Assomption 2015 : Cassien : Traité de l’incarnation

Pour cette fête de l’Assomption, voici quelques extraits du Traité de l’Incarnation écrit par Cassien pour réfuter Nestorius
Nestorius niait que Marie put être appelée "Mère de Dieu"

  • Pour que Jésus-Christ devînt fils d’homme selon la chair, il a d’abord été proclamé Fils de Dieu....
  • Du Père inengendré, souverain et éternel est issu le Fils, Fils unique, souverain et éternel. On doit reconnaitre qu’il est le même dans la chair et dans l’Esprit ; on doit croire qu’il est le même dans son corps que dans la Majesté. Car pour naître dans la chair il n’a pas opéré en lui-même de division, ni de scission....
  • La naissance ne pouvait s’accomplir que par un avènement.
  • Ainsi, le Verbe comme Fils descend, la majesté de l’Esprit-Saint se présente, la puissance du Père couvre de son ombre, si bien que ce fut vraiment la Trinité toute entière qui coopéra au mystère de la conception sacrée. Comment celle qui a mis Dieu au monde ne peut-elle pas être THEOTOKOS, c’est-à-dire Mère de Dieu ....
  • La dignité si humble de la naissance ou l’amour si généreux dans la souffrance devraient augmenter en nous affection et vénération pour lui....

Pour que Jésus-Christ devînt fils d’homme selon la chair, il a d’abord été proclamé Fils de Dieu

Livre II ch6 n°4
« L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi ce qui naitra de toi sera saint et sera appelé Fils de Dieu » Lc 1,35
Tu le vois, pour que Jésus-Christ devînt fils d’homme selon la chair, il a d’abord été proclamé Fils de Dieu, car la Vierge Marie qui allait enfanter le Seigneur le conçut par la descente en elle du Saint-Esprit et la toute-puissante coopération du Très-Haut.
N°5
Ainsi, tu le comprends, l’origine du Seigneur et Sauveur est là où il a été conçu. Et puisqu’il est né en même temps que la divinité descendait dans la totalité de sa plénitude en la Vierge, il ne pouvait pas être fils d’homme sans avoir été d’abord fils de Dieu. C’est pourquoi l’ange envoyé pour annoncer la naissance du saint enfant, après avoir mentionné d’abord le mystère de la conception, donna un nom à l’enfant lui-même en disant : « C’est pourquoi ce qui naitra de toi est saint et (260) sera appelé Fils de Dieu » Lc 1, 35
N°6
Jésus-Christ est donc Fils de Dieu puisqu’il a été engendré par la divinité et conçu de la divinité. Or, s’il est Fils de Dieu, il est donc Dieu incontestablement. Et s’il est Dieu, il ne manque pas de la grâce de Dieu, car il n’a jamais manqué de ce qu’il a fait lui-même. « La grâce et la vérité » en effet, « ont été faites par Jésus-Christ » Jn 1, 17
Ch 7 n°1
Ainsi donc toute la grâce est en lui ; toute la force, tout le pouvoir, en somme toute la plénitude de la divinité et de la majesté elles-mêmes ont toujours été avec lui et en lui : au ciel ou sur la terre, dans le sein de Marie ou à la naissance, jamais rien n’a manqué à Dieu. Car la déité est toujours avec Dieu, jamais séparée de lui par l’espace, jamais par le temps. Dieu est tout entier partout, partout parfait, sans division, sans altération, sans diminution, car rien ne peut être ajouté ni retranché à Dieu ; la déité ne possède ni diminution ni croissance.
N°2
Il a donc été sur la terre le même qu’il fut dans les cieux, le même dans l’humilité que dans la grandeur, le même dans la petitesse de l’homme que dans la majesté de Dieu. Aussi est-ce à bon droit que l’apôtre nommant la grâce du Christ la nommait grâce de Dieu, car le Christ était entièrement ce qu’est Dieu : dès sa conception même comme homme, il avait immédiatement reçu toute la puissance de Dieu, toute la divinité, toute la plénitude de la divinité. Car pour lui, toute la perfection de la divinité tenait à son origine. Jamais non plus comme homme il n’avait existé sans Dieu, puisque précisément, son être même il le tenait de Dieu. Ainsi, que tu le veuilles ou non, tu ne peux nier d’abord ce point que le Seigneur Jésus-Christ est Fils de Dieu. L’archange le proclame dans les évangiles : « Ce qui naitra de toi est saint et sera appelé Fils de Dieu. »

Ainsi du Père inengendré, souverain et éternel est issu le Fils, Fils unique, souverain et éternel. On doit reconnaitre qu’il est le même dans la chair et dans l’Esprit ; on doit croire qu’il est le même dans son corps que dans la Majesté. Car pour naître dans la chair il n’a pas opéré en lui-même de division, ni de scission,

Livre V ch 4 n°3
Tous ceux qui croient en Dieu sont fils de Dieu par adoption, mais seul le Fils unique l’est par nature. Celui-ci a été engendré par le Père, non pas de quelque matière, puisque toutes les choses et toute la matière des choses existent par le Fils unique de Dieu ; non pas du néant, puisqu’il est issu du Père ; ni à la manière d’un enfantement puisqu’en Dieu il n’y a pas de vide ni de changement ; mais c’est de manière ineffable et incompréhensible que Dieu le Père, en ce qui était inengendré en lui, a engendré son Fils unique.
Ainsi du Père inengendré, souverain et éternel est issu le Fils, Fils unique, souverain et éternel. On doit reconnaitre qu’il est le même dans la chair et dans l’Esprit ; on doit croire qu’il est le même dans son corps que dans la Majesté. Car pour naître dans la chair il n’a pas opéré en lui-même de division, ni de scission, faisant naître une part de lui-même pendant qu’une autre part ne participait pas à la naissance, ou faisant intervenir en lui, après coup une part de divinité qui ne serait pas née [306] de la Vierge.
N°4
En effet, selon l’Apôtre, « toute la plénitude de la divinité habite corporellement » dans le Christ [voir Col 2,9] non pas qu’elle l’ait tantôt habité et tantôt ne l’ait pas habité, ni qu’elle ait été là par la suite et qu’auparavant elle n’y a pas été. Sinon, nous voilà entrainés à cette impiété de l’hérésie pélagienne qui nous ferait dire que Dieu a habité dans le Christ à partir d’un moment déterminé, et qu’il n’est survenu en lui que lorsque le Christ eut mérité, par sa vie et son comportement, que la puissance de la divinité vînt habiter en lui.
Ch5 n°1
« La vérité a germé de la terre et la justice a regardé du haut du ciel. » (Ps 85, 12) ce qui doit nous faire comprendre que, puisque le Fils de Dieu regarde du haut du ciel – autrement dit puisque l’avènement de la justice se produit par une descente – ce qui est né de la chair de la Vierge n’est pas une apparence de corps, mais la « vérité ».
N°2
Il est en effet lui-même la vérité, selon ce témoignage de la vérité elle-même : « Je suis la vérité et la vie. (Jn 14, 6)

une naissance ne pouvait s’accomplir que par un avènement. Ainsi, le Verbe comme Fils descend, la majesté de l’Esprit-Saint se présente, la puissance du Père couvre de son ombre, si bien que ce fut vraiment la Trinité toute entière qui coopéra au mystère de la conception sacrée. Comment celle qui a mis Dieu au monde ne peut-elle pas être THEOTOKOS, c’est-à-dire Mère de Dieu

Livre II ch2 n°5
Si, en effet, pour façonner les cieux, fonder la terre, créer la mer et encore les Sièges et les Trônes, les anges, les Archanges, les Principautés et les Puissances, si pour créer enfin toute la milice céleste et ces innombrables milliers de milliers des armées divines, Dieu n’a eu besoin que de sa seule volonté et de son commandement – car « il a dit et ce fut fait ; il a commandé et ce fut créé. » (Ps 33, 9) – pourquoi ce qui a suffi à produire toutes les œuvres divines a-t-il paru trop peu pour la conception d’un seul homme, comme tu dis ? et pourquoi la puissance et la majesté de Dieu ont-elles accordé peu de confiance, dans la naissance d’un seul petit enfant, à ce qui a suffi à la création de tous les êtres terrestres et célestes ?
N°6
C’est que, en ce qui concerne toutes ces œuvres, elles avaient été accomplies sur l’ordre de Dieu, tandis qu’une naissance ne pouvait s’accomplir que par un avènement. Dieu, en effet, ne pouvait être conçu par un être humain qu’en se donnant lui-même, et il ne pouvait naître qu’en se glissant en lui. Voilà pourquoi l’archange révélait la sainte majesté qui allait survenir en la Vierge : il s’agissait de lui dire que puisque l’action d’un être humain ne pouvait réaliser un si grand évènement, il y aurait à la conception la présence de la majesté de celui qui devait être à l’enfantement. Ainsi, le Verbe comme Fils descend, la majesté de l’Esprit-Saint se présente, la puissance du Père couvre de son ombre, si bien que ce fut vraiment la Trinité toute entière qui coopéra au mystère de la conception sacrée. « C’est pourquoi, dit l’ange, ce qui va naitre de toi sera saint et sera appelé Fils de Dieu. » (LC 1, 35)
C’est dire : n’ignore pas la magnificence d’un si grand événement, la caractère sacré d’un si grand mystère ; si toute la majesté de Dieu vient en toi, c’est que de toi naîtra le Fils de Dieu. En quoi peut-on hésiter encore ici ? ou que peut-on dire de plus ? L’ange a dit que Dieu interviendrait, que le Fils de Dieu naîtrait. Toi maintenant, demande-toi, veux-tu, soit comment le Fils de Dieu n’est pas Dieu, soit comment celle qui a mis Dieu au monde ne peut pas être THEOTOKOS, c’est-à-dire Mère de Dieu !

La dignité si humble de la naissance ou l’amour si généreux dans la souffrance devraient augmenter en nous affection et vénération pour lui.

Livre II ch3n°10
Si le prophète le déclare Dieu dans le texte où il naît et le nomme Dieu très clairement dans le texte où il est crucifié, c’est qu’il craignait sans doute que l’assomption de la chair ne porte préjudice à la dignité de la divinité et que la bassesse corporelle ou les outrages de la passion ne ruinent l’honneur de la majesté, alors que la dignité si humble de la naissance ou l’amour si généreux dans la souffrance devraient augmenter en nous affection et vénération pour lui. Notre crime le plus grand et le plus abominable serait qu’il trouve auprès de nous moins d’honneur parce qu’il a dépensé plus d’amour.

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