Dimanche 29 décembre : Fête de la Sainte Famille

L’univers de la petite enfance de Jésus est cet univers immense et mal défini des exilés, réfugiés, émigrés et immigrés, ballotés par le flux et le reflux de l’histoire,
Ce fut la condition de son peuple, le peuple de Dieu, esclave en Égypte, puis, des siècles après, déporté en exil à Babylone.
La mémoire, la prière du cœur, le murmure des lèvres ont donné de génération en génération leur noblesse à ces hommes en les enracinant dans la communion avec le Créateur.
On peut penser à la fierté de ces parents et de ces familles du peuple de Dieu, fierté d’être connu du Dieu unique, le Dieu vivant et vrai, fierté qui s’incarne dans la douceur et l’intelligence du cœur.

Dans les jours où Marie et Joseph attendent la naissance de Jésus toute proche, les voici jetés sur les routes. Un empereur romain, dans une démonstration de
puissance un peu vaine, a lancé un recensement.
Dans les jours où Marie et Joseph, tout à l’émerveillement devant leur premier né, voudraient se donner sans arrière-pensée, sans souci aucun, l’un et l’autre tout entier à la tendresse qui nourrit le cœur de ce bébé, voici que de nouveau, ils doivent prendre la route.
La très douce lumière de leur communion dans leur enfant Jésus, est une lumière divine qui ne connait pas les distances sociales ou culturelles. Elle se propage plus vite que la lumière du jour dans le milieu qui lui est naturel : les cœurs purs qui
aiment, qui espèrent, qui cherchent.
Les bergers sont touchés en premier, les savants des confins de la terre et des
cultures les plus lointaines ensuite (mais pour eux, le chemin a été plus long).
Mais les violents, les orgueilleux, les vaniteux qui savent l’absurdité et la fragilité de leur pouvoir, eux, se sentent menacés par la douceur de cette lumière. Ainsi ce
roitelet local d’un royaume qui n’a jamais été que le satellite d’une série d’empires successifs et n’a jamais pesé plus qu’un grain de sable dans l’équilibre des
puissances. La sainte famille est de nouveau jetée sur les routes.
Ainsi l’univers de la petite enfance de Jésus est cet univers immense et mal défini des exilés, réfugiés, émigrés et immigrés, ballotés par le flux et le reflux de l’histoire, poussés au loin par les déflagrations politiques ou économiques.
Comment une personnalité d’enfant peut-elle se construire dans l’incertitude et
l’angoisse que connaissent les plus anciens, le mépris et l’humiliation qui les tiennent à l’écart, la disette, peut-être la faim et le froid qui épuisent. La question ne vaut pas que pour Jésus mais Jésus, dans les bras de Marie et de Joseph, y a été confronté.
Ce fut la condition de son peuple, le peuple de Dieu, esclave en Égypte, puis, des siècles après, déporté en exil à Babylone. Jésus assume ainsi l’histoire de son peuple.
Ce peuple est né de l’appel de Dieu, de sa sollicitude et de sa miséricorde. Il a vécu de sa Parole toujours proposée, donnée par les prophètes. En exil, loin du Temple, loin de tout, cette Parole est devenue sa seule nourriture, dans la mémoire de la fidélité du Très-Haut. La mémoire, la prière du cœur, le murmure des lèvres ont donné de génération en génération leur noblesse à ces hommes en les enracinant dans la communion avec le Créateur. On peut penser à la fierté de ces parents et de ces familles du peuple de Dieu, fierté d’être connu du Dieu unique, le Dieu vivant et vrai, fierté qui s’incarne dans la douceur et l’intelligence du cœur.
Marie et Joseph vivent par leur amour la plénitude de ce modèle familial d’abord enraciné en Dieu, non par crainte ou par peur, mais bien au contraire par gout de la vie véritable, qui ne peut donc être que don de Dieu. Et leur amour a un caractère à proprement parler divin puisqu’ils portent et veillent sur le fruit de l’amour de Dieu qui a pour nom Jésus.
En célébrant la sainte famille nous célébrons Dieu qui s’enracine en notre humanité et nous contemplons comment il enracine notre humanité en lui.
Saint Paul dans sa lettre aux Colossiens, donne quelques repères :
d’abord le pardon : tous nous naissons de la miséricorde et de la tendresse divine
ensuite l’action de grâce, la louange et les chants : ainsi nos vies retrouvent leur axe fondamental, le don de Dieu,
en tout temps, l’obéissance de la foi et de l’amour.
Ainsi toujours nous sommes plongés dans notre milieu vital qui est la communion.
Philippe RAST

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