Dimanche 29 septembre

Le combat de la foi est combat de la charité.
La demande du riche dans la fournaise est toute simple.
Mais la demande de Lazare était-elle très compliquée ?

« Cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et dans l’amour, la persévérance et la douceur. Continue à bien te battre dans la foi et tu obtiendras la vie éternelle. »
Paul donne à son ami Timothée le testament d’un vieux sage dont la vie n’a été que passion pour le Christ, passion pour Dieu, passion pour la vie. Et nous aussi nous recevons ce testament qui nous appelle à porter notre regard à sa juste hauteur : notre horizon est la vie éternelle. Cette vie est déjà commencée aujourd’hui dans la vie évangélique nourrie de la Parole du Seigneur, dans sa paix, sa justice et sa charité. Paradoxalement dans sa douceur, l’Évangile porte la lumière qui éclaire tout homme, le conduit à faire en lui et dans son monde la vérité pour naitre ainsi à la liberté. Cette lumière de l’Évangile défait nos liens, déchire nos ténèbres et nos obscurités, elle nous atteint au plus profond. L’accueillir c’est bien entrer dans un processus de gestation, de création d’un univers nouveau dans les gémissements d’un enfantement qui dure encore. C’est bien là le combat de la foi.
Ce combat de la foi est combat de la charité. La crise d’aujourd’hui nous le rappelle encore. Les paroles du pape ne cessent d’y revenir. L’Évangile de ce dimanche nous remet encore face à cette exigence qui est de toujours à toujours. Voici donc que nous pouvons nous confronter à cette situation pourtant si quotidienne. Cette page d’Évangile nous rejoint dans le sentiment d’impuissance qui nous submerge et interroge ce sentiment d’impuissance.
Notre société s’est dotée de nombres d’institutions qui déploient l’effort de solidarité sur l’ensemble des citoyens. Nous nous en réjouissons même si les charges sont lourdes, les équilibres financiers périlleux et les effets pervers toujours rampant pour miner les justes initiatives.
Notre Église aussi s’est dotée de services et d’associations. Ils sont une grâce. Ils donnent du recul dans le discernement et permettent aussi de rassembler compétences et imaginations pour nous engager dans le service des plus pauvres.
Mais l’évangile de Lazare nous interroge nous personnellement parce que Lazare est devant chez nous sans qualification particulière. C’est un Lazare ordinaire. L’interrogation ne peut s’achever que dans la prière. Ce qui nous parait frappant et terrible dans cet Évangile, c’est que l’éternité soit sans pitié ni miséricorde, finalement simple reflet du monde sans pitié que nous vivons aujourd’hui et qui ne cesse de creuser de grands abîmes. Le trait est-il forcé ?
La demande du riche dans la fournaise est toute simple. Il ne demande pas qu’on le fasse sortir de la fournaise ou encore qu’on éteigne le feu. Il ne demande même pas un verre d’eau. Il demande simplement que Lazare trempe son doigt dans de l’eau pour en faire dégouliner quelques gouttes sur sa langue. Mais la demande de Lazare était-elle très compliquée ? Demandait-il qu’on mette tout sens dessus dessous dans la société de son époque ? Demandait-il d’être invité à la première place chez le riche ? Ce sont les coutumes du Royaume de Dieu. Mais demandait-il que tout de suite ce fut le Royaume ? Peut-être demandait-il des choses plus simples qui auraient évité qu’il ne soit rongé d’ulcères et que donc seuls les chiens s’intéressent à lui ? Personne ne le saura. Personne ne le lui a demandé. Personne n’était disposé à l’entendre. Personne n’osait se risquer à se tenir face à sa présence. Le risque pouvait être grand. Celui que le monde fut remis totalement en question. Ce risque est-il vrai ou est-ce le fantasme de la famille de ce riche ?
Finalement le riche demande que sa famille soit guérie. Il a cinq frères qui représentent bien notre humanité dans son parcours historique avec toutes ses vicissitudes. Mais ils sont sourds, sourds à la parole de Dieu, sourds à la parole de Moïse et des prophètes, sourds à Lazare, sourds à la vie, sourds à la résurrection. L’abime est éternel car cette surdité plonge la vie dans un silence minéral, un silence abyssal. Notre prière redouble donc : que nous puissions entendre des choses simples.

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