Dimanche 16 Février 2014 6° dimanche ordinaire A

La loi n’est pas vidée de son sens. Elle est au contraire sursaturée par l’appel de Dieu, par son ambition pour sa créature, par son exigence pour ceux qu’il veut regarder comme ses fils, les héritiers du Royaume, les disciples rassemblés auprès de Jésus. Jésus n’est pas venu abolir mais accomplir.

ACCOMPLISSEMENT
« Heureux les pauvres de cœur… Heureux les doux… Heureux les cœurs purs… »
« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde… »
Sur la montagne Jésus proclame le Royaume de Dieu. Il est la joie et la paix des hommes au cœur vrai : leur cœur peut s’accorder à la vérité du cœur de Dieu pour recevoir de Lui la plénitude de la vie et en rayonner généreusement.
Dans la rencontre avec les hommes, Dieu fait toutes choses nouvelles. L’inouï de Dieu, la gratuité de ses dons, sont toujours au rendez-vous. Déjà bien des hommes l’ont expérimenté. Jésus, depuis les bords du Jourdain, avait parcouru la Galilée, proclamé la Bonne Nouvelle, guéri les malades. De grandes foules venues de Décapole le suivaient. C’est en voyant ces foules d’origine si mélangée, que Jésus monte sur la montagne pour confier aux disciples les secrets du Royaume.
Ce secret, c’est l’absolu de sa Parole, l’absolu de sa loi de vie, qui ne peut trouver l’hospitalité que dans une simplicité et une limpidité absolues des cœurs.
Les foules, et les disciples, ont bien été témoins de l’accueil et de l’attention accordée par Jésus aux malades, aux infirmes, aux impurs, aux possédés. Et ils ont bien été témoins de la puissance de sa miséricorde à l’égard de gens dont la vie, d’aucune manière, n’avait pu entrer dans le cadre de l’alliance définie par la loi. A tel point que la loi parait hors d’usage, disqualifiée, périmée.
La réalité est bien plus radicale. La loi n’est pas vidée de son sens. Elle est au contraire sursaturée par l’appel de Dieu, par son ambition pour sa créature, par son exigence pour ceux qu’il veut regarder comme ses fils, les héritiers du Royaume, les disciples rassemblés auprès de Jésus. Jésus n’est pas venu abolir mais accomplir.
La justice des disciples ne peut prendre sa mesure sur celle des scribes et des pharisiens. Dans le Royaume cette justice ne prend élan, appui et force qu’en Dieu.
Scribes et pharisiens, à juste titre, recevaient la loi comme critère de discernement des situations, de jugement des comportements et de classement dans les catégories du pur et de l’impur, du permis et du défendu. Mais leur jugement tout humain pouvait devenir très lourd pour leur entourage. Leur certitude morale pouvait-elle encourager et justifier mépris et dureté ? Ne lui arrivait-il pas de servir de paravent à des sentiments et des conduites de rejet du frère et de refus de la vie ?
La parole de Jésus nous plonge dans l’absolu de Dieu qui donne la vie. Sa loi est don pour notre cœur : que la vie puisse jaillir en lui, qu’il soit libre et pur de tout ce qui pourrait attrister l’élan et la joie de ce jaillissement.
Le radicalisme de l’Évangile témoigne de l’ambition de Dieu pour nous. Il veut que la parole de ses fils porte la puissance de sa grâce créatrice, cette grâce que Jésus manifestait dans l’accueil d’hommes et de femmes à la vie déchirée. Il donne donc à ses fils comme absolu, l’absolu de la présence de leur frère. Ces frères ne peuvent être à notre disposition, soumis à notre pouvoir, objet de notre désir ou manipulés par nos raisonnements. Dans le respect, que toute la place leur soit faite. C’est ainsi que dans l’Évangile, Dieu nous fait renaître à notre vie de vrai fils de Dieu.
Notre oui est dans le oui de Dieu.
Philippe RAST

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