Dimanche 10 Novembre

Oui, notre vocation est bien la fécondité. Mais cette fécondité a des chemins qui vont bien au-delà de notre horizon charnel, de notre univers familier et de nos hérédités de chair et de sang
C’est par la foi que s’accomplit notre vocation à donner la vie, la vie que Dieu veut pour nous, la vie de Dieu lui-même.

Dans le peuple de Dieu, la vocation d’un homme, la vocation d’une femme, c’est de porter la vie, de transmettre le don reçu de Dieu, de vivre ainsi dans la fidélité à l’alliance qui avait promis à Abraham de bénir par lui toutes les familles de la terre, avec une descendance plus nombreuse que les étoiles du ciel.
A la Toussaint nous avons célébré dans nos frères ainés, la sainteté de Dieu, l’élan,
la puissance d’amour de notre Dieu tout entier tourné vers la vie. Porter la vie, c’est donc assumer et vivre notre vocation à la sainteté. Et intuitivement, nous savons que la fécondité est la grande affaire d’une vie, qui lui donne toute sa vérité, sa beauté, sa force et sa paix.
Cette question est au cœur de l’exemple choisi par les sadducéens pour ridiculiser la foi en la résurrection. Ils sont bien sots. Car cette question toujours ouverte, toujours en suspens, ouvre réellement nos cœurs, quand ils sont vivants, au mystère de la résurrection.
Un homme meurt sans enfant, il a raté sa vocation à la sainteté, il n’a pu porter la promesse et la bénédiction. C’est le drame d’une vie qui n’a donc pas existé. On ne peut en rester là.
Sa femme va continuer à servir sa vocation. Elle va donc, selon la loi du lévirat, se mettre dans les dispositions de lui donner une descendance. Elle va épouser son frère. Il n’est pas question d’amour mais de vocation pour l’époux qui vient de la quitter, enveloppé dans la mort. Cette loi du lévirat a quelque-chose de bien désespéré.
La Bonne Nouvelle de l’Évangile vient briser le cercle infernal de ce désespoir.
Oui, notre vocation est la sainteté. Oui, notre vocation est de porter la vie que Dieu nous a donnée. Oui, notre vocation est bien la fécondité. Mais cette fécondité a des chemins qui vont bien au-delà de notre horizon charnel, de notre univers familier et de nos hérédités de chair et de sang.
Dimanche dernier nous avons été témoins de la rencontre de Jésus avec Zachée. Jésus avait conclu par ces mots : « Vraiment, lui aussi est fils d’Abraham. » C’est par la foi qu’on entre dans l’alliance. C’est par la foi qu’on incarne la promesse. C’est par la foi que s’accomplit notre vocation à donner la vie, la vie que Dieu veut pour nous, la vie de Dieu lui-même.
Le baptême nous redit notre vocation à la sainteté, une vocation de fils et de fille de Dieu. Et déjà Paul affirme à quel point nos relations humaines en sont toute bouleversées : « Il n’y a plus ni juif, ni grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme, ni femme. Le Christ est tout en tous. » Et sans aller aussi loin, les parents qui présentent leur bébé au baptême sont fils et fille de Dieu, et ils vont célébrer que Dieu revêt leur bébé de la même dignité de fils ou de fille de Dieu. Dans le Royaume ils sont donc simplement ses frères ainés. Avec lui ils sont héritiers de la résurrection. La vie de ressuscité est déjà commencée.
Voici le point central : notre vocation à la sainteté nous appelle à ressusciter.
Ce qui pourrait se décliner ainsi.
1- Notre vocation nous appelle à incarner la Bonne Nouvelle, donc à être messager de Dieu. (Rappelons-nous que « ange » veut dire « messager ». Cette vie de témoin et d’ange est déjà commencée.)
2- Attachons nous à penser la vie que Dieu veut pour nos frères. N’allons pas tout de suite, selon notre propre sentiment, nos attentes et nos rêves pour nous-mêmes. Partons du vrai point de départ, la vie que Dieu veut pour nous, sa vie de Dieu qu’il nous communique.
3- Nos attaches et nos amours humaines portent-elles cette vocation à la sainteté, elles n’ont rien à craindre. Elles ont tout à espérer. Elles ne peuvent que se réjouir. Elles vont hériter de la vie éternelle qui déjà germe en elles.
Comment ? On ne sait pas. Mais le drame serait que le manque de foi nous détourne de l’aujourd’hui où Dieu fait de nous ses fils pour l’éternité, comme Zachée par exemple.
Philippe RAST .

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