Dimanche 26 octobre 2014

Reconnaître une place, un registre, un champ d’action et d’autorité à César et aux autorités terrestres conduirait à relativiser la place de Dieu. Il n’occuperait pas toute la place, tout le champ de l’action, toutes les énergies de la vie : piège du relativisme

L’absolu de Dieu libère l’absolu de l’homme. Notre disponibilité à l’absolu de l’homme aiguise et vérifie notre disponibilité à l’absolu de Dieu .

Les saducéens rassemblent les grandes familles du Temple, celles des grands prêtres en particulier. Ils sont très attentifs aux questions de droit et de jurisprudence. A travers la question de l’impôt dû à César, le piège qu’ils tendaient à Jésus était celui du statut juridique des autres nations. Jésus avait bien fait comprendre que le Royaume de Dieu n’est pas en concurrence avec quelque royaume terrestre que ce soit mais que de toujours à toujours, en toutes circonstances il nous requiert. La vie des hommes est de le chercher. Il est grand ouvert à tous.
Les pharisiens eux, sont passionnés de la Parole de Dieu. Elle est la lumière de leurs yeux, la lampe de leur route, la joie de leur cœur. Elle est tout simplement leur vie. Ils veulent se donner à elle sans partage. Ils se tiennent à part pour elle, d’où leur nom de pharisien. Ils vivent une belle religion du cœur dans la douceur du Seigneur. Au quotidien ce sont des hommes de l’absolu. Pas de relativisme possible dans leur structure spirituelle. C’est sur ce point qu’ils tendent un piège à Jésus.
Reconnaître une place, un registre, un champ d’action et d’autorité à César et aux autorités terrestres conduirait à relativiser la place de Dieu. Il n’occuperait pas toute la place, tout le champ de l’action, toutes les énergies de la vie : piège du relativisme.

La réponse de Jésus est simple. C’est la réponse de la Torah, don de Dieu, source de vie. C’est la réponse de la prière quotidienne du peuple de l’Alliance depuis le fond des siècles, depuis le moment où le Seigneur se révèle le vivant, insaisissable, mais fidèle et présent dans une miséricorde inlassable : « Je suis celui qui suis ». La prière quotidienne reçoit cette révélation pour s’en nourrir et chaque jour y puiser l’élan de la vie. « Ecoute Israël, ton Dieu est l’unique. Tu l’aimeras de tout ton cœur, de toute ta force, de tout ton esprit. » La réponse de Jésus place ces hommes et nous avec,

devant l’absolu de Dieu.

Mais Jésus en rappelant ces évidences, met le doigt sur un autre piège qui peut
emprisonner les pharisiens et nous aussi. C’est la question elle-même : quel est le grand commandement ? La loi n’est pas affaire de polémique ou de raisonnements. Aimer n’est pas une question de principes ou d’axiomes. Aimer est une action.
Le commandement pétrit notre cœur. Dieu veut nous enraciner dans la plénitude de la vie. C’est notre chair qui écoute, qui réagit, qui agit. Au matin le commandement éveille notre cœur pour que chaque jour notre vie prenne corps en Dieu.
Notre existence est fragile. Cette fragilité est le souci de Dieu qui donne dans la Loi, la solidité de sa Parole. Le livre de l’Exode est on ne peut plus explicite : « Vous étiez des immigrés en Egypte. Vous ne maltraiterez pas l’immigré qui réside chez vous. » La vie est précaire, un seul manteau pour se couvrir. Tu ne peux dévêtir ton prochain pour la nuit qui vient. Tu ne peux laisser tomber le jour sur vos comptes mal bouclés. Sinon au matin tu ne pourras entendre la Parole de Dieu : « Ecoute, ton Dieu est l’unique. Tu l’aimeras de toute ta force. Choisis la vie. Tu vivras. »
Voici l’épreuve. Peut-on connaitre le plus grand commandement sans le vivre ?
Le vivre sans éprouver de toute sa chair ce qu’éprouve la chair de son prochain ?
L’absolu de Dieu libère l’absolu de l’homme. Notre disponibilité à l’absolu de l’homme aiguise et vérifie notre disponibilité à l’absolu de Dieu .
Philippe RAST

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