voici devant lui, la mère des vivants. Quelle plénitude ! Comme lui-même connait, l’homme va être connu d’un être qui s’émerveillera de lui, comme lui-même s’est émerveillé de cette rencontre.
Quelle plénitude mais aussi quel paradoxe. Cette plénitude nous est donnée, elle est pur don , elle ne peut être que reçue et nous ne pouvons la recevoir que dans notre finitude. L’homme seul ne peut accéder à cette plénitude de vie. Il ne peut qu’y être introduit, il ne peut que se laisser conduire, il ne peut qu’offrir sa finitude. Elle seule peut être féconde. Et ce miracle de l’alliance se dit dans notre condition charnelle, d’hommes et de femmes, totalement irréductibles l’un à l’autre.
Déjà la bonne nouvelle de la vie se dit dans notre chair. A nous de l’écouter donc, dans notre propre chair, fragile, incomplète, inachevée, tissée pour l’accueil et pour l’offrande. Pourquoi nous renier nous-mêmes ? Comment être infidèle ? Nous nous laisserions submerger par une dureté qui conduit finalement à la mort.
Choisissons la tendresse. Jésus place un enfant au milieu de ses disciples.
Choisissons d’être vrai avec notre fragilité. Elle est la chance de la grâce. Choisissons cette grâce qui nous crée. Accueillons notre dépendance radicale . Choisissons la fidélité. Choisissons l’humilité. N’ayons pas peur de la bonté. Choisissons la vie.

Philippe RAST

Haut de page