Dimanche 17 Mai 2015 7° dimanche de Pâques

Unité et sainteté

Le commandement et l’Esprit
assument la même fonction de nous garder dans la communion en Dieu et avec nos frères.
Le commandement surgit au cœur même de notre liberté, au plus intime de l’âme, là où le cœur mobilise toute l’énergie de notre volonté
l’Esprit suscite une vie de communion qui n’est pas pure intériorité mais qui sait toucher les êtres, les cœurs et les corps pour les accueillir, les réveiller,

Unité et sainteté

Le discours de Jésus au cours du dernier repas avec ses apôtres s’achève par une prière pour l’unité des disciples, une prière souvent appelée prière sacerdotale. Jésus veut y consacrer ses amis dans la vérité qui est communion de vie avec le Père, une vérité qui sanctifie et donc qui sauve. Jésus envoie alors ses amis dans le monde pour qu’ils portent cette vérité qui est vie comme lui, Jésus a porté la volonté du Père qu’aucun des hommes que Dieu a appelé à l’existence ne se perde.
Au moment de cette prière Judas est déjà sorti pour livrer Jésus. Le corps
apostolique n’est pas encore l’Eglise signe et sacrement du salut, sacrement du corps du Christ. Mais déjà ce corps est déchiré comme le corps de Jésus va l’être sur la croix. Dans la lecture des actes des apôtres nous faisons mémoire des onze en prière pour pallier l’infirmité, séquelle de cette blessure. L’Esprit Saint est auprès d’eux pour accompagner la démarche en y impliquant Dieu lui-même dans le mystère de son amour trinitaire. Pierre l’invoque pour ouvrir le débat ; et ce, juste avant la Pentecôte où cette fois-ci l’Esprit Saint ouvrira le débat avec le monde. C’est le corps de Jésus crucifié qui est salut du monde et nourriture pour la vie éternelle. C’est un corps déchiré dans sa communion et guéri par l’Esprit qui va être envoyé au monde comme témoin et bâtisseur du Royaume, messager des merveilles de Dieu et
serviteur de la vérité qui est communion dans le mystère de Dieu. Nous
poursuivons ainsi la méditation de notre vocation ecclésiale : le « demeurer »,
demeurer en Dieu.
La deuxième lecture de ce dimanche fait écho à l’Evangile de dimanche dernier.
« Si vous gardez mes commandements vous demeurerez dans mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. » (Ev)
« Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous. Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : Il nous a donné part à son Esprit. » (2° lecture d’aujourd’hui)
Notre existence prend ainsi un tour imprévu. Le commandement et l’Esprit
assument la même fonction de nous garder dans la communion en Dieu et avec nos frères. On pourrait presque dire qu’ils jouent le même rôle.
Le commandement surgit au cœur même de notre liberté, au plus intime de l’âme, là où le cœur mobilise toute l’énergie de notre volonté pour sculpter la réalité et créer la vie. Le commandement est plus intérieur à nous-mêmes que nous-mêmes.
Mais aussi l’Esprit suscite une vie de communion qui n’est pas pure intériorité mais qui sait toucher les êtres, les cœurs et les corps pour les accueillir, les réveiller, les
libérer de ce qui les enfermerait en eux-mêmes ou les aliénerait hors d’eux-mêmes.
Les disciples sont envoyés dans le monde. Ils ne sont pas du monde, ce monde qui veut se construire sans Dieu et méprise la source de la vie dans le vertige d’un
orgueil suicidaire. Ils sont envoyés dans le monde pour le réveiller de sa léthargie et de l’hypnose dans laquelle idoles et séductions de toutes sortes l’ont plongé. Seule la vérité de l’amour en même temps tranche dans l’abcès du mensonge à soi-même et du refus de la vie et en même temps porte le baume qui apaise et cicatrise. Seule la vérité place les disciples qui sont au cœur du monde au cœur de Dieu, dans la
sainteté de Dieu qui a la puissance de tout vivifier authentiquement, de tout
sanctifier. « Sanctifie les dans la vérité. Ta parole est vérité. »
La prière de Jésus l’implique totalement. Lui-même vit cette sanctification sur la croix. La prière de Jésus en même temps est totalement décentrée de lui et tournée vers le Père : « Père garde mes disciples unis dans TON amour. »
Dans les déchirures d’aujourd’hui, par le même décentrement de nous-mêmes
que nous saisisse la puissance de l’Esprit Saint. Philippe RAST

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