Dimanche 2 Mars 8° Dimanche Ordinaire A

Notre vie ne nous appartient pas mais elle nous est donnée. Voici la perspective qui nous permettrait de réordonner toutes choses.
« Qu’on nous regarde comme des intendants du mystère de Dieu. » Saint Paul nous dit bien que la réalité doit ainsi rayonner de notre cœur, de notre attitude, finalement de notre jugement sur la manière de nous situer dans la vie.
Et ce jugement est en Dieu. Dieu n’est pas silencieux. Il confirme au plus profond de nous-mêmes notre sentiment, notre jugement pour que librement il avance sur les chemins de la justice. Paul résume lapidairement : « Ma conscience ne me reproche rien. Celui qui me juge c’est le Seigneur. »

Question de perspective
« Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fruit de ses
entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas. Parole du
Seigneur » Isaïe revient aux évidences premières.
Qui nous a donné la vie ? Qui nous a donné la nature où cette vie peut se déployer ?
Plus encore, qui nous a donné la liberté au point de faire de nous les premiers
acteurs, les premiers décideurs de notre vie ? Qui nous a donné des frères et des sœurs pour que cette liberté trouve sa plénitude dans l’amitié et dans l’amour ?

C’est une réalité que cette liberté nous donne des responsabilités. Nous avons tant de choses à assumer, tant de contradictions à affronter. Le quotidien lui-même ne peut s’accomplir sans notre engagement. Il est impossible de démissionner.

Le sentiment d’avoir tout à porter s’impose dans le champ de notre conscience au point de considérer que Dieu s’est muré dans le silence et de trouver ce silence insupportable. A moins aussi que ce silence supposé rejoigne notre désir, tout particulièrement dans ces moments où nous pouvons affirmer notre pouvoir, être fier de nos réalisations et où nous avons succombé à la tentation de prendre notre propre jugement comme mesure de toutes choses.
On peut comprendre que la précarité du quotidien obscurcisse par les soucis, notre champ de vision. Mais il est dramatique que l’affirmation de notre liberté nous plonge encore dans le silence et la solitude. Notre désir, notre souci, qui ne peuvent s’apaiser, nous font quitter la réalité. Plus rien ne nous retient contre l’injustice ou l’absurde. Le sens de la vie se dérobe à nous.

Notre vie ne nous appartient pas, ni dans ses premières ni dans ses dernières heures. Elle est le fruit d’un amour qui nous précède. Elle nous échappe quand le souffle nous abandonne, elle nous échappe encore plus fondamentalement quand par frilosité, nous n’avons pas voulu l’exposer, l’offrir généreusement et que, du coup, elle n’a pas porté de fruit.

Notre vie ne nous appartient pas mais elle nous est donnée. Voici la perspective qui nous permettrait de réordonner toutes choses.
« Qu’on nous regarde comme des intendants du mystère de Dieu. » Saint Paul nous dit bien que la réalité doit ainsi rayonner de notre cœur, de notre attitude, finalement de notre jugement sur la manière de nous situer dans la vie.
Et ce jugement est en Dieu. Dieu n’est pas silencieux. Il confirme au plus profond de nous-mêmes notre sentiment, notre jugement pour que librement il avance sur les chemins de la justice. Paul résume lapidairement : « Ma conscience ne me reproche rien. Celui qui me juge c’est le Seigneur. »

Alors pensons la vie à partir du regard de Dieu. Il est notre Père, et notre Père céleste sait bien ce dont nous avons besoin. Cherchons d’abord son Royaume et sa justice.
Où chercher ? Comment chercher ? En reprenant l’interrogation de Jésus avec ses belles images de la nature dans sa profusion et sa gratuité. Autour de nous, nombre de nos semblables vivent dans une angoisse et une précarité telles que tout leur champ de conscience est envahi. Percevoir la générosité et la gratuité de la vie leur est impossible et le leur proposer pourrait être à coup sûr une injure. Chercher la justice du Royaume c’est bien bâtir un monde où le risque d’une telle injure a disparu, un monde où peut fleurir la paix.

Philippe RAST

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