Dimanche 17 Novembre

Jésus coupe à la racine toute tentation d’une réalisation historico-politique du Royaume. Aucun moment, aucun régime, aucune situation ne pourra être identifiée comme la réalisation définitive du projet de Dieu. Mais
Du Nom du Seigneur chaque homme reçoit son vrai nom de Fils de Dieu, sa vraie dignité que rien ne peut asservir, sa véritable force qui est celle de l’amour, sa véritable fécondité, celle de l’espérance et de la foi.

Devant le Temple, les disciples parlent avec Jésus, probablement dans un mélange de nostalgie et d’impatience, le cœur tout rempli de l’histoire de leur peuple avec ses moments critiques.
Dieu a appelé son peuple, l’a tiré de la servitude, lui a donné sa parole, a marché auprès de lui sur les chemins de la liberté vers la terre promise. Puis le Temple a pris le relais de la tente de la rencontre et les tribus y sont venues monter en pèlerinage.
L’infidélité chronique du peuple a failli tout compromettre. Mais Dieu n’a pu se résoudre à la dispersion de son peuple en exil. Il a voulu le purifier, le rassembler du milieu des nations, lui donner un nom nouveau, penser à une alliance nouvelle. Et déjà les prophètes guettaient le Jour du Seigneur qui allait briller de son grand soleil de justice sur tous ceux qui craindraient le Nom du Seigneur et le glorifieraient.

Auprès de Jésus les disciples ont perçu et accueilli une nouvelle initiative de Dieu. Dieu ouvre tout grand son cœur à ceux qui savent que leur justice est bien fragile et bien approximative mais qui cherchent, qui attendent et qui savent intuitivement qu’elle est un don libérateur de Dieu : Dieu pardonne, guérit, relève, touche les lépreux, les aveugles, les sourds et les boiteux, il s’invite chez les publicains, il accueille les larmes de la pécheresse, il admire la foi du centurion. Un jeune homme lui demande : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » La samaritaine interroge : « Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous affirmez qu’à Jérusalem se trouve le lieu où il faut adorer. » Pierre avait proclamé : « Seigneur à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Auprès de Jésus le Royaume de Dieu est là et il accueille un peuple nouveau de toute langue, culture et nation.

Les disciples sont bien conscients que déjà ils vivent dans un monde éclaté où les cultures se brassent, où l’humanisme hellénistique déploie toute sa fierté et où les grands empires se disputent l’hégémonie sur le monde. Du temps des martyrs d’Israël, déjà le Temple a été menacé dans sa pureté. La menace plane toujours.
Le cœur des disciples est certainement partagé. Le Temple a été un espace si beau pour la rencontre de Dieu. Dieu va-t-il rétablir sa royauté sur la terre promise, la terre d’Israël ? Cette question est si tenace qu’elle ra reposée par les apôtres à Jésus juste avant l’Ascension.

Jésus coupe à la racine cette tentation ou ce rêve d’une réalisation historico-politique du Royaume. Aucun moment, aucun régime, aucune situation ne pourra être identifiée comme la réalisation définitive du projet de Dieu. L’histoire des hommes vit dans le provisoire et sombrerait dans l’idolâtrie totalitaire si elle s’imaginait avoir prise sur le temps et sur les cœurs. Elle n’a pas manqué de le faire.
Mais pour autant, le Seigneur ne s’absente pas, laissant ses amis à l’abandon. Autour de son Nom se tisse la vie, la vraie vie. Du Nom du Seigneur chaque homme reçoit son vrai nom de Fils de Dieu, sa vraie dignité que rien ne peut asservir, sa véritable force qui est celle de l’amour, sa véritable fécondité, celle de l’espérance et de la foi.
Du Royaume on ne peut dire : « il est ici, il est là ». Le Royaume surgit, s’instaure là où la parole peut être connue, le Nom de Dieu sanctifié, là où l’homme est assez humble pour lui faire toute la place en accueillant alors des frères qui eux aussi donnent la priorité à l’honneur du Dieu qui a révélé sa gloire sur la croix de Jésus. Les ténèbres de la haine peuvent se déchainer et se déchaineront. Elles seront terrassées, leur perversité mise à nu par le témoignage des disciples.
Le nom du crucifié est puissance de communion, de vie et de résurrection.

Philippe RAST

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