Dimanche 20 Décembre 2015 : 4° dimanche de l’Avent

L’indulgence

Vous avez dit du mal de vos proches. Saint Vincent de Paul vous demande de plumer une pintade sur la place Saint-Victor un jour de mistral puis de lui rapporter toutes les plumes.
Vouloir entreprendre un tel travail de Titan est bien déraisonnable pour ne pas dire prétentieux. Mieux vaut entrer très humblement dans la communion que l’Église nous ouvre. Notre honneur en prendra un coup puisque nous ne pouvons pas nous justifier et que l’Église nous reçoit tels que nous sommes. C’est le chemin de l’indulgence.

L’indulgence 

Le mot revient avec les années jubilaires, les pèlerinages.
Le terme teinte d’inquiétude les cœurs qui cherchent l’unité : on a pu utiliser le mot à sens et à contre-sens pour déchirer sans ménagement la tunique du Christ.
Inquiétude et question : l’indulgence se gagne-t-elle ? accorde-t-elle une grâce
spéciale ? le pardon reçu dans le sacrement de réconciliation n’est-il pas définitif ? L’indulgence en se rajoutant ne va-t-elle pas l’affaiblir ?
La question pointait déjà pour la miséricorde : ne va-t-elle pas dissoudre toute
justice ? Une méditation vraie conduit à plus de réalisme : la miséricorde exprime la responsabilité de Dieu envers nous. Impossible réellement de vivre en hommes justes. Alors Dieu nous justifie. Sa grâce comble notre déficit, il ne réduit l’exigence de ce qui est juste mais il nous hisse à la hauteur de notre vocation. La miséricorde ne va donc pas vers le moins mais vers le plus. L’indication est précieuse.
L’indulgence non plus ne va pas dans le sens du moins mais elle va vers la pleine réalisation de notre vocation baptismale. Même réconciliés nous avons encore à grandir dans cette vocation. A la messe nous disons le « je confesse à Dieu », le prêtre donne la parole du pardon et nous disons encore « Seigneur, prends pitié ! » Un baptisé pardonné, s’il veut encore marcher à la suite du Christ, a besoin de sa grâce, de son amitié, de son réalisme confiant et donc de sa pitié. Le pardon reçu dans le sacrement est le point final pour nos péchés mais c’est la libération et le
début d’une nouvelle étape.
C’est ce que pointe l’indulgence avec le symbolisme de la porte : si les brebis
passent par la porte ce n’est pas pour s’entasser immobiles mais c’est pour aller et venir librement, dans la joie, la paix et la charité, la lumière du Royaume.
Faisons rapidement le point. Vous savez tous que le sacrement de réconciliation nous fait passer par quatre étapes :
- 1- Découvrir notre péché. L’Évangile rassemble des pécheurs pardonnés. Le
péché se découvre à la lumière du pardon. Ouvrir notre cœur à la parole du Christ.
- 2- Haïr notre péché : il blesse la vie, il blesse nos frères, il blesse Dieu, il nous blesse : quel gâchis ! Haïr notre péché, c’est lui déclarer la guerre : c’est l’aveu.
- 3- Accueillir la grâce du pardon : le pardon détruit le venin mortel du péché. Nous aimer avec miséricorde : Dieu nous aime et veut voir nos vies porter du fruit.
- 4- Réparer le gâchis produit par notre péché : c’est la pénitence. Si nous avons blessé le corps du Christ en nos frères et en Église, la blessure demeure, souvent bien difficile à cicatriser. Réparer, la tache peut paraître impossible. Vous avez dit du mal de vos proches. Saint Vincent de Paul vous demande de plumer une pintade sur la place Saint-Victor un jour de mistral puis de lui rapporter toutes les plumes.
Vouloir entreprendre un tel travail de Titan est bien déraisonnable pour ne pas dire prétentieux. Mieux vaut entrer très humblement dans la communion que l’Église nous ouvre. Notre honneur en prendra un coup puisque nous ne pouvons pas nous justifier et que l’Église nous reçoit tels que nous sommes. C’est le chemin de l’indulgence. On y est conduit et on le prend en Église, en pèlerinage, en foulant tout respect humain, par amour du Christ et de l’Église qui est son corps. Joie de la communion qui nous accueille et que nous ouvrons. Philippe RAST

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