Dimanche 13 avril Dimanche des Rameaux

Au cœur de cette nuit de l’abandon l’humanité de Jésus va attacher notre humanité à Dieu. Dans la nuit de cette déréliction, une parole d’homme va toucher Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Au matin de Pâques l’Église aura à se convertir. Oui cette parole a touché Dieu.
« Vous cherchez Jésus le crucifié. Il n’est pas ici, il est ressuscité ! »

Jésus entre dans Jérusalem, monté sur un petit âne. La prophétie s’accomplit : « Ton roi vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. »
Depuis les juges, la royauté en Israël s’élève comme une critique du pouvoir de ce monde, sûr de lui et hermétique à la grâce. Seul le Seigneur peut rassembler les hommes dans la vérité de leur cœur et les conduire vers la paix. La foule acclame cette entrée de Jésus : « C’est le prophète Jésus de Nazareth en Galilée. » Jésus, dans la ville sainte, va connaître le sort des prophètes, il va donner sa vie pour que jaillisse la vérité de Dieu.
En Église, nous contemplons ces heures où notre humanité nait à la vie de Dieu quand Dieu livre son humanité. Ces heures s’ouvrent par deux paroles décisives de Jésus, deux paroles de communion. L’une est adressée aux hommes, ses amis, autour de la table où le pain et le vin partagés prophétisent l’alliance nouvelle dans le corps et le sang de Jésus : « Désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’au jour où je boirai un vin nouveau avec vous dans le Royaume de mon Père. » L’autre est adressée au Père dans la solitude du jardin de Gethsémani : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant non pas comme je veux mais comme tu veux ! » Dans ces heures, dans le cœur et le corps de Jésus, va être scellée la communion de notre humanité avec le Père, communion qui enracine notre humanité dans la vérité, communion qui la libère de toute fausse puissance.
Jésus va ensuite s’enfoncer dans le silence. Le grand prêtre, comme Pilate, vont tous les deux en être surpris et s’étonner : « Tu ne réponds rien ? » Jésus les renvoie à leur propre parole, des paroles dont ils ne saisissent pas la portée : « Es-tu le Messie, le Fils de Dieu ? » « Es-tu le Roi des Juifs ? ». Trop de puissance vient encore dans l’esprit et la bouche de l’un et de l’autre, du pouvoir religieux, comme du pouvoir temporel, entacher ces titres.
A son procès, Jésus fait une seule déclaration : « En tout cas je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-puissant et venir sur les nées du ciel. » Le grand prêtre crie au blasphème et tout le monde fait chorus : « Il mérite la mort ! »
Tous ont bien saisi que Jésus s’identifie au Fils de l’homme et que le salut dans la communion des hommes de tous les peuples, de toute langue, nature et culture, devant Dieu source de toute vie, et en Lui pour la vie éternelle, se joue face à Jésus, dans l’accueil ou le refus de sa personne. Ce jugement a déjà commencé quand Jésus touche les lépreux, relève les paralysés, s’invite chez les publicains, accueille les larmes des pécheresses, quand en Lui Jésus le pardon de Dieu et la réconciliation sont déjà en route pour ouvrir le Royaume.
L’assemblée des grands prêtres a signé l’arrêt de mort de Jésus sur cette parole qui l’identifie au Fils de l’homme. Dans l’accueil ou le refus de la personne de Jésus se joue le jugement.
Jésus s’enfonce alors dans le silence au-delà de toute connaissance. Les plus
proches, Pierre le premier, sombrent dans cette nuit de l’absurde : « Je ne connais pas cet homme ! » proteste-t-il par trois fois. C’est dans cette nuit de l’inconnaissance que Jésus s’enfonce. Dans cette nuit notre humanité perd toute assurance, tout fondement, se fracture au plus intime pour sombrer sans recours, sans secours, dans le néant. Au cœur de cette nuit de l’abandon l’humanité de Jésus va attacher notre humanité à Dieu. Dans la nuit de cette déréliction, une parole d’homme va toucher Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Au matin de Pâques l’Église aura à se convertir. Oui cette parole a touché Dieu.
« Vous cherchez Jésus le crucifié. Il n’est pas ici, il est ressuscité ! » Déjà le soir même, un incroyant, le centurion romain se prononçait : « Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu. »
Face à Jésus se décide notre vie, vie de communion avec nos frères en humanité, vie de communion avec Dieu, dans toute l’épaisseur de l’existence qu’aucune parole ne peut porter, si ce n’est le silence de Dieu qui s’est livré pour nous.
« Maranatha ! Viens Seigneur ! Sois avec nous pour toujours jusqu’à la fin du monde ! »
Ph RAST

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