Dimanche 13 décembre 2015 : 3° Dimanche de l’Avent

Dieu voit bien notre faiblesse. Il ne juge pas. Il justifie.
Il mobilise sa grâce pour combler le déficit de notre justice. Il se met à genoux
devant sa créature pour lui laver les pieds, pour relever sa noblesse défigurée.
Entrer dans la miséricorde de Dieu, c’est poser sur nos frères le même regard de
lumière et de grâce. Mais auparavant, avec réalisme, nous attacher à faire la vérité en nous : nous n’aurons part au Royaume que si un frère nous lave les pieds, tout comme Pierre n’a eu part avec Jésus que parce que le Seigneur lui a lavé les pieds et
a dit à tous d’agir ainsi les uns pour les autres.
Pouvons-nous vivre sans miséricorde ?

Justice, miséricorde, temps et éternité

La miséricorde divine est un atout pour nous. Nous pouvons invoquer le Seigneur avec simplicité. Et cela avec d’autres croyants d’autres religions qui eux aussi invoquent un Dieu miséricordieux.
Mais bien des personnes voient dans la miséricorde un défi à la raison et à la morale.
Un défi à la raison  : la miséricorde suppose l’émotion, le mouvement pour surmonter le trouble, apaiser la tension, guérir les blessures. Comment Dieu, impassible, égal à lui-même, pourrait-il en lui-même connaître le changement ? La vérité est de toujours à toujours, inaltérable. Dieu fait voler en éclats ce défi. Déjà il avait entendu le cri de son peuple en Egypte, il s’était approché dans le buisson ardent. Le temps venu, il vient en son fils Jésus vivre en notre chair mort et passion.
Défi à la morale : la miséricorde semble contester la chose jugée. Ce qui et juste et vrai parait impossible à vivre. La vie, pour échapper à la rigueur quasi totalitaire de la justice, préfère le compromis. La miséricorde en se faisant l’alliée de la vie lance un défi à la morale. La justice et la pureté sont-elles condamnées au repli pour éviter tout laxisme ou tout relativisme ? La vérité de ce qui est juste est-elle menacée par la miséricorde ? La miséricorde n’est-elle qu’une concession aux masses immenses
englouties dans l’ignorance et la nuit ? Dieu fait voler en éclat ce défi : « C’est la
miséricorde que je veux et non les sacrifices… » Dieu désire en nous la vérité qui fait vivre. La vérité va avec l’engagement du cœur, de la liberté et de la responsabilité. Le signe et le rite viennent ensuite, remplis de la charité de la vie, sinon ils sont vides.

Le saint Père a ouvert l’année de la miséricorde, le jour de l’Immaculée Conception. Quel bonheur de redire la prière d’ouverture : « Tu as préparé à ton Fils une demeure digne de lui par la conception immaculée de la Vierge. Puisque tu l’as préservée de tout péché par une grâce venant de la mort de ton Fils, accorde-nous, à l’intercession de cette mère très pure, de parvenir jusqu’à toi, purifiés nous aussi de tout mal. »
La miséricorde fait voler en éclat le défi du temps et de l’éternité : pour nous saisir, pour nous sauver, Jésus, le Fils de Dieu, prend notre humanité : voici l’humilité de Dieu mais aussi son réalisme. Il ne peut attendre que notre humanité soit digne, la grâce de notre dignité nous vient du don de sa vie. Pour offrir sa chair, il a d’abord fallu qu’il la reçoive de nous et il l’a reçue à l’avance dans la grâce qui nous purifiera. Le mystère est insondable mais il a une conclusion pratique claire et limpide.
Quand Dieu nous regarde c’est dans sa lumière. Il voit notre faiblesse. Il voit aussi toutes nos capitulations, comment nous préférons ne pas choisir la vie et comment nous nous complaisons dans l’obscurité et le trouble, ce que l’Eglise appelle le péché.
Dieu voit bien cette faiblesse. Il ne juge pas. Il justifie.
Il mobilise sa grâce pour combler le déficit de notre justice. Il se met à genoux
devant sa créature pour lui laver les pieds, pour relever sa noblesse défigurée.
Entrer dans la miséricorde de Dieu, c’est poser sur nos frères le même regard de
lumière et de grâce. Mais auparavant, avec réalisme, nous attacher à faire la vérité en nous : nous n’aurons part au Royaume que si un frère nous lave les pieds, tout comme Pierre n’a eu part avec Jésus que parce que le Seigneur lui a lavé les pieds et
a dit à tous d’agir ainsi les uns pour les autres.
Pouvons-nous vivre sans miséricorde ? Philippe RAST

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